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Qui est Jillian Halouska, la hairstylist de Jacob Elordi, qui a rendu le mulet cool ?
Longtemps resté dans l’ombre, le métier de hairstylist s’est imposé comme un pilier de l’image dans la mode et le cinéma. Installée à Paris depuis six ans, l’Américaine Jillian Halouska en est l’une des figures montantes. Discrète, mais influente, elle signe certaines des coiffures les plus remarquées de ces dernières années. Pour Numéro, elle revient sur son parcours des États-Unis à Paris.
par Léa Zetlaoui.

Américaine installée à Paris depuis six ans, Jillian Halouska exerce un métier longtemps resté dans l’ombre. Il y a encore quelques années, le grand public ignorait en effet les rouages de l’industrie de la mode et de l’entertainment. L’essor des réseaux sociaux, et en particulier d’Instagram, a progressivement contribué à mettre en lumière ces talents de l’ombre. Car aux côtés des stylistes et des maquilleurs, les coiffeurs — plutôt désignés sous le terme de hairstylists — sont reconnus non seulement pour leur expertise technique, mais aussi pour leur créativité et leur capacité à façonner une véritable identité visuelle.
De son côté, Jillian Halouska continue de cultiver une certaine discrétion quant à sa brillante carrière et à ses prestigieux clients. Internet et les réseaux sociaux se font pourtant, eux, l’écho de l’étendue de son talent et de sa réussite. Parmi ses récents succès, la coupe mulet de Jacob Elordi, qui a affolé la Toile lors de la promo de Hurlevent en début d’année. S’ajoutent à cela les tapis rouges de Rebecca Ferguson, Charli xcx en couverture du magazine Rolling Stone UK, Margaret Qualley pour le défilé Chanel haute couture printemps-été 2024, ou Hunter Schafer au Festival de Cannes en 2024. Pour Numéro, elle retrace son parcours, des États-Unis à Paris, et révèle les coulisses de son métier de hairstylist.

Interview de la hairstylist Jillian Halouska
Numéro : Quel est votre tout premier souvenir lié aux cheveux ?
Jillian Halouska : La réponse est facile ! Chaque matin, je regardais ma mère se préparer pour aller travailler. Elle écoutait de vieux tubes à la radio, et moi, assise sur le lit, je l’observais dans la salle de bains attenante. Elle accordait énormément d’importance à son apparence. Je l’ai toujours trouvée très élégante, avec des cheveux très foncés, presque noirs — elle ressemblait beaucoup à Salma Hayek.
C’est donc un souvenir très intime ?
Oui, c’était intime et joyeux. Et comme elle avait sa propre salle de bains, j’avais l’impression d’entrer dans son univers. C’était fascinant de voir comment quelqu’un se transforme pour se présenter au monde. Je crois que c’est tout l’intérêt de la coiffure, du maquillage, de la mode, de se demander qui l’on veut être aujourd’hui et quelle histoire on veut raconter.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire carrière dans la coiffure ?
Dès la sortie du lycée, j’ai voulu étudier la coiffure. J’ai toujours été attirée par cet univers, même à l’époque où je faisais de la danse et de la gymnastique. Je viens aussi d’une famille au sein de laquelle l’on aime s’apprêter, et ma grand-mère, passionnée de mode, m’a beaucoup influencée.
Pensez-vous qu’il y a là une manière de donner du pouvoir aux femmes ?
Oui, absolument. Toutes les femmes de ma vie sont très puissantes. Mais c’est aussi culturel. Du côté de ma mère, qui est mexicaine, les femmes de ma famille sont comme ça. On se prépare, on fait les choses avec soin. Quand j’allais chez ma grand-mère, par exemple, elle me faisait toujours les ongles. En revanche, du côté de mon père, qui est américain, cette dimension est moins présente.

Tony & Guy, un apprentissage stimulant
Où avez-vous commencé votre formation ?
À 18 ans, j’ai intégré la Tony & Guy Academy à Phoenix, en Arizona. Leur approche était extrêmement avant-gardiste au début des années 2000, donc l’apprentissage fut très stimulant. On nous donnait une grande liberté d’expérimentation. On réfléchissait vraiment à l’architecture de la coiffure. Comment construire une base, une structure, superposer des couches, travailler la texture. Avec Tony & Guy, qui avait aussi sa propre ligne de produits, tout était pensé comme une construction. On partait d’une image mentale pour la traduire en un résultat concret, cohérent et lisible.
Ce sont les premiers à avoir pensé les cheveux comme un champ créatif.
Exactement. Chaque semaine, on devait présenter une coiffure. Franchement, c’était souvent raté, assez affreux même, mais ça libérait une créativité très éditoriale.

Ses débuts chez Warren Tricomi
Et par la suite ?
À 20 ans, j’ai déménagé à New York pour rejoindre le salon Warren Tricomi. C’était un lieu très lié à la mode, car Edward Tricomi [le cofondateur du salon, ndlr] faisait tous les shootings de Deborah Turbeville, et avait été colocataire de Janice Dickinson. En parallèle, j’ai intégré l’équipe de Guido Palau, pour l’accompagner lors des Fashion Weeks.
Le fonctionnement au sein des salons de coiffure est souvent très hiérarchisé, était-ce le cas pour vous ?
Oui, complètement, on commence tout en bas comme assistante, puis on progresse. J’ai travaillé environ un an avec Edward Tricomi. Puis, un jour, il m’a prise à part et m’a dit : “Tu ne peux pas rester ici. Tu n’es pas faite pour un salon. Tu dois être dans la mode, travailler avec des célébrités.” Sur le moment, j’ai cru qu’il me renvoyait, alors qu’en fait il m’encourageait à avancer.
Quelle chance de rencontrer quelqu’un qui vous pousse à évoluer. Il aurait pu vous garder à ses côtés, dans l’ombre, pendant des années.
Oui, mais il n’était pas comme ça. Il a appelé son agent chez Brian Bantry et lui a dit : « Je vous envoie mon bras droit, vous devez absolument la signer, elle est incroyable, elle a un talent fou.” Après un entretien, j’ai assisté tous les coiffeurs de l’agence comme Italo Gregorio.
Qu’avez-vous appris à cette époque ?
À travailler sur des shootings, avec rigueur et précision. Je continuais les défilés avec Guido Palau, tout en assistant les talents de l’agence sur des campagnes ou auprès de célébrités. J’ai été assistante pendant près de sept ans, ce qui est long, mais extrêmement formateur.

Devenir hairstylist pour célébrités
Comment vous êtes-vous spécialisée dans les célébrités ?
Un peu par hasard. Au départ, je voulais uniquement faire de la mode. Et à vrai dire, je ne savais même pas que travailler avec des célébrités était un métier. En réalité, je suis partie de cette agence, parce que j’avais le sentiment qu’elle n’évoluait pas avec son époque.
En quel sens ?
Ce n’était pas une question de spécialisation, mais plutôt de vision. L’agence n’était pas très tournée vers le présent. Même les outils comme Instagram étaient à peine utilisés. Et surtout, ils ne valorisaient pas leurs assistants. Si un coiffeur n’était pas disponible pour un shoot, ils ne proposaient pas son assistante. Donc finalement, les opportunités partaient ailleurs.
Finalement, vous aviez l’impression que c’était difficile d’évoluer dans cette agence ?
Oui. À ce moment-là, une amie, Jackie Trachtenberg, m’a proposé de rencontrer d’autres agences. En une journée, elle m’a organisé plusieurs rendez-vous, notamment chez C Management, The Wall Group et Jed Root — l’agence que je visais. Mais une agente de Starworks [aujourd’hui A-Frame] m’a dit très clairement qu’elle me voulait. Jackie m’a alors conseillé de signer avec la personne qui était prête à se battre pour moi. J’ai suivi ce conseil sans réaliser que c’était une agence exclusivement dédiée aux célébrités.
Qui a été votre premier client ?
Ma première cliente était l’actrice Anna Chlumsky, que j’adore encore aujourd’hui. Même si on s’est immédiatement entendus, ce fut quand même une transition difficile.

