29 avr 2026

Quels sont les réalisateurs les plus primés au Festival de Cannes ?

Depuis 1946, le Festival de Cannes a sacré des dizaines de cinéastes venus du monde entier. Mais seuls neuf d’entre eux ont décroché deux fois la Palme d’or. De Francis Ford Coppola à Ruben Östlund, retour sur les trajectoires de ces réalisateurs qui ont fait l’histoire de la Croisette.

  • par La rédaction.

  • Les pionniers du festival, de Francis Ford Coppola à Shōhei Imamura…

    À l’approche de la 79e édition du Festival de Cannes, du 12 au 23 mai 2026, Numéro braque ses projecteurs sur la Palme d’or, nommée Grand prix du Festival international du film jusqu’en 1955. Le premier cinéaste à rejoindre le club select des doubles palmés sera l’Américain Francis Ford Coppola qui, en 1974, à l’âge de 35 ans, reçoit le Grand prix (ancêtre de la Palme donc) pour Conversation secrète, thriller d’espionnage porté par Gene Hackman. Il récidive cinq ans plus tard avec le cultissime Apocalypse Now (1979), Palme d’or ex aequo avec Le Tambour de Volker Schlöndorff. Le film, annoncé comme un désastre et présenté dans une version inachevée, une première dans l’histoire de la compétition incarnera à jamais la démesure cannoise.

    De son côté, le réalisateur japonais Shōhei Imamura décroche ses deux Palmes pour La Ballade de Narayama (1983) et L’Anguille (1997), quatorze ans d’intervalle entre deux films qui explorent les pulsions humaines avec une crudité rare. Des rituels ancestraux d’une communauté rurale condamnant ses aînés à la mort jusqu’à la rédemption silencieuse d’un ancien détenu, il dissèque avec la même obstination naturaliste la frontière poreuse entre instinct animal et condition sociale.

    Réalisateur franco-serbe, Emir Kusturica entre dans le club à 31 ans avec Papa est en voyage d’affaires (1985). Première sélection et première Palme, avant de décrocher à nouveau le précieux sésame avec le tonitruant Underground (1995). Enfin, Bille August, cinéaste danois héritier revendiqué d’Ingmar Bergman, sera quant à lui salué pour Pelle le conquérant (1988) puis pour Les Meilleures Intentions (1992), dont le scénario est signé Bergman lui-même.

    La bande-annonce d’Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola.

    Le cinéma social à l’honneur avec les Dardenne et Ken Loach

    Depuis leur début dans les années 80, Jean-Pierre et Luc Dardenne développent un cinéma social qui est, avec celui de Ken Loach, l’un des plus plébiscités par les jurys cannois. Les frères belges, palmés pour Rosetta (1999), puis L’Enfant (2005) ont ainsi présenté dix de leurs douze longs-métrages en sélection officielle. Rosetta, qui suit une jeune femme prête à tout pour trouver un emploi, avait d’ailleurs provoqué un séisme en Belgique. À l’époque, le gouvernement avait adopté dans la foulée un “Plan Rosetta” pour lutter contre le chômage des jeunes, cas unique où un film a directement inspiré une politique publique.

    Quant à Ken Loach, il est l’homme de tous les records à Cannes. Avec 16 films présentés en sélection, deux Palmes pour Le Vent se lève (2006) et Moi, Daniel Blake (2016), et un nombre incalculable de prix annexes. En 2016, à 80 ans, Loach annonce sa retraite avant de finalement revenir au 7e art pour The Old Oak en 2023, preuve supplémentaire du pouvoir d’attraction qu’exerce la Croisette sur certains cinéastes.

    La bande-annonce de Rosetta (1999) de Jean-Pierre et Luc Dardenne.

    Michael Haneke et Ruben Östlund, deux hommes qui divisent la critique à Cannes

    L’œuvre du cinéaste autrichien Michael Haneke a fortement marqué la décennie 2000-2010. Avant ses deux Palmes, il avait déjà remporté le Grand prix pour La Pianiste (2001) et celui de la mise en scène pour Caché (2005). Il n’a par ailleurs attendu que trois petites années entre ses deux sacres : Le Ruban blanc (2009) et Amour (2012). Ce dernier film, avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, remportera ensuite l’Oscar du meilleur film étranger, faisant de Michael Haneke l’un des rares cinéastes à avoir été consacré la même année par Cannes et par Hollywood.

    Le Suédois Ruben Östlund est le dernier à avoir rejoint ce club fermé, avec The Square (2017) et Sans filtre (2022), deux satires sociales au vitriol. Avant The Square, il s’était déjà fait connaître à Cannes avec Snow Therapy (2014), présenté dans la section Un Certain Regard.

    La bande-annonce d’Amour (2012) de Michael Haneke.

    Au-delà de la Palme, les abonnés absents et les oubliés

    Certains cinéastes n’ont jamais décroché la Palme, mais hantent la Croisette avec une telle constance qu’ils en sont devenus des figures tutélaires. Pedro Almodóvar, jamais palmé malgré un Lion d’or à Venise en 2024, a tout de même remporté le prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère (1999) et le prix du scénario pour Volver (2006).

    Terrence Malick, lui, n’a obtenu la Palme qu’une seule fois, pour The Tree of Life (2011) et il n’avait envoyé personne la chercher pour lui. D’ailleurs son absence chronique de la cérémonie est devenue à elle seule une légende cannoise. Malheureusement, son nouveau long-métrage, The Way of the Wind, aussi mystérieux qu’attendu n’a finalement pas été intégré à la liste de la sélection 2026.

    Enfin, bien que récompensé deux fois, Lars von Trier, incarne la figure du provocateur. Prix du jury pour Europa (1991), Grand Prix pour Dancer in the Dark (2000), le Danois a également été déclaré persona non grata en 2011 après des propos polémiques en conférence de presse pour Melancholia, qui restera malgré tout dans la compétition.

    La bande-annonce d’Anatomie d’une chute (2023) de Justine Triet.

    Et les réalisatrices ?

    Autre record détenu par le festival, l’absence des femmes. En presque 80 ans de Palme d’or, trois réalisatrices seulement ont décroché le prix suprême. D’abord Jane Campion est restée pendant 28 ans la seule femme palmée, pour La Leçon de piano (1993), partagée avec Adieu ma concubine de Chen Kaige. En 2021, Julia Ducournau devenait la deuxième avec Titane, et la première à la remporter seule.

    En 2023, Justine Triet complétait ainsi le trio avec le très acclamé Anatomie d’une chute, également récompensé aux Oscars, aux César et aux BAFTA. Tandis qu’en 2024 et 2025, l’Américain Sean Baker et l’Iranien Jafar Panahi ont décroché la Palme pour Anora et Un simple accident, ce festival 2026 sous la présidence de Park Chan-wook a peu de chance de voir un dixième cinéaste rejoindre le club des doubles palmés.

    79e édition du Festival de Cannes, du 12 au 23 mai 2026.