2 juil 2026

Les confessions de Cortis, le nouveau groupe de K-pop qui séduit la mode

Lancé en 2025, le groupe sud-coréen Cortis avance à son rythme, loin des formules toutes faites de la K-pop. À l’occasion de la sortie de leur projet GreenGreen et de leurs apparitions à la Fashion Week homme printemps-été 2027, les membres reviennent pour Numéro sur leur identité musicale, leurs inspirations et leur manière de transformer les émotions du quotidien en chansons.

  • propos recueillis par Violaine Schütz.

  • CORTIS – Redred (2026).

    Cortis, le nouveau visage de la K-pop qui déjoue les règles du genre

    Dans l’industrie très codifiée de la K-pop, où chaque geste est minutieusement pensé, l’arrivée du groupe masculin sud-coréen Cortis fait figure de nouvelle rafraîchissante. Lancé en 2025 par Big Hit Music (une filiale de Hybe Corporation – le label à l’origine de BTS et de Tomorrow X Together –, le quintette sud-coréen n’a jamais cherché à se présenter comme un simple boys band. Le groupe préfère le terme de collectif de jeunes créateurs, une manière d’affirmer que la création est autant au cœur de son identité que leurs tubes efficaces et leur esthétique étudiée.

    Composé de Martin, James, Juhoon, Seonghyeon et KeonhoCortis revendique une approche collective où les frontières entre chanteur, danseur, producteur ou chorégraphe s’estompent. Tous participent à l’écriture, à la composition, aux chorégraphies ou encore aux concepts visuels. Une liberté encore rare pour un groupe qui débute dans une industrie souvent construite autour de rôles très définis. Leur nom, inspiré de l’expression “Color Outside the Lines (“Colorier en dehors des lignes”), résume cette ambition : penser autrement, créer sans se laisser enfermer dans les conventions.

    Cortis – Go! (2025).

    Un groupe sud-coréen qui mixe les styles musicaux

    Musicalement, Cortis, dont les membres ont entre 17 et 20 ans, s’éloigne des recettes pop les plus attendues. Leur univers mélange hip-hop, Britpop, rock, trap et sonorités électroniques, avec une énergie brute qui évoque davantage une bande de créatifs qu’un groupe formaté. Leurs morceaux privilégient les ruptures de rythme, les refrains scandés et une esthétique sonore volontairement imprévisible, à mille lieues de la pop lisse souvent associée à la K-pop. Cette liberté et cette hybridation sont devenues des signatures de la bande.

    Cette singularité s’exprime également à travers leur image. Là où de nombreux groupes masculins misent sur une élégance impeccable, Cortis revendique un vestiaire nourri de culture skate, de punk et d’esthétique Y2K. Cheveux hérissés, mailles usées, ceintures cloutées ou silhouettes volontairement déstructurées composent une identité visuelle qui emprunte aux scènes alternatives tout en collant aux standards de la pop coréenne. Une direction artistique qui participe largement à leur succès auprès d’une génération (la Gen Z) en quête d’authenticité et d’unicité.

    Une participation remarquée à la Fashion Week

    En quelques mois seulement, le quintette s’est imposé comme l’un des jeunes groupes masculins les plus intrigants de sa génération. Son premier EP, Color Outside the Lines (2025), a réalisé un démarrage remarqué à l’international, tandis que son deuxième EP, GreenGreen (2026), confirme une ascension fulgurante, portée par des des millions d’écoutes et une première tournée mondiale.

    Plus qu’un simple groupe hype, Cortis symbolise sans doute une nouvelle ère dans l’évolution de la musique K-pop. Cette génération d’idoles revendique un véritable statut d’artistes qui ont leur mot à dire dans le processus créatif. Dans un paysage où l’authenticité est devenue une valeur très recherchée, le groupe semble avoir trouvé sa place : non pas en cherchant à révolutionner la K-pop, mais en élargissant son ADN. Quelques jours après leur participation à la Fashion Week homme printemps-été 2027, on a rencontré la bande prometteuse déjà suivie par 14 millions de followers sur Instagram.

