15 juin 2026

Backrooms : que vaut le nouveau phénomène signé A24 ?

En 2019, la légende des Backrooms naît dans un fil de discussion anonyme sur 4chan. Puis, un jeune vidéaste de 16 ans, Kane Parsons, s’en empare pour en faire une série YouTube. Le 17 juin 2026, son adaptation au cinéma produite par A24 avec l’impressionnante actrice Renate Reinsve sortira enfin en France, quelques semaines après avoir pulvérisé des records au box-office aux États-Unis. On a vu le film phénomène Backrooms et le moins que l’on puisse dire c’est que l’expérience est plus que déstabilisante.

  • par Violaine Schütz

    et Ambra Flora.

  • Publié le 2 juin 2026. Modifié le 15 juin 2026.

    La bande-annonce du film Backrooms (2026).

    Backrooms, une web-série devenue un film d’horreur

    Le 7 janvier 2022, Kane Parsons, alors âgé de 16 ans, lance sur sa chaîne YouTube Kane Pixels la web-série Backrooms, inspirée d’une creepypasta (légende urbaine diffusée sur la toile). Depuis sa chambre en Californie du Nord, équipé d’un simple ordinateur et de logiciels comme Blender et After Effects, il réalise seul une première vidéo, The Backrooms (Found Footage) aux airs de VHS des années 90 où un adolescent se retrouve piégé dans un labyrinthe inquiétant avant d’être poursuivi par une entité.

    Ce projet s’appuie sur un mythe né quelques années plus tôt, dans les années 2010. Une image d’une pièce vide à la moquette jaune et aux néons blafards circulait sur Internet avant que sur le forum de discussion 4chan, un internaute n’en fasse, en 2019, le point de départ d’un récit collaboratif autour d’un espace extra-dimensionnel infini, structuré en niveaux et peuplé de créatures hostiles. De cette imagination collective émerge l’univers des Backrooms, que Kane Parsons transforme ensuite à sa sauce pour son adaptation au cinéma sous forme d’un long-métrage prévu pour le 17 juin 2026.

    Kane Parsons, le plus jeune réalisateur du studio A24

    Produit par A24Backrooms s’inscrit dans la lignée des succès récents du studio connu pour avoir redéfini le cinéma d’horreur avec Hérédité (2018) et Midsommar (2019). A24 mise ici sur un jeune talent issu d’Internet et non sur un cinéaste culte. À seulement 20 ans, le YouTubeur Kane Parsons signe son premier long-métrage et devient le plus jeune réalisateur de l’histoire du studio.

    Un pari audacieux qui s’avère payant : le film à budget très modéré a engrangé plus 200 millions de dollars de recettes au box-office, établissant un record pour A24 après celui détenu par Civil War en ce qui concerne les chiffres de son premier week-end. Il dépasse même Marty Supreme. Backrooms confirme aussi une tendance de fond, avec le film d’horreur Obsession de Curry Barker, lui aussi venu de YouTube : le futur d’Hollywood se trouve peut-être sur la plateforme de mise en ligne de vidéos.

    Des performances intenses de Renate Reinsve et Chiwetel Ejiofor

    Mais que vaut vraiment Backrooms ? C’est à vrai dire l’un des films les plus étranges et dérangeants qu’il nous a été donné de voir ces cinq dernières années. On y suit Clark, incarné par Chiwetel Ejiofor (Twelve Years a Slave, Doctor Strange), un vendeur de meubles alcoolique, célibataire et déprimé, qui, dans les années 90, découvre au sous-sol de son magasin une porte surnaturelle menant sur un dédale de pièces vides et étranges hanté par une créature géante.

    Ce dernier, meurtri par le départ de sa femme et très seul, tente de trouver du réconfort auprès de sa psychothérapeute ayant écrit un livre à succès, le Dr Mary Kline, qui a eu une enfance compliquée et qui se retrouve confrontée à la disparition inexpliquée de son patient, Clark. Cette dernière est campée par l’excellente Renate Reinsve, qui a remporté le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2021 pour son rôle dans Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier.

    Récemment nommée aux Oscars pour son interprétation dans Valeur sentimentale (2025), l’actrice norvégienne, tout comme Chiwetel Ejiofor, est l’un des principaux atouts de Backrooms. Ils apportent tous les deux une dimension elevated horror supplémentaire à un film qui joue déjà beaucoup sur les questionnements métaphysiques.

    Un objet hypnotique qui crée le malaise

    Car Backrooms est tout un simple film d’horreur. Il place d’emblée le spectateur dans une situation malaisante de désorientation et d’anxiété tout en opérant sur lui une forme de fascination. Les couleurs sont volontairement laides, passées, et le décor, très déprimant, est celui d’une Californie morne et d’une zone commerciale à l’abandon.

    Plus Clark s’enfonce dans les pièces cachées situées sous son magasin, plus on se demande ce qui se passe. Et si ce que l’on voit est bien réel. Des personnes disparaissent, d’autres (au visage déformé) entrent dans le champ sans crier gare. L’architecture n’a aucun sens et les proportions sont atypiques, comme dans ces jeux de fête foraine qui créent des illusions. Sauf qu’ici, on est plutôt dans une maison hantée ou un labyrinthe inquiétant.

    Il y a, dans un premier temps, peu de sang, mais beaucoup de terreur psychologique, d’angoisse, de doutes. Peu à peu, on comprend que ces bureaux vides, lugubres et sans fin sont peut-être le reflet de ce qui passe dans le cerveau de deux personnages rongés par leurs démons. “Pour moi, Backrooms est l’aboutissement d’une lassitude collective face à l’industrialisation d’une culture de masse de plus en plus uniforme vers laquelle nous dérivons ”, analyse le réalisateur dans un communiqué. “La standardisation et la dimension normative de la société produisent une forme de privation sensorielle : le cerveau tente alors de trouver du sens dans tout ce brouhaha incohérent.”

    Une réflexion sur l’uniformisation de la culture et sur la solitude moderne

    Kane Parsons ajoute à propos de la symbolique de ces espaces liminaux : “ Quand les individus sont coupés de la société, ils s’isolent et commencent à nourrir des pensées complotistes. Est-ce qu’on ne basculerait pas dans une réalité terrifiante si on était enfermés dans cette existence, condamnés à revivre les mêmes événements encore et encore ?

    Chacun se fera son idée (et se creusera sans doute beaucoup la tête) en regardant le film, mais ce qui est sûr, c’est que le long-métrage a touché quelque chose de profond chez la Gen Z, qui s’est pressée en masse pour aller le voir aux États-Unis.

    Comme Obsession, il met en scène les peurs de la jeunesse d’aujourd’hui, et la grande solitude face à laquelle nous sommes tous plongés depuis que le scroll infini a envahi nos vies. Si tout n’est pas maîtrisé dans Backrooms et que le film souffre de quelques lenteurs, on salue l’originalité de la démarche, ses ambitions thématiques et formelles ainsi qu’une scène de found footage particulièrement terrifiante.

    Backrooms de Kane Parsons, au cinéma le 17 juin 2026.