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Qui est Suzy Bemba, l’actrice française qu’Hollywood s’arrache ?
Des studios hollywoodiens aux films d’auteur, Suzy Bemba brille par son talent versatile et l’intensité de son jeu. Elle apparaît aujourd’hui dans le film expérimental et émouvant A Second Life de Laurent Slama, actuellement au cinéma. Pour Numéro, elle se prête au jeu du shooting, entièrement habillée par Sézane, et répond avec authenticité à nos questions.
Propos recueillis par Camille Bois-Martin,
Photographies par Éric Nehr.

Suzy Bemba, l’actrice française qui a séduit Hollywood
Sa carrière a démarré quand elle n’avait que 19 ans. Alors qu’elle entame des études de médecine, Suzy Bemba se retrouve à l’affiche de son premier film, Kandisha (2020). Son talent et son jeu versatile vont alors l’emmener de plateau en plateau. Un an plus tard, elle intègre la série à succès L’Opéra, avant de donner la réplique à Emma Stone dans l’excellent Pauvres Créatures en 2023.
En à peine six ans – elle a seulement 26 ans –, elle s’est hissée parmi les actrices françaises les plus en vue du moment, plébiscitée par Yórgos Lánthimos ainsi que par des réalisateurs hexagonaux tels que Laurent Slama (Paris est à nous) qui l’a choisie pour jouer dans l’émouvant A Second Life, qui sort au cinéma ce mercredi 10 juin 2026.
De la série L’Opéra au génial Pauvres Créatures
Capable de se retrouver suspendue à des cordes pour le tournage de Cliffhanger (au cinéma en 2027) aux côtés de Pierce Brosnan et de Lily James, comme d’improviser des scènes devant la caméra itinérante de Laurent Slama dans les rues de la capitale, Suzy Bemba a plus d’une corde à son arc.
Au fil de sa carrière prolifique, elle apprend en effet à manier les armes, réaliser des cascades, diriger une partie de poker, tandis qu’elle se forme sur son temps libre à la couture, à la confection de son propre pain à bagel et qu’elle parvient à figurer tout en haut du classement de sa fac de médecine – dont elle vient d’ailleurs de reprendre le cursus, profitant d’une petite “pause” parmi ses nombreux projets.
Aussi impressionnante soit-elle, l’actrice a su rester très simple et authentique : elle nous accueille chaleureusement au Café de la Poste (son QG) dans le 3e arrondissement de Paris, où elle se trouve justement en terrasse au soleil avec une bande de copines. Pour Numéro, elle se prête au jeu du shooting, entièrement parée des dernières collections de la marque Sézane – marque qu’elle affectionne particulièrement –, et se confie sur ses derniers projets et ses passions.

L’interview de l’actrice Suzy Bemba
Numéro : Le film A Second Life suit un groupe d’amis durant les JO de Paris. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce projet ?
Suzy Bemba : J’aime les rôles secondaires qui apportent quelque chose à l’histoire ou dont la personnalité crée un contraste avec les personnages principaux. Mon personnage est très différent de celui joué par Agathe (Rousselle), une jeune femme angoissée et très solitaire qui se retrouve face à mon personnage, Naomi qui est, elle, plus ancrée dans la vie. Elle se rend à Paris pour assister aux Jeux Olympiques, et se retrouve alors absorbée par l’énergie de la ville et par l’enthousiasme de la découverte. J’adore les personnages qui n’ont pas forcément beaucoup de scènes dans un film, mais qui constituent un moteur par rapport à l’action.
Avez-vous vraiment tourné le film pendant les Jeux Olympiques de Paris ?
Oui, c’était même le soir de la cérémonie d’ouverture ! C’était la cohue. Une expérience complètement dingue et hyper cool. On prenait les transports en commun, on se déplaçait à pied… On était vraiment confrontés à la police, à plein de gens dans la rue et ça entraînait beaucoup de situations impromptues. C’est aussi pour ça que j’ai adoré ce projet, pour l’improvisation. On a tourné le film en seulement deux semaines ! Nous étions tout le temps en train d’essayer d’obtenir une autorisation, de composer avec la situation… avec la caméra qui tournait presque en continu. On aperçoit d’ailleurs un vrai policier dans une séquence. Le week-end, son hobbie, c’est de faire de la figuration dans des films. Donc, il était trop content ! Il trouvait ça fou de participer à un long-métrage tout en travaillant.