    Cortis – Blue Lips (2026).

    L’interview du groupe Cortis

    Numéro : Comment est né Cortis ?

    Martin (Cortis) : Ce qui nous rassemble avant tout, c’est notre curiosité pour la musique et notre envie constante de progresser en tant qu’artistes. Nous nous sentions aussi tout naturellement bien ensemble lorsque nous passions du temps les uns avec les autres. Nous avons fait nos débuts ensemble, mais chacun a eu un parcours différent. En effet, nous avons commencé à des moments différents, avec des personnalités et des points forts qui nous sont propres. Mais nous partageons tous la même passion pour la musique, le plaisir de monter sur scène et la volonté de nous améliorer chaque jour. C’est cette ambition commune qui a abouti à la naissance de Cortis.

    Le nom Cortis vient de l’expression « Color Outside the Lines” (« Colorier en dehors des lignes”). En quoi cette phrase reflète-t-elle votre identité ?

    Seonghyeon (Cortis) : Cela signifie que nous ne cherchons pas à tout prix à rester dans un cadre figé ni à enfreindre les règles délibérément. L’idée est plutôt de ne pas se laisser enfermer dans un cadre prédéfini. Nous voulons exprimer avec sincérité ce que nous ressentons sur le moment et créer librement, sans nous imposer de limites.

    James (Cortis) : si on devait définir notre identité en quelques mots, je dirais la liberté et la curiosité.

    Juhoon (Cortis) : Et moi, l’honnêteté et l’authenticité.

    Quels sont les thèmes majeurs de vos paroles ?

    Martin (Cortis) : La musique de Cortis reflète avant tout ce que nous sommes à un instant précis de notre parcours et ce qui nous semble vrai. Avec notre EP GreenGreen, nous avons voulu capturer notre identité actuelle, celle juste après nos débuts. On y retrouve nos goûts, nos réflexions et tout ce qui nous inspire aujourd’hui. Plutôt que de nous enfermer dans un concept ou un thème unique, nous préférons laisser transparaître naturellement qui nous sommes et ce que nous ressentons à ce moment-là. Cela évolue au fil des étapes de notre vie, et nous pensons que c’est là toute l’essence de notre musique.

    Un groupe influencé par Tame Impala, Pixies et Nirvana

    Quelles sont vos influences musicales ?

    Martin : Je pense que mes parents ont eu une influence considérable sur mes débuts dans la musique. Ma mère écoutait beaucoup de pop et de musique mainstream. J’ai donc découvert très tôt des artistes comme Justin Bieber et Michael Jackson. Mon père, en revanche, était plutôt amateur de rock psychédélique et de groupes de rock. J’ai grandi en écoutant des artistes tels que Tame Impala, les Pixies et Nirvana.

    À quoi ressemblent votre processus de composition de chansons ? 

    Seonghyeon : Si je prends l’exemple de la chanson RedRed, nous avons eu de nombreuses séances de travail et de discussion, mais les idées ne venaient pas facilement au début. Nous travaillions ensemble en studio et, lorsque nous étions bloqués, nous faisions une pause pour nous changer les idées. Nous allions alors au cinéma, nous modifions un peu l’aménagement du studio ou nous nous promenions au bord du fleuve Han. En somme, nous travaillons beaucoup ensemble dans un même lieu, mais nous ne forçons pas les choses si nous avons une panne d’inspiration. Nous essayons simplement autre chose, faisons une pause et revenons avec l’esprit plus frais.

    Une formation impliquée dans le processus créatif

    Quelle est la chanson de votre discographie qui représente le mieux ?

    Seonghyeon : Go! est, pour moi, celle qui représente le mieux le groupe. L’énergie du morceau, les paroles et même le clip reflètent tout naturellement qui nous sommes et notre identité en tant que groupe.