Processus créatif et Method dressing
Quel est votre processus créatif ?
Je dirais que j’aime construire un personnage, mais tout dépend d’abord du projet. Est-ce une avant-première, un éditorial pour un magazine, une campagne de marque ? Une fois l’intention claire, je m’intéresse à ce que la personne va porter. Je réalise toujours des moodboards, c’est quelque chose que j’adore. Je m’inspire beaucoup des défilés, où la coiffure est plus libre que dans une campagne. Il y a du mouvement, une lumière changeante, de la texture.
Avez-vous une coiffure de référence ?
C’est difficile de répondre précisément. J’ai en tête une vieille campagne Chloé que j’adore, avec trois filles aux styles différents, mais cohérents. Et aussi un défilé de Kate Moss que je montre souvent.
Aujourd’hui, pour la promotion des films, on parle beaucoup de method dressing. Est-ce un procédé qui s’applique à la coiffure également ?
Oui, bien sûr. Quand je travaille avec Rebecca Fergurson, il y a une vraie envie de jouer avec son style. Son styliste, Tom Eerebout, que j’adore, imagine toujours des choses très intéressantes pour ses avant-premières. Je reçois ses idées de looks, puis je crée un moodboard pour définir un fil conducteur. Par exemple, pour la promotion de Peaky Blinders, il y avait toujours une tresse, sous une forme ou une autre, soit très discrète ou plus visible. L’idée était d’intégrer un élément du projet, mais de manière subtile, sans tomber dans le costume.

La coupe mulet de Jacob Elordi
Pourriez-vous nous raconter la coupe mulet de Jacob Elordi, qui a fait beaucoup parler d’elle sur les réseaux sociaux en début d’années ?
Bien sûr. En réalité, la coupe mulet était pour la promotion du film Priscilla (2023). À l’époque, il incarnait Elvis, tout comme Austin Butler dans un autre film sorti au même moment. Il y avait beaucoup de comparaisons quant à leurs prestations, et je ne voulais pas qu’elles passent aussi par l’image. Il avait encore les cheveux longs, avec une allure très seventies. Je lui ai proposé un mulet, plus doux, presque “porno chic”, en gardant la moustache. L’idée était de créer une signature forte, pour qu’on parle de lui, sans jouer sur la comparaison. Il m’a fait confiance et on s’est lancés.
Et ce mulet est finalement devenu une tendance lors de la promotion du film Hurlevent au mois de janvier.
C’est fou d’avoir créé un zeitgeist. Mais en réalité, personne ne sait que c’est moi.

Et pour finir…
Quel est votre meilleur souvenir ?
Avec Rebecca Fergurson, sans hésiter. On se fait totalement confiance, on voyage ensemble, et il y a une véritable collaboration entre nous. Notre relation est très spéciale
Qu’est-ce qui est surprenant dans ton métier ?
À quel point c’est dur et stressant, car tu peux être viré à tout moment. C’est comme passer des entretiens d’embauche en permanence.
Et l’aspect que tu préfères ?
Imaginer un look et le voir se concrétiser grâce à l’énergie de toute une équipe. C’est avant tout un travail collectif.
Votre plus grand défi quand vous travaillez sur un projet ?
Prendre une décision et s’y tenir. Se faire confiance, malgré les nombreux avis autour.
Savez-vous dire non à un client ?
Oui, mais avec tact. Mon rôle, c’est de proposer, d’orienter.
Avez-vous un secret à nous partager ?
Être soi-même, mais avec une bonne coupe. Quelque chose de simple, facile à vivre, qui vous correspond. Je demande toujours à mes clientes comment elles se sentent ce jour-là, ce qui va les rendre puissantes, désirables. Mais au fond, tout vient d’elles : moi, je ne suis qu’un révélateur de leur beauté.