2 juin 2026

Obsession : pourquoi le film de Curry Barker symbolise la montée de l’incel horror ?

Le film d’horreur Obsession (2026) de Curry Barker cartonne au box-office et révèle une nouvelle tendance : l’“incel horror”. Ce sous-genre explore les dérives de la masculinité et des relations modernes. Décryptage d’un phénomène viral.

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 2 juin 2026. Modifié le 15 juin 2026.

    La bande-annonce du film Obsession (2026).

    C’est l’une des plus grandes surprises du cinéma en 2026. Obsession, film d’horreur réalisé par le YouTubeur américain de 26 ans Curry Barker, s’impose comme un véritable phénomène au box-office et sur les réseaux sociaux.

    Avec plus de 150 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget estimé entre 750 000 et 1 million de dollars, ce long-métrage indépendant pourrait devenir l’un des films les plus rentables de l’histoire. Un engouement qui s’inscrit dans la lignée de Paranormal Activity (2007). Mais comment expliquer le succès fulgurant de ce film d’horreur, devenu viral et emblématique de la tendance de l’incel horror ?

    Obsession : un film d’horreur phénomène en 2026

    La première raison qui explique ce phénomène surprise, c’est qu’Obsession est un film d’horreur psychologique dont le scénario réveille de nombreuses peurs. Notamment chez les femmes. Le pitch ? “Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

    Au premier abord, on pourrait croire que le méchant de l’histoire est la jeune femme, Nikki, interprété à la perfection par Inde Navarrette (13 Reasons Why, Superman et Lois). Sauf que pour de nombreux internautes, il s’agit de l’homme. Un célibataire qui fait tout pour obtenir le désir d’une femme, sans lui demander son consentement.

    En effet, le personnage masculin, Bear – Michael Johnston, vu dans Teen Wolf –, employé timide d’un magasin de musique, nourrit des sentiments pour son amie et collègue Nikki. Incapable de lui avouer ses émotions, il recourt à un souhait magique sans jamais se soucier de son consentement, la réduisant à un simple objet de désir. Loin d’avoir quoi que ce soit de romantique, cette pulsion va se retourner contre lui dans une spirale tragique et gore. Comme une forme de revanche du féminin face à une masculinité toxique.

    Qu’est-ce que l’incel horror?

    Ce profil évoque celui de l’incel (pour involuntary celibate ou célibataire involontaire”), soit une communauté en ligne dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver une partenaire. Et il se trouve que beaucoup de films d’horreur récents évoquent cette masculinité problématique et misogyne.

    On pense à Companion (2025) avec Sophie Thatcher en passant par Blink Twice (2024) de Zoë Kravitz, Le Menu avec Anya Taylor-Joy, Don’t Worry Darling (2022) avec Florence Pugh, Passengers (2016) avec Jennifer Lawrence et Gone Girl (2014). Un terme a même émergé en ligne, celui de lincel horror.

    Mais si le film Obsession marche aussi bien, en particulier chez la Gen Z, cela tient aussi beaucoup à son réalisateur qui, étant lui-même très jeune, a su comprendre ce que sa génération attendait. Et comment elle voyait les relations amoureuses. Connu pour ses courts métrages horrifiques viraux sur YouTube, Curry Barker (qui a écrit, filmé et monté son projet tout seul), 26 ans, connaît très bien les rouages du web et les communautés en ligne.

    Un miroir des angoisses contemporaines

    Il a pu s’inspirer de ce qu’il a vu sur les réseaux sociaux et les forums afin de concevoir ce cauchemar tordu sur l’obsession amoureuse. Et il a tapé dans le mile en mettant en scène des thèmes contemporains comme la solitude masculine et la fixation mentale. L’un des sujets du film consiste dans la difficulté de distinguer le réel de nos projections, ce qui fait écho à un monde au sein duquel le numérique est omniprésent. Au point de grignoter nos vies.

    Ce succès est d’ailleurs à mettre en lien avec celui d’un autre film d’horreur arrivé au cinéma au même moment aux États-Unis : Backrooms de l’Américain Kane Parsons, qui signe l’un des meilleurs démarrages pour un long-métrage d’horreur et le plus gros lancement de l’histoire pour un réalisateur de cet âge. En effet, le cinéaste a seulement 20 ans et lui aussi vient de YouTube. Dans le projet A24 Backrooms, qui met en scène l’excellente Renate Reinsve, la peur vient d’espaces vides et déshumanisés, et elle appuie sur notre isolement et notre manque de repères dans une époque de flux permanent.

    Un succès à mettre en parallèle avec celui du film Backrooms

    Dans Backrooms, comme dans Obsession, il n’est pas question de monstres. Ces films montrent que l’horreur moderne ne repose plus uniquement sur la violence, les tueurs en série ou les créatures étranges. Elle s’appuie davantage sur le malaise, l’ambiguïté et la désorientation. Le danger est d’autant plus terrifiant qu’il est proche de nos angoisses quotidiennes.

    Backrooms et Obsession montrent aussi qu’il faudra désormais compter avec la nouvelle génération de réalisateurs issus d’Internet. Et ils prouvent qu’un cinéma indépendant peu onéreux est capable de rivaliser avec les productions les plus ambitieuses de l’industrie. Les créateurs n’ont plus nécessairement besoin d’intégrer les circuits traditionnels pour accéder au grand écran. Les réseaux sociaux et YouTube peuvent désormais servir de tremplin vers Hollywood.

    Obsession (2026) de Curry Barker, actuellement au cinéma.