5 juil 2026

Pyrotechnie, déhanchés, Casita… On était au concert survolté de Bad Bunny à Paris

Le phénoménal Bad Bunny a embrasé la scène de la Plenitude Arena, à Nanterre (dans la banlieue de Paris) avec un concert spectaculaire, mêlant les titres de son dernier album aux hymnes qui ont fait de lui la plus grande star de la musique latine. Entre scénographie en hommage à Porto Rico, ferveur du public et pyrotechnie, retour sur une performance aussi généreuse que fédératrice dont on ressort avec l’impression de se sentir plus vivant.

  • par Violaine Schütz.

  • Rarement, on aura vu une tournée faire l’objet d’autant de posts sur les réseaux sociaux. Que ce soit des vidéos d’extraits des lives, des stories demandant des tips pour trouver des places pour l’une des dates ou des posts indiquant des conseils pour entrer dans la fameuse casita présente sur scène… Et la performance incendiaire qu’il a dévoilé à la mi-temps du Super Bowl (en février 2026) n’a pas calmé les ardeurs…

    L’engouement autour de ces spectacles rassemblés sous le nom de Debí Tirar Más Fotos World Tour a été immédiat. Dès son annonce, les préventes ont atteint des niveaux exceptionnels, et de nouvelles dates ont été ajoutées pour répondre à la demande. Les billets se sont écoulés à une vitesse record dans plusieurs pays, témoignant de la popularité grandissante de Bad Bunny et de sa capacité à rassembler des publics très divers.

    Une demande XXL autour des places de concerts de Bad Bunny

    Les recettes s’élèvent aujourd’hui à un milliard. Cette tournée dantesque traverse l’Amérique latine, l’Europe, l’Asie et l’Océanie. Mais elle a zappé les États-Unis, car le chanteur, très opposé à la politique de Trump, voulait éviter les raids anti-immigration de l’ICE. Les places de concerts de l’artiste sont devenues, en quelques mois, le Saint Graal et un symbole ultime de coolitude. Avec le Debí Tirar Más Fotos World Tour, qui a débuté en novembre 2025 et qui se terminera en juillet 2026, Bad Bunny confirme son statut de superstar attachant de la musique et d’ambassadeur – ultra charismatique et sexy – de la musique hispanophone à l’échelle mondiale.

    Le triomphe de la musique hispanophone

    Au-delà des chiffres impressionnants, cette sixième tournée de l’artiste illustre l’évolution de l’industrie musicale mondiale. Bad Bunny est devenu l’un des rares artistes non anglophones capables de remplir des stades à travers plusieurs continents sans renoncer à sa langue ou à son identité culturelle. Son parcours démontre que la musique chantée en espagnol est désormais un acteur incontournable de la pop mondiale. Et que la langue n’est pas un obstacle pour toucher un large public.

    Conçue pour accompagner son sublime album Debí Tirar Más Fotos – sorti en 2025 et lauréat du prestigieux Grammy Award du meilleur opus -, cette série de lives marque aussi une nouvelle étape dans la carrière de l’artiste portoricain, qui continue de repousser les frontières. Elle l’installe parmi les grands showmen de notre époque, capable de rivaliser avec des stars américaines mainstream telles que Taylor Swift en termes de scénographie, de public dévoué, d’énergie et de prestance.

    BAD BUNNY – NUEVAYoL | DeBÍ TiRAR MáS FOToS (2025).

    Le Debí Tirar Más Fotos World Tour, une tournée ultra virale

    Cependant, il y a quelque chose chez lui qui nous touche particulièrement. Cette tournée qui s’inscrit dans la continuité du dernier album de Bad Bunny explore, avec, parfois, une certaine mélancolie, ses racines, son attachement à Porto Rico et les souvenirs qui l’ont façonné. Certes, le chanteur et rappeur assure côté déhanchés et au niveau vocal et il fait le show en costume et lunettes aux verres fumés, puis, en short, transformant le stade en boîte de nuit en surchauffe.

    Mais sur scène celui qui est aussi acteur et catcheur incorpore une partie intimiste et plus profonde à son live en mêlant plusieurs éléments tels que la présence d’un groupe (Los Pleneros de la Cresta), de longs échanges en espagnol avec le public, des interactions poussées avec ses fans, des jeux de lumière impressionnants, des bains de foule, des danseurs en pleine forme, beaucoup de pyrotechnie et de multiples références à la culture portoricaine (c’est d’ailleurs le groupe originaire de l’île Chuwi qui assure la première partie).

    Un concert à la Plenitude Arena de Paris fédérateur et festif

    Lors du concert du 4 juillet 2026 à la Plenitude Arena (ex-Paris La Défense Arena), à Nanterre, où nous étions (avec 38 000 autres personnes), nous avions plus l’impression de participer à une grande fête plutôt qu’à un spectacle. Après un concert survolté à Marseille où il a repris la Marseillaise et était vêtu d’un ensemble Jacquemus d’une couleur bleu rendant hommage à l’OM, et avant une autre performance le 5 juillet 2026 à la Plenitude Arena, Bad Bunny a dévoilé un concert généreux de plus de 2h30.

    Un show truffé de tubes (La Mudanza, Baile Inolvidable, Nuevayol, Titi Mi Pregunto, Monaco, Yo perreo sola, Café Con Ron, DTMF, EoO) issus de toute sa discographie et vivifiant. Entre plena, reggaeton, trap, salsa et cumbia, les amateurs de musique latine vont être comblés.

    Mais le Debí Tirar Más Fotos World Tour tient aussi sa force du public lui-même, très impliqué dans le concert. L’audience chante en chœur tous les morceaux, danse (parfois des pas de salsa) et arbore des tenues spectaculaires, entre chapeaux de paille, mini jupes à paillettes et robes colorées.

    La Casita, l’autre star du show

    Autre élément central du show ? La Casita, qui imite les maisons colorées typiques de Humacao, commune de Porto Rico et qui accueille Bad Bunny sur son toit ou devant son entrée lors de la deuxième partie du concert. Cette dernière, plantée dans la fosse et de couleur rose, a abrité par le passé de nombreuses stars en plus d’anonymes choisis dans la foule par un certain Jeremy Villanueva avant le spectacle. Jessica Alba, Jon Hamm (rebaptisé Juan Jamon par Bad Bunny), Cardi B, Ester Expósito, Javier Bardem, Penélope Cruz et Jacquemus y ont dansé.

    Mais la jolie maison est, depuis quelques semaines, au centre d’une polémique, car on y voit le plus souvent des jeunes femmes minces aux cheveux lisses correspondant aux critères de beauté dominants et habillées de manière très sexy. Et la présence de nombreux VIP en fait un symbole, malgré elle, de gentrification, alors qu’elle représente au départ l’identité de l’île de Porto Rico face à des étrangers puissants qui voudraient installer de grandes habitations modernes à la place.

    Bad Bunny entend dénoncer tout ce qu’on reproche aujourd’hui à la Casita à travers une musique fédératrice, inclusive et quasi politique. La superstar portoricaine a-t-elle entendu les critiques ? Ce soir-là, à Nanterre, il n’y avait aucunes célébrités dans la maison rose à part la chanteuse Manon Bannerman (Katseye) et la drag queen Gigi Goode.

    Le Tiny Desk concert de Bad Bunny en 2025.

    Des messages d’amour

    Par contre, le caméraman ne se gênait pas pour filmer des fesses de femmes en train de twerker en gros plan. Mais à part les controverses autour de la Casita, il est difficile de ne pas être séduit par la proposition scénique du très mal nommé “méchant lapin« . Surtout que Bad Bunny multiplie les messages d’amour aux accents philosophiques. “Ce qui est important, c’est le moment présent, déclare-t-il, il faut en profiter. Faites-vous des câlins !” ou encore “Si vous avez une copine, c’est le moment de la prendre en photo.”

    En sortant de la salle, où un faux appareil photo lumineux à mettre autour du coup nous a été remis, nous n’avons qu’une envie : voir nos proches, les prendre en photo et les enlacer. Et profiter encore plus intensément des moments où la vie se retrouve augmentée, à l’image de ce live euphorisant de la star portoricaine.

    Bad Bunny sera en concert à la Plenitude Arena, à Nanterre, le 5 juillet 2026.