Le film A Second Life, une immersion au cœur des Jeux Olympiques 2024
Dans le film, il y a une scène particulièrement émouvante où le groupe d’amis se retrouve dans un bar pour regarder la cérémonie d’ouverture, notamment la fameuse performance d’Aya Nakamura…
À la base, nous avions des places pour assister à la cérémonie, sauf que nous n’avions pas le droit d’utiliser des caméras. Ensuite, il a commencé à pleuvoir, et tourner dehors allait devenir très compliqué. Finalement, l’équipe a trouvé un bar en l’espace de deux heures. Et on s’est retrouvés dans une vraie soirée, avec une véritable foule qui assistait au spectacle ! Quand on tourne, on entre dans une bulle, peu importe ce qu’il se passe autour… Mais là, on se nourrissait de l’énergie des gens. C’est très jouissif de composer avec ce public. L’excitation et l’euphorie de la soirée étaient réelles. J’ai vraiment découvert le show d’Aya en direct ! Je pense que ce sera la première et la dernière fois que j’aurais pu vivre une expérience de tournage comme celle-là. C’est un souvenir qui va me marquer très longtemps.
En quoi ce projet est-il différent des grosses productions dans lesquelles on a pu vous voir, comme la série L’Opéra ou votre prochain film, Cliffhanger ?
J’ai tourné Cliffhanger juste après, en septembre 2025. Je suis donc passée de deux semaines de tournage avec une petite caméra dans la rue, à un immense studio ainsi qu’à tourner en décor réel dans les Dolomites [en Italie, ndlr] avec des drones, des hélicoptères… et aux côtés de Pierce Brosnan et de Lily James ! Le changement de décor était total.
Un long-métrage touchant sur la santé mentale
Le film insiste sur l’importance du contact humain, de s’ouvrir aux autres. Êtes-vous sociable comme votre personnage, ou plutôt introvertie ?
Je ne suis pas sociable dans le sens “mondaine”. Je n’aime pas les small talks, je dis toujours n’importe quoi. Mais, ce qui est bien avec le cinéma, c’est que tu n’as pas forcément besoin de t’identifier à ton personnage pour pouvoir l’interpréter. Parfois, il y a même quelque chose de très cathartique à incarner des rôles à son opposé, qui viennent chercher en nous des choses enfouies, qu’on n’exprime pas habituellement. C’est en jouant que je découvre plein de facettes de ma personnalité, que je n’arrive à exprimer que sur un plateau. Quand je joue en anglais par exemple, comme pour Pauvres Créatures ou pour A Second Life, je trouve ça presque plus facile pour entrer dans le personnage. Car mon rôle ne me ressemble pas et ne parle pas ma langue.
A Second Life aborde des sujets importants comme la santé mentale et la dépression. Quelle place occupent ces sujets dans votre vie d’actrice, vous qui êtes constamment confrontée au regard des autres ?
J’aimerais dire que ça n’en prend pas beaucoup, mais ce n’est pas le cas. Mais depuis peu, j’arrive plus facilement à composer avec mon image publique. Quand j’ai commencé ma carrière, j’avais 19 ans et, pendant trois ans, je n’ai pas arrêté de tourner. J’avais un rythme effréné, et je ne me suis pas rendu compte des projets qui s’enchaînaient et de la vie qui continuait à côté. Quand j’ai finalement eu un temps creux, quand toute la frénésie est redescendue, il y a tout le reste qui est remonté, dont des sentiments difficiles comme l’anxiété, que je ne ressentais pas forcément sur un plateau de tournage. Car on est toujours en équipe, on est comme dans une petite bulle, une communauté. Ce qui m’aide à conjurer mon angoisse, c’est de m’entourer de ma famille, c’est-à-dire de mes amis proches, de ma maman, de mes sœurs. Ce noyau dur me ramène un peu sur Terre et me rappelle que penser à autre chose qu’au cinéma ou à ma carrière, ça fait du bien aussi. Et puis, j’ai recommencé mes études de biologie, même si les projets de cinéma reprennent déjà.

“C’est très cathartique d’incarner des rôles à son opposé. C’est en jouant que je découvre plein de facettes de ma personnalité.” Suzy Bemba
Pourriez-vous nous parler un peu de votre passion pour les sciences ?
J’ai repris en septembre dernier et je termine ma licence de biologie en août ! J’aimerais faire une année de pause, faire plusieurs stages puis un master en neurosciences. Je suis actrice et je veux le rester. Mais, intellectuellement parlant, je n’arrive pas à rester stimulée. Les sciences et le corps humain me passionnent, et j’ai envie de continuer à apprendre tout ce que je peux. Pendant mon année de pause, j’aimerais bien faire un CAP boulangerie aussi. J’aimerais même ouvrir un pop-up de bagels dans le Marais, en m’inspirant des recettes de pains new-yorkais.
En moins de six ans, vous vous êtes retrouvée à l’affiche de huit films et de quatre séries. Comment vivez-vous ce succès fulgurant ?
Je ne le vis pas comme tel. C’est plus un enchaînement de circonstances et le résultat de beaucoup de travail et du désir de faire quelque chose qui me plaît et qui n’était pas forcément mon chemin prédestiné. J’ai arrêté mes études de médecine alors que j’étais classée et que je pouvais partir en kiné, mais ma carrière s’est construite sur un enchaînement d’opportunités. Quand j’avais 15 ans, je suis allée sur le compte Facebook de ma mère pour chercher des castings. J’envoyais des mails en me faisant passer pour elle… Parfois, je n’allais pas à l’école pour passer une audition à Paris ! Ma mère m’a beaucoup soutenue.
Une ascension fulgurante
Depuis l’Allier, où vous avez grandi, vous rêviez donc de cinéma et de Paris ?
J’avais vraiment envie de faire ce métier. Aussi, j’ai fait dix ans de danse classique et je me suis blessée à l’âge de 18 ans, en dernière année. Je n’avais plus rien qui, artistiquement parlant, pouvait m’aider à vivre. Je suis donc lancée dans des ateliers de théâtre au lycée, etc. Puis, j’ai choisi de partir en fac de médecine, car c’était ce que j’avais prévu au départ. J’ai eu mon bac mention très bien et j’ai commencé le cursus. Une agente, qui venait de me signer, m’a fait passer mon premier casting pour Kandisha. J’ai tourné durant l’été et j’ai été obligée de refaire ma première année.
Comment se sont passés vos débuts dans le monde du cinéma ?
J’ai dit à mon agente de ne pas m’appeler à moins d’avoir quelque chose de fou. C’était culotté de ma part sachant que je n’avais jamais vraiment rien fait. Sauf qu’avant le concours du premier semestre, elle m’a envoyé un mail pour une série, L’Opéra. Je lui ai répondu non, alors que j’avais lu tous les textes et que j’adorais le personnage ! Je me disais que si je passais le casting, j’allais avoir le rôle et que, donc, j’allais arrêter la fac. Mon agente m’a dit que si je ne le passais pas, elle ne voyait pas pourquoi elle continuerait de me représenter. J’ai alors pris un train pour Paris pendant mes concours. J’ai eu le rôle et j’ai terminé ma première année 232ème sur 1600 ! Et j’ai poursuivi mon second semestre à distance.

“Je ne veux pas perpétuer ou créer des stéréotypes et des images néfastes.” Suzy Bemba
Aujourd’hui, comment choisissez-vous vos projets ?
À chaque fois, ce sont les mots qui priment, que ce soient ceux utilisés par les réalisateurs ou ceux que je vais lire dans le script. Je considère surtout avoir une grande responsabilité dans mes choix de carrière, car je ne veux pas perpétuer ou créer des stéréotypes et des images néfastes. Je vois le cinéma, l’art et les images qu’on laisse comme des petites graines qu’on plante dans la tête des gens, sciemment ou pas, qui germeront un jour.
Quelle relation entretenez-vous avec la ville de Paris, dans laquelle vous vivez ?
Quand j’étais petite, Paris représentait un peu Disneyland, la fête foraine aux Tuileries… J’ai toujours eu des petits papillons dans le ventre en pensant à cette ville. Y vivre, c’est différent certes, mais je m’y sens tellement bien. J’adore les vies de quartier de chaque arrondissement. Par exemple, là, on s’est retrouvées au Café de la Poste, où je vais tout le temps pour travailler, faire une interview ou rejoindre mes amies…
Sézane, une marque adulée par Suzy Bemba
La marque Sézane incarne parfaitement le style de la Parisienne d’aujourd’hui. Pour vous, c’est quoi le style Sézane ?
Ce qui me plaît chez Sézane, c’est que ce sont des coupes qui restent brutes. Il y a quelque chose de très pragmatique dans les vêtements, avec des jeans, des matières franches comme du cuir, du coton, du lin, de superbes mailles… Je possède notamment un pull gris de la marque que je mets tout le temps, à la fois avec un jogging pour sortir mon chien, mais aussi pour un dîner plus chic. J’aime avoir une garde-robe dans laquelle je peux tout mixer, avec des pièces versatiles que je peux porter matin, midi et soir.
Quel était votre look préféré dans ce shooting Sézane x Numéro ?
En fait, j’ai tout adoré ! Mais, si je devais choisir une seule pièce, ce serait la veste en cuir. Je peux l’intégrer à n’importe quel look, casual comme classe. C’est un vêtement résistant qui dure dans le temps. Les collections de Sézane sont nourries d’intemporels, avec cette idée que peu importe la saison ou la tendance, on peut porter leurs vêtements au fil des années.
Vous êtes également proche de la maison Chanel et vous étiez au premier défilé d’Antonin Tron pour Balmain… Quelle place a la mode dans votre vie ?
J’adore les vêtements. Pour moi, le vêtement, c’est ce qui m’aide à me sentir bien dans mon corps. Ce n’est pas juste quelque chose qui sert à me couvrir ou me cacher. La mode m’aide à dire des choses sur moi jour après jour. Pour un casting, je choisis de façon très précise mes tenues, car elles construisent le personnage, sa personnalité. J’aime aussi pouvoir collaborer avec des maisons de mode qui sont alignées avec mes valeurs, avec qui j’ai une vraie relation, qu’elle soit esthétique ou intellectuelle. Et j’adore l’idée que la mode puisse cohabiter avec le cinéma, avec des marques qui s’engagent pour la culture et les projets que je défends.

“Sur ce shooting avec Sézane, c’est la première fois que je me trouve belle en photo. J’ai plus d’assurance.” Suzy Bemba
Ces dernières années, la method dressing a pris de plus en plus d’importance, permettant aux acteurs d’incarner leur personnage tout au long de la promotion du film. Est-ce quelque chose que vous pratiquez ?
Je ne connaissais pas ce concept. Mais ça me parle totalement ! Je crois que cette idée de method dressing, je la pratique déjà inconsciemment pour préparer mes rôles. Les costumes des films sont très importants pour entrer dans un rôle. Je pense notamment à ceux créés par la costumière de Pauvres Créatures, Holly Waddington, qui est absolument géniale. Je me souviens d’un catsuit en soie que porte mon personnage, qu’elle avait trouvé à Budapest chez un petit créateur pas du tout connu.
Comment décririez-vous votre style ?
C’est très introspectif comme question ! Je me suis récemment mise à la couture, et je me suis confectionnée une jupe longue à carreaux. Je dirais que mon style est un poil chic, classique, mais aussi branché. Très Sézane finalement. Je fais beaucoup de moodboards sur Pinterest. D’ailleurs, pour chaque rôle, je crée un tableau avec des tenues, des accessoires, des bijoux… Je crois que je redécouvre un peu mon corps et ma sensualité ces derniers temps, j’ai l’impression de devenir adulte. D’ailleurs, sur ce shooting avec Sézane, c’est la première fois que je me trouve belle en photo. C’est très différent de tout ce que j’ai pu faire avant, que ce soit dans mon attitude, ma façon de me tenir, mes vêtements. J’ai plus d’assurance et je crois que mon style évolue vers ça.
De nombreux projets au cinéma…
Quels sont vos prochains projets au cinéma ?
Il y a bien sûr A Second Life, qui vient de sortir. Puis, il y aura Le Joueur d’Élie Wajeman, que j’ai tourné cet hiver avec Pio Marmaï et Sarah Le Picard, et qui parle du poker et de l’addiction aux jeux. Je joue une croupière donc j’ai dû apprendre ce métier en suivant une formation de plusieurs mois… Et puis il y a aussi Cliffhanger, que j’ai tourné il y a deux ans et qui sortira en 2027. J’ai également deux autres projets en cours, dont je ne peux pas encore dire grand-chose si ce n’est qu’il y aura un film indépendant anglais que je vais tourner dans la campagne britannique et dans lequel je vais jouer une anarchiste.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
On peut me souhaiter de continuer le plus longtemps possible à tourner des projets qui sont alignés avec mes valeurs, de rencontrer des professionnels qui font du cinéma de manière douce et en ayant conscience de la responsabilité qu’on a dans la création d’image.
A Second Life (2026) de Laurent Slama, actuellement au cinéma.
Réalisation : Fernando Damasceno. Coiffure et maquillage : Cicci Svahn chez Calliste Agency. Assistant photographe : Alexandre Le Vouadec. Numérique : Camille Suils Porte.