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L’artisanat d’art au sommet avec le Loewe Foundation Craft Prize 2026 : zoom sur 6 artistes finalistes
Avec le Loewe Foundation Craft Prize, la maison espagnole confirme son engagement en faveur d’un artisanat en pleine réinvention. Pour son édition 2026, présentée du 13 mai au 14 juin 2026 à la National Gallery Singapore, elle réunit une sélection internationale témoignant d’une scène effervescente, où les gestes ancestraux se confrontent à des expérimentations radicales. À cette occasion, Numéro art choisit de se concentrer sur six finalistes, révélant à travers eux la diversité et la vitalité du craft aujourd’hui.
par Thibaut Wychowanok.

Le Loewe Foundation Craft Prize, rendez-vous majeur de l’artisanat d’art
Le Loewe Foundation Craft Prize s’impose, année après année, comme l’un des rendez-vous majeurs de l’artisanat contemporain. Créé en 2016, ce prix international, doté de 50 000 euros, célèbre une scène en pleine mutation, où savoir-faire ancestraux et expérimentations radicales se rencontrent.
Pour son édition 2026, la Fondation dévoilait récemment sa sélection de 30 finalistes, choisis parmiplus de 5 100 candidatures issues de 133 pays – une cartographie dense et sensible des pratiques actuelles. Du 13 mai au 14 juin, leurs œuvres seront présentées à la National Gallery Singapore, transformant le musée en un terrain d’exploration où céramique, textile, bois, verre ou bambou deviennent les vecteurs d’un langage contemporain. À travers ces pièces, une même tension affleure : celle qui relie la main à la matière, le geste à l’idée, la tradition à l’invention. Cette neuvième édition marque également un tournant avec l’arrivée au sein du jury des directeurs artistiques de Loewe, Jack McCollough et Lazaro Hernandez.
À rebours d’une vision purement technique, ces pratiques révèlent des récits intimes, des héritages, des territoires. Elles racontent aussi une manière de faire monde : attentive, lente, parfois imprévisible. À l’occasion de cette édition 2026, Numéro art a choisi de mettre en lumière six artistes parmi les finalistes. Six voix singulières, six approches de la création, qui décryptent pour nous les enjeux de leurs œuvres et les gestes qui les façonnent.

Les céramiques en mutation de Rafael Pérez Fernández
“J’ai développé moi-même la plupart des techniques dont j’use pour créer mes céramiques. Ainsi, la technique que j’ai le plus employée mêle deux types de pâte : une pâte expansive qui gonfle au four comme une pâte feuilletée, et une autre, plus conventionnelle, qui conserve sa forme. Cela crée une sorte de lutte entre les deux à l’intérieur du four ; les formes sont complètement différentes avant et après la cuisson.
La pièce grandit, se déforme et se transforme, comme la nature, mais en une seule cuisson. Mon œuvre, Time to Time (2023), présentée au Loewe Craft Prize, est un ensemble de trois pièces géométriques, du moins à leur stade initial, qui ont été violemment transformées par la cuisson. L’idée de base est une réflexion sur le passage du temps en général et, dans ma propre vie en particulier, ainsi que sur la manière dont la nature ramène finalement la géométrie et la rationalité humaine à ses principes fondamentaux, anarchiques et spontanés.”

Le bois imparfait de Rayah Wauters
“Ce que je réalise aujourd’hui a commencé par un accident. Un geste involontaire au tour à bois, techniquement incorrect, a modifié la surface du bois : de fines fibres, encore ancrées dans la matière, s’en sont détachées, comme des cheveux sur la peau. Mon instinct n’a pas été de les poncer, mais de les comprendre. C’était en 2021. Les quatre années suivantes ont été consacrées à reproduire ce phénomène intentionnellement.
Les œuvres résultantes sont composées de milliers d’arrachements du bois, considérés comme des erreurs dans la discipline. C’est précisément ce qui m’attire : révéler la valeur dans ce que l’on juge imparfait. Le bois utilisé pour A Turn Toward Possibility (2025) est le peuplier, omniprésent en Belgique, mais souvent sous-estimé.”

Le meuble sculpture de Jong In Lee
“Je travaille principalement le bois, créant mobilier et objets. Ayant grandi avec un père ébéniste, j’ai été entouré très tôt d’objets en bois. Cela a façonné ma perception des formes. Et, pour moi, la perception commence par la sensation corporelle. Mon travail est donc défini moins par une technique que par une approche de la forme.
Dans le mobilier, je m’intéresse à la manière dont le corps se repose. Dans les objets, je me concentre sur la tension interne et l’équilibre. Baeheullim (2025) existe comme meuble et sculpture, inspiré des colonnes traditionnelles coréennes.”

Le verre transformé de Maria Koshenkova
“Avant de travailler le verre, j’ai étudié le dessin, le modelage et le ballet. Cette conscience du corps m’accompagne encore aujourd’hui. J’aborde la sculpture à travers le corps, le mouvement et l’intuition, dans une intensité qui nourrit ma pratique. Je travaille le verre comme une matière vivante, entre transformation et dissolution.
Je commence par un dessin, puis construis une forme en couches de couleur. J’utilise verre recyclé et neuf. Ensuite, je perds volontairement le contrôle : je chauffe, souffle, étire, tords. La gravité devient mon partenaire de création. Faun’s Flesh (2025) explore tension et désir. La forme est perturbée, transformée, entre abstraction et corporéité, entre contrôle et lâcher-prise.”

Le tissage rythmique de Chia-Chen Hsieh
“Je viens de Taïwan, une terre où le bambou est considéré comme un pilier culturel. Pour moi, il s’agit donc de bien plus qu’une plante : c’est un médium aux possibilités structurelles infinies, reliant héritage et formes contemporaines. Au cœur de ma pratique se trouve le ‘tissage rythmique’, un processus qui pousse la tension et l’élasticité du bambou à leurs limites.
Rhythm in Grid (2025) explore l’harmonie entre ordre géométrique et courbes organiques. L’œuvre matérialise des forces invisibles de la nature, là où la douceur d’une sphère rencontre la rigueur d’un cube. Grâce à des milliers de fibres de bambou entrelacées, je crée une translucidité qui capte lumière et ombre.”

Les structures tissées de Somyeong Lee
“Ma série Chronicle of Matter (2025) est réalisée en cintrant à la vapeur de fines pièces de bois allongées, puis en les pliant lentement, en les tissant et en les liant entre elles. Je me suis inspirée de la manière dont les oiseaux rassemblent de petites branches pour construire leur nid.
J’ai imaginé que ces fragments de bois – souvent considérés comme insignifiants ou facilement jetés – pouvaient se réunir pour former une structure capable de porter du poids et même de soutenir la vie.”
Les 30 œuvres finalistes du Loewe Foundation Craft Prize 2026 sont à découvrir du 13 mai au 14 juin 2026 à la National Gallery Singapore, Singapour.