    Keonho : Je choisirais RedRed, le titre phare de notre deuxième EP. C’est une chanson en laquelle nous avons cru dès le début. À mesure que nous travaillions dessus, elle s’améliorait sans cesse, ce qui nous rendait encore plus impatients de la faire découvrir au public. Je me suis aussi davantage impliqué dans l’écriture des paroles cette fois-ci, et j’ai essayé d’apporter une contribution plus importante de manière générale. Je pense que ce processus transparaît vraiment dans le titre. C’est donc une bonne représentation de qui nous sommes aujourd’hui.

    Quel message espérez-vous que les auditeurs retiendront de votre musique ?

    Keonho : Depuis nos débuts, nous avons passé beaucoup de temps à créer de la musique, à nous produire sur scène et à évoluer ensemble ; cela nous a aidés à mieux cerner nos goûts et notre orientation artistique. J’espère que les auditeurs pourront ressentir qui nous sommes aujourd’hui et nous percevoir tels que nous sommes en tant que groupe.

    Cortis – Acai (2026).

    La K-pop mêle librement différents styles et n’a pas peur d’expérimenter. C’est cette ouverture qui lui confère un attrait universel.” Juhoon (Cortis)

    Vous êtes très impliqués dans la création de vos clips. Comment les imaginez-vous ?

    James : Ils ne reposent pas sur une référence unique ou une seule idée. C’est plutôt le fruit de tout ce que nous voyons, vivons et glanons au quotidien ; tout cela s’accumule avec le temps et finit par s’assembler naturellement. Tout comme nous nous impliquons dans le processus de création musicale, nous aimons aussi élaborer la base de nos visuels. Nous filmons nous-mêmes des versions brutes de clips qui nous servent ensuite de base pour le tournage des versions finales avec une équipe professionnelle. Par exemple, avant de tourner TNT, j’ai eu l’idée d’exprimer notre énergie explosive à travers une foule qui semble prête à exploser à tout moment ; ce sont ce genre d’idées qui nourrissent la conception de nos visuels. Comme nous avons tous des goûts et des parcours différents, ces diverses influences se mélangent pour façonner notre identité visuelle.

    Comment expliquez-vous que la K-pop soit si importante, partout dans le monde ?

    Juhoon : Je pense que c’est parce que cela ne se limite pas à un seul genre. La K-pop mêle librement différents styles et n’a pas peur d’expérimenter. C’est cette ouverture qui lui confère un attrait universel. Nous essayons d’aborder la musique de la même manière, sans nous imposer de frontières de genre ou de forme. Nous préférons nous concentrer sur l’expression de ce qui nous semble juste, à notre propre manière et aussi naturellement que possible.

    Cortis – What You Want (2026).

    Des apparitions aux défilés Saint Laurent et Dior

    Vous étiez à la Fashion Week à Paris il y a quelques jours pour les défilés Saint Laurent et Dior. Comment s’est passée cette expérience ?

    James : C’était ma première fois à la Fashion Week ; ce fut donc un véritable honneur d’y assister. Le défilé Saint Laurent était incroyable et j’ai passé un excellent moment. Le lieu, la Bourse de Commerce, était particulièrement génial. Je remercie infiniment Saint Laurent de m’avoir invité.

    Juhoon : Je m’intéresse aux collections homme de Dior depuis un certain temps et je porte souvent les créations de la maison. Assister au défilé a donc été une expérience vraiment passionnante. C’était un moment privilégié de découvrir Dior sous cet angle, et j’ai passé un excellent moment.

    Quel rapport entretenez-vous avec la mode ? Comment décririez-vous vos tenues ?

    Keonho : La mode est pour moi un moyen d’exprimer mon humeur et ma personnalité. Je ne pense pas qu’un seul style me définisse. J’aime essayer différents looks selon mon état d’esprit du moment, tout en veillant à ce qu’ils restent fidèles à qui je suis.

    GreenGreen (2026) de Cortis, disponible.