9 fév 2026

Super Bowl 2026 : Bad Bunny a enflammé la mi-temps avec un show très politique

Après Beyoncé, Michael Jackson ainsi que Kendrick Lamar, c’est l’artiste portoricain Bad Bunny qui a été choisi pour assurer le concert de la mi-temps du Super Bowl 2026. Organisée le 8 février au Levi’s Stadium californien, la rencontre de football américain a été le théâtre d’une performance hautement politique et festive de la part de la star du reggaeton. Un bel hommage à ses racines latines qui prônait la paix plutôt que la division et qui a fait enrager Donald Trump.

  • par Violaine Schütz

    et Jordan Bako.

  • Publié le 29 septembre 2025. Modifié le 11 février 2026.

    L’annonce de Bad Bunny au Super Bowl 2026.

    Le Super Bowl, une rencontre annuelle attendue

    En près de soixante ans d’existence, le Super Bowl est devenu bien plus qu’un simple rendez-vous sportif. Mobilisant chaque année plusieurs millions de spectateurs (avec à la clé près de 600 millions de dollars rapportés), la finale de la ligue américaine de football américain est le théâtre de bien des mobilisations culturelles, en diffusant par exemple en avant-première des bandes-annonces de films. Mais c’est surtout son show de mi-temps qui a valu au Super Bowl ces lettres de noblesse.

    Madonna, Beyoncé, Michael Jackson, Prince, Lady Gaga, Rihanna, Diana Ross… C’est tout un panthéon des légendes de l’industrie musicale qui s’est bousculé sur la scène du concert de mi-temps du Super Bowl (l’Apple Music Super Bowl LX Halftime Show) au fil des années. Et pour 2026, les pronostics étaient nombreux, tentant de percer à jour le nom de celui (ou celle !) qui s’y produirait. Certains prophétisaient l’arrivée des pop stars Taylor Swift ou Sabrina Carpenter cette année sur l’estrade de la rencontre du football américain.

    Bad Bunny, star du show de la mi-temps du Super Bowl 2026

    Mais c’est finalement l’artiste portoricain Bad Bunny, star de la trap latine et du reggaeton, à qui revenait la lourde tâche d’assurer le concert de mi-temps du Super Bowl 2026. Benito Martínez Ocasio (de son vrai nom) a été choisi pour monter sur la scène du Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie, le 8 février 2026 pour l’Apple Music Super Bowl LX Halftime Show. Roger Goodell, le patron de la NFL (National Football League) a déclaré à propos de ce choix : “Bad Bunny est l’un des meilleurs artistes au monde et c’est pour ça qu’on l’a choisi. Aussi parce qu’il comprend parfaitement la portée de cette scène. Le show du Super Bowl doit rassembler les gens grâce à leur créativité et leur talent. Les artistes du passé l’ont fait et Bad Bunny saura parfaitement le faire à son tour.

    Le chanteur et rappeur de 31 ans Bad Bunny enchaîne les succès. En effet, entre la sortie de son album Debí Tirar Más Fotos en janvier 2025, une tournée et une incursion au cinéma dans le film Pris au piège – Caught Stealing, l’agenda du musicien affichait complet l’an dernier. Et en 2026, il a brillé aux Grammy Awards en remportant notamment le prix du meilleur album de l’année 2025. Une première pour un album chanté en espagnol. Aujourd’hui, il est l’un des artistes anglophones les plus écoutés de tous les temps. L’ex-caissier était même l’artiste le plus streamé au monde en 2025.

    La bande-annonce du show Apple Music Super Bowl Halftime Show (2026) de Bad Bunny.

    Un artiste très engagé

    L’an passé, c’était Kendrick Lamar qui livrait une performance hautement politique en compagnie de la chanteuse SZA ainsi que de l’acteur Samuel L. Jackson. Véritable manifeste sur la position des personnes afro-américaines dans l’Amérique de Trump, le show de treize minutes avait réuni plus de 130 millions de spectateurs devant leur téléviseur. Dans cette lignée, Bad Bunny pourrait lui aussi teinter son concert d’une dimension politique.

    Dans le sillon de la sortie de son album Debí Tirar Más Fotos qui s’érigeait en hommage à son île natale, Porto Rico, l’artiste réalise en 2025 et 2026 une tournée mondiale en dehors des États-Unis, en raison du contexte politique actuel.

    L’ennemi de la politique de Donald Trump

    En effet, selon les confessions du musicien au magazine i-D, Bad Bunny a décliné l’idée de performer au pays de l’Oncle Sam puisque “l’ICE (le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis, soit une agence fédérale qui conduit actuellement une politique de déportation massive des personnes immigrés sur le territoire américain, ndlr) pouvait être aux portes de mon concert.” Aux Grammy Awards, en février 2026, le chanteur a continué de clamer “ICE out.”

    Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux. Nous sommes des humains et nous sommes américains. Ce qu’on a contre nous, dit-il lors de son discours de remerciements, c’est de la haine. La haine engendre la haine. L’amour est encore plus puissant, et n’oubliez jamais que l’on doit se battre avec amour.”

    Un show anti-MAGA

    En quelques mois, le chanteur est devenu le symbole de l’opposition à la politique anti-migratoire de Donald Trump. Le méchant lapin est la bête noire de la sphère MAGA. Le président américain a ainsi critiqué « un choix terrible », boycottant l’événement. Benito Antonio Martínez Ocasio sera le premier artiste latino, complétement hispanophone, à assurer la mi‑temps du Super Bowl, ce qui déplaît fortement à de nombreux Américains. L’organisation Turning Point USA, fondée par le militant conservateur Charlie Kirk, a même préparé un concert alternatif pour la pause du match. Un programme ayant pour but “célébrer la foi, la famille et la liberté” avec le chanteur Kid Rock.

