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Cannes 2026 : Hafsia Herzi nous raconte le très beau Quelques mots d’amour
Avec l’émouvant Quelques mots d’amour, présenté dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026, Hafsia Herzi impressionne en mère courage aidant sa fille à retrouver son père dans le Sarcelles des nineties. Rencontre avec une actrice et réalisatrice exigeante et passionnée, qui brille dans un autre film montré sur la Croisette : Histoires de la nuit.
propos recueillis par Violaine Schütz.

L’interview d’Hafsia Herzi, star du film Quelques mots d’amour
Numéro : Qu’est-ce qui vous a touchée dans le film Quelques mots d’amour, présenté au Festival de Cannes ?
Hafsia Herzi : Le scénario et le personnage de mère qui élève seule ses deux enfants à Sarcelles, dans les années 90, que Rudi (Rosenberg, le réalisateur) me proposait. Cette histoire d’adolescente qui cherche à contacter son père qu’elle n’a jamais connu et qui se persuade que ce dernier l’aime en silence quelque part m’a vraiment touchée. Et je pense qu’elle va parler à beaucoup d’enfants et d’adultes. Aussi, j’avais vu le travail de Rudi, notamment son film Le Nouveau il y a quelques années, que j’avais adoré. Et j’aime beaucoup son univers.
Vous jouez aussi une mère dans le film Histoires de la nuit, également présenté au Festival de Cannes 2026. Et plus généralement, la figure de la mère traverse votre filmographie, à commencer par le film Bonne mère que vous avez réalisé…
Oui, d’ailleurs, concernant Bonne mère, Rudi m’a beaucoup parlé de ce film en me disant : “Là, on va faire Mauvaise mère.” Ce à quoi jai répondu : “Ah non, par contre, tu n’es pas venue me chercher pour faire Mauvaise mère. Car ce n’est pas une mauvaise mère, elle fait ce qu’elle peut.” Je ne suis pas pour le concept de « bonne” ou de « mauvaise” mère. Donc j’ai imposé un peu cette vision-là au personnage. Pour moi la mère, Erika, est là pour son enfant. Elle accompagne sa fille dans sa démarche de retrouver son père. Et elle n’a pas d’autre choix que de l’accompagner. C’est son enfant.

Vous incarnez une mère courage qui se sent obligée d’aider son enfant, tout en cherchant à la protéger. Comment définiriez-vous cette relation mère-fille complexe ?
Cette mère sait dès le début que le père ne veut pas voir sa fille. Elle lui dit que ce n’est pas la peine de le chercher, qu’elle le connaît, qu’il ne voulait pas d’enfant et qu’il ne donnera pas suite à sa requête (la petite fille écrit à son père en espérant qu’il lui réponde, ndlr). Elle la prévient et au final, c’est ce qui se passe. Souvent, les mères disent attention, et elles ont raison. Erika (le personnage que j’incarne dans le film) joue son rôle de mère comme elle le peut, en essayant d’aider sa fille à aller jusqu’au bout des choses. Et d’ailleurs quand sa fille va après, retrouver son père, on s’imagine qu’elle n’a même pas raconté à sa mère ce qui s’est passé. Il y a beaucoup de non-dits, de pudeur. Ce n’est pas évident d’élever des enfants et encore moins d’élever des enfants seuls. On est jugé. Ce film raconte beaucoup sur la situation des mères (notamment en solo) et des femmes.

“Ce n’est pas évident d’élever des enfants et encore moins d’élever des enfants seuls. On est jugé.” Hafsia Herzi
Vous êtes-vous inspirée de votre propre expérience de mère pour ce film ?
C’était plus facile, c’est sûr, d’aborder ce rôle, pour moi, grâce à mon expérience, car certaines situations ne m’étaient pas étrangères. En tant que mère, on établit tout de suite un lien avec les autres enfants sur le plateau et ça rassure les parents des petits qui jouent dans le film. Mais avant d’être maman, j’ai toujours adoré les enfants.
Le film se passe dans les années 90, avant l’importance prise par les réseaux sociaux. Avez-vous ressenti une nostalgie pour cette époque durant le tournage ?
J’ai l’impression qu’à l’époque, il y avait peut-être plus de solidarité, que c’était plus cool. Mais les problèmes restent les mêmes, que ce soit dans les années 90 ou aujourd’hui.
“Le réalisateur m’a dit : “Écoute, tu vas être au milieu d’acteurs non-professionnels, d’un chien, d’enfants…”” Hafsia Herzi
Le réalisateur a fait appel à des acteurs non professionnels, des habitants de Sarcelles, pour participer au film. C’est une démarche vous a plu ?
Oui, il y avait un vrai défi artistique, parce que très vite, Rudi m’a dit : “Écoute, il va y avoir un casting de non-professionnels et tu vas être au milieu d’acteurs non-pro, d’un chien, d’enfants…” Donc, je savais que ce serait un gros challenge, que ça n’allait pas être facile. J’étais préparée à ce que mes partenaires regardent la caméra et oublient le texte (rires). Ça déconcentrait entre les prises, c’était le bordel, mais un joyeux bordel. C’était très plaisant de jouer avec eux et rigolo. Il y avait des pépites parmi eux. Bref, c’était une belle aventure, avec de très jolies rencontres.
En tant que réalisatrice, qui appréciait les acteurs non-professionnels, à l’image de Nadia Melliti, que vous avez choisie pour La Petite Dernière, cela devait vous parler…
Tout à fait. En tant que réalisatrice, c’est aussi ma démarche aussi d’aller vers des non-professionnels. Après, ça dépend des projets, mais sur deux d’entre eux, je suis allée vers un casting de personnes qui n’avait jamais fait de cinéma. Et puis, en tant qu’actrice, ça a aussi été mon expérience. Le film La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche était ma première expérience. Je n’avais pas, depuis, tourné avec autant d’acteurs non-professionnels autour de moi. Et ça fait quelque chose. Ce tournage représentait une inversion des rôles, un autre regard. Ça m’a permis de gérer tout ça, parce qu’il fallait vraiment que je me fasse oublier en tant qu’actrice professionnelle, que les autres comédiens non expérimentés ne ressentent pas de différence.
“Je suis très compétitrice. Mais c’est normal. Qui ne l’est pas ? ” Hafsia Herzi
Cannes est un lieu important pour vous. Vous avez présenté votre premier film en tant que réalisatrice, Tu mérites un amour, à la Semaine de la critique en 2019, puis Bonne mère dans la section Un Certain Regard en 2021 – où il a reçu le prix d’ensemble –, avant que La Petite Dernière ne soit en compétition en 2025…
Oui, j’ai une relation très forte avec ce festival que j’admire depuis que j’ai eu envie de faire du cinéma. Je suis très touchée d’y être invitée. Quand on va présenter des films en tant qu’actrice ou en tant que réalisatrice, c’est une énorme fierté, un vrai bonheur et ça remue beaucoup d’émotions. Et je suis très compétitrice. Mais c’est normal. Qui ne l’est pas ? Et je le suis encore plus en tant que réalisatrice.
J’imagine que ce n’est pas la même pression de venir ici en tant qu’actrice pour défendre deux films qu’en tant que réalisatrice ?
C’est vrai. D’ailleurs, j’ai croisé des gens qui m’ont dit “Ah tiens, tu as l’air plus détendue que l’année dernière.” (rires) On a moins de pression sur les épaules en tant qu’acteur. On profite plus du festival, de façon plus détendue, sans le stress lié au fait de se dire : “Est-ce que le son va être bon ? Est-ce que l’image va être à la hauteur ? Est-ce que les gens vont aimer ? Vont–ils rire ? Et est-ce que la presse va apprécier ?” Bien sûr qu’on est tendu en tant qu’acteur à Cannes, mais quand on réalise et qu’on va montrer nos œuvres pour la première fois, c’est encore autre chose…
Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg, au cinéma le 28 octobre 2026. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.