15 juin 2026

Pourquoi on aime autant Charlotte Cardin

Originaire du Québec, la talentueuse chanteuse Charlotte Cardin s’est imposée en une décennie comme l’une des voix les plus fascinantes de la pop francophone. Après deux albums salués par la critique, elle vient d’être sacrée artiste féminine de l’année aux dernières Victoires de la musique. Auteure-compositrice-interprète, également actrice à ses heures, la ravissante ambassadrice Levi’s qui vient tout juste de sortir le titre Take me Back poursuit sa brillante trajectoire, cumulant plus d’un milliard d’écoutes sur les diverses plateformes de streaming.

  • par Nathan Merchadier.

  • Charlotte Cardin – Take Me Back (2026).

    Charlotte Cardin, la nouvelle de la pop francophone

    À 31 ans, Charlotte Cardin appartient à cette catégorie d’artistes dont l’ascension force le respect. Révélée en 2013 dans la version canadienne de l’émission The Voice, la chanteuse originaire du Québec, fille de scientifiques, aurait pu n’être qu’un visage de plus happé par la mécanique bien huilée des télé-crochets, promis à une disparition aussi rapide que silencieuse. Mais une décennie plus tard, avec deux albums salués par la critique à son actif, plus d’un milliard d’écoutes cumulées sur les plateformes de streaming et une Victoire de la musique en poche, ses succès ont attesté d’un talent qui allait bien au-delà de celui d’une gloire éphémère.

    Loin du vacarme médiatique européen, Charlotte Cardin construit patiemment son parcours pendant de longues années, depuis son Canada natal. Deux EP prometteurs – Big Boy en 2016, puis Main Girl l’année suivante – posent les bases d’une pop sophistiquée, à la fois élégante et efficace. Une trajectoire d’abord discrète, nourrie de succès locaux, jusqu’à ce que, au tournant des années 2020, tout s’accélère. Sa voix rauque, posée sur des productions oscillant entre pop, jazz et soul, enthousiasme le public.

    Un premier album, Phoenix, remarqué

    Son premier album, baptisé Phoenix (2021) est un disque de mue, de recomposition lente, où l’intime affleure, mais reste maîtrisé. On y devine des fêlures liées à une phase dépressive survenue à l’adolescence, mais aussi une volonté de ne pas les dramatiser, de les tenir à distance.

    Au Canada, le succès de l’album est massif. Il devient le quatrième le plus écouté de l’année. Provoquant un raz de marée aux Juno Awards 2022, l’équivalent des Victoires de la musique, il cumule les récompenses. En plus de décrocher le prix de l’album de l’année, il s’offre également celui d’album pop de l’année, et remporte dans la foulée le trophée du single de l’année pour son titre Meaningless.

    Une chanteuse influencée par Joe Dassin et Radiohead

    Mais c’est bel et bien avec 99 Nights, son deuxième album, sorti en août 2023, et écrit au fil de 99 nuits d’insomnie créative, que l’artiste change véritablement de dimension. Plus sombre que le précédent, ce disque capte cet état fragile où l’écriture, plus qu’un refuge devient un point de bascule vers un nouveau départ. Tel un éclair lumineux, le morceau électro-pop Feel Good en surgit. D’abord écarté, ce titre est finalement repris en français, et devient un hit incontournable qui prend tout le monde de court.

    Car si elle a reçu une éducation francophone, Charlotte Cardin choisit plutôt l’anglais pour écrire, comme on place un filtre entre soi et le réel. Sa musique naît précisément de cette tension entre, d’un côté l’héritage de la pop francophone (Joe Dassin, Jean Leloup), de l’autre, une culture anglo-saxonne traversée par les distorsions du rock et les radicalités expérimentales, de Led Zeppelin à Radiohead. Entre les deux, la musicienne et ancienne mannequin creuse un sillon à part, donnant naissance à une pop trépidante, qui ni trop confidentielle ni trop mainstream, trouve sa propre voie et touche sa cible en plein cœur.

    Une artiste qui a séduit la mode

    Aujourd’hui installée à Paris, sur la butte Montmartre, Charlotte Cardin incarne cette génération d’artistes sans ancrage fixe, capables de circuler entre les langues et les scènes sans jamais s’y dissoudre. Son image, élégante, parfois distante, donne l’impression d’une musicienne à qui rien n’échappe, gérant sa carrière dans les moindres détails. Cumulant les casquettes d’ambassadrice de Levi’s, mais aussi de marraine de la Star Academy aux côtés d’Ed Sheeran en 2025, elle apparaît comme une star contemporaine orchestrant sa visibilité d’une main de maître.

    Alors qu’elle semble emprunter des sentiers balisés, elle parvient pourtant à éviter le piège des évidences, continuant à nous échapper. Ainsi, sa relation avec l’acteur et chanteur Aliocha Schneider, avec qui elle partage la scène comme son intimité depuis plus de dix ans, pourrait contribuer à cette image lisse de femme parfaite à qui tout réussit. Il n’en est rien. Même dans cette double exposition, Charlotte Cardin parvient à conserver sa part d’ombre, une façon de ne jamais se livrer entièrement qui la rend d’autant plus fascinante.

    L’artiste féminine de l’année aux Victoires de la musique 2026

    L’année 2026 est un tournant majeur dans sa trajectoire, elle est sacrée artiste féminine aux Victoires de la musique, et s’impose désormais comme l’une des nouvelles figures centrales de la pop, aux côtés de Dua Lipa et d’Angèle. Mais la musicienne au visage d’ange ne voit pas cette consécration comme un point d’arrivée.

    Elle n’est qu’une simple étape dans un mouvement plus vaste. Son troisième album devrait sortir à l’automne, mais dans une époque où les annonces fracassantes sont légion, elle préfère demeurer, une nouvelle fois, à l’abri des regards, suivre sa route comme elle l’entend, laissant les imaginaires s’enflammer.

    Quoi qu’il arrive, la Québécoise qui vient la chanson Take Me Back n’est jamais vraiment là où on l’attend. Elle est déjà un peu plus loin, dans cet espace incertain où les trajectoires intéressantes refusent précisément de devenir des lignes droites, préférant les détours et cette manière très singulière de toujours nous échapper, au moment même où on croit enfin l’avoir comprise.

    Take Me Back (2026), de Charlotte Cardin disponible.