    Le résultat de la mi-temps du Super Bowl était à la hauteur des attentes. Figurant parmi les évènements les plus médiatisés de l’année, l’estrade de l’événement a été le parfait terrain de jeu pour attirer l’attention sur diverses causes politiques, pour celui a déjà pris position contre l’homophobie, le racisme, le harcèlement sexiste ou encore la gentrification de Porto Rico.

    Lady Gaga, Pedro Pascal et Ricky Martin sur scène

    La mi-temps (lors de laquelle il a chanté en espagnol) était un hommage à Porto Rico et à la culture latine et mettait en scène de nombreux danseurs ainsi que des stars telles que Cardi B, Jessica Alba, Pedro Pascal, Young Miko et Karol G. Toutes se donnaient devant une maison rose (une casita, maison traditionnelle caribéenne) au milieu de ce qui ressemblait à un champ de cannes à sucres. Côté performances, Lady Gaga (idole et amie de Bad Bunny) – en robe flamenco Luar custom bleue, bijoux Chopard et broche à l’effigie de la fleur officielle de Porto Rico, Flor de Maga, signée Piers Atkinson – a dansé avec Bad Bunny et a chanté une version salsa de Die with a Smile.

    Et Ricky Martin a performé également. Mais la véritable star du show était le charismatique chanteur et rappeur lui-même qui était vêtu d’une tenue blanc crème signée Zara (une marque espagnole pour mieux rendre hommage encore à sa culture), symbole de paix. Il portait aussi une paire de sneakers Adidas ainsi qu’une montre Royal Oak d’Audemars Piguet. Sur le dos de son maillot figurait le mot “Ocasio”, son vrai nom de famille, et sur le devant, le numéro 64 qui fait allusion à l’année de naissance de son oncle Cutito qui lui a appris tout ce qu’il savait sur la NFL.

    Une grande fête célébrant Porto Rico

    En 13 minutes, Bad Bunny a dévoilé un medley de ses tubes (Yo Perreo Sola, NUEVAYoL, EoO, DtMF, BAILE INoLVIDABLE, Tití me preguntó) qui ressemblait à une grande fête fédératrice. Lors d’une conférence de presse accordée à Apple Music, l’artiste avait confié avoir pensé l’événement comme une bacchanale. “Je veux juste que les gens s’amusent. Ça va être une grande fête. Je veux mettre ça en scène, une grande partie de ma culture. Je ne veux vraiment pas dévoiler de spoilers. Ce sera simple : les gens n’auront qu’à penser à danser. Je sais que j’ai dit qu’ils avaient un mois pour apprendre l’espagnol, mais ils n’en ont même pas besoin ! Il vaut mieux qu’ils apprennent à danser. Et il n’y a pas de meilleure danse que celle qui vient du cœur.”

    Il avait également précisé : “Bien sûr, j’aurai beaucoup d’invités. Il y aura ma famille, mes amis, et toute la communauté latino à travers le monde qui me soutient : ils seront avec moi. Tous ceux qui m’ont arrêté dans la rue ne me souhaitent que du bien. Je sais que le monde entier sera heureux ce dimanche. Ils vont danser et passer un bon moment.”

    Ensemble, nous sommes l’Amérique.” Bad Bunny

    Le chanteur a tenu ses promesses. Devant plus de 134 millions de téléspectateurs, le Portoricain a dévoilé un spectacle joyeux centré sur ses racines latines, mises en lumière à travers la danse, les personnalités présentes, les cuivres et les percussions, mais aussi des samples d’airs latinos et l’utilisation des poteaux électriques, allusion aux coupures de courant devenues fréquentes après l’ouragan Maria qui avait ravagé son île en 2017. Le décor était village portoricain recréé, avec un salon de beauté, un marchand de bijoux, une épicerie, un vendeur de glaces, un stand de tacos ou encore des joueurs de dominos.

    Le rappeur a assuré le show en dansant sur le toit d’une maison, en chantant au-dessus d’une voiture, en faisant du stage diving et en offrant l’un de ses Grammy Awards à un enfant. Un couple s’est même marié, pour de vrai, au milieu du spectacle. Et un défilé de drapeaux de tous les pays du continent américain a eu lieu et Bad Bunny a cité leurs noms en finissant par le Canada et les États-Unis rappelant que l’Amérique ne se résume pas aux États-Unis.

    Un message de paix

    Ses messages étaient inscrits sur le ballon qu’il tenait : “Ensemble, nous sommes l’Amérique” et sur un écran qui proclamait : “La seule chose qui est plus forte que la haine est l’amour”. La preuve que les messages sont bien passés ? Le président a détesté, clamant sur X : “C’est un affront à la grandeur de l’Amérique, s’est-il empressé d’écrire sur ses réseaux sociaux sitôt le show terminé. Personne ne comprend un mot de ce que ce mec raconte, et sa danse est dégoûtante, en particulier pour les jeunes enfants. C’est une gifle dans le visage de notre pays.” N’en déplaise à Donald Trump, Bad Bunny a démontré avec cette Apple Music Super Bowl LX Halftime Show ce que pouvait être une Amérique unie, riche culturellement et débarrassée de la haine. Et c’était beau à voir…

    L’Apple Music Super Bowl LX Halftime Show a eu lieu le 8 février 2026 au Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie.