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Le film au succès phénoménal Obsession confirme la tendance terrifiante de l’“incel horror”
Le film d’horreur Obsession de Curry Barker est en train de devenir l’un des longs-métrages les plus rentables de l’histoire. Décryptage d’un phénomène surprise du box-office qui s’inscrit dans la tendance terrifiante de l’“incel horror”.
par Violaine Schütz.
C’est l’une des plus grosses surprises cinématographiques de ce début d’année2026. Un film réalisé par un Youtubeur âgé de 26 ans qui a coûté beaucoup moins d’argent que la plupart des longs-métrages contemporains est en train de conquérir le box-office et d’envahir les réseaux sociaux. Il s’agit d’Obsession, deuxième long-métrage de l’Américain Curry Barker, a déjà dépassé les 150 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget estimé entre 750 000 dollars et 1 million. Il pourrait devenir l’un des films rentables de l’histoire, dans la lignée de Paranormal Activity (2007). Mais comment expliquer un tel succès ?
Obsession, un film d’horreur au succès démentiel
La première raison qui explique ce phénomène surprise, c’est qu’Obsession est un film d’horreur psychologique dont le scénario réveille de nombreuses peurs, notamment chez les femmes. Le pitch ? “Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !”
Au premier abord, on pourrait croire que le méchant de l’histoire est la jeune femme, Nikki, interprété à la perfection par Inde Navarrette (13 Reasons Why, Superman et Lois). Sauf que pour de nombreux internautes, il s’agit de l’homme, qui est un célibataire qui fait tout pour qu’une femme le désire sans lui demander son consentement. En effet, le personnage masculin de l’histoire, Bear (Michael Johnston, vu dans Teen Wolf), employé timide d’un magasin de musique, était amoureux de son amie et collègue Nikki avant de formuler son souhait magique sans jamais lui demander son envie comme si cette jeune femme était un simple objet. Ce désir qui n’a rien de romantique va ensuite se retourner contre lui de façon tragique et gore telle une vengeance synonyme de celles du sexe féminin contre la masculinité toxique.
La tendance terrifiante de l’incel horror
Ce profil évoque celui de l’incel (pour involuntary celibate ou “célibataire involontaire”), soit une communauté en ligne dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver une partenaire. Et il se trouve que beaucoup de films d’horreur récents évoquent cette masculinité problématique et misogyne, de Companion (2025) avec Sophie Thatcher en passant par Blink Twice (2024) de Zoë Kravitz, Le Menu avec Anya Taylor-Joy, Don’t Worry Darling (2022) avec Florence Pugh, Passengers (2016) avec Jennifer Lawrence et Gone Girl (2014). Un terme a même émergé en ligne, celui de l‘incel horror.
Mais si le film Obsession marche aussi bien, en particulier chez la Gen Z, cela tient aussi beaucoup à son réalisateur qui, étant lui-même très jeune, a su comprendre ce que sa génération attendait. Et comment elle voyait les relations amoureuses. Connu pour ses courts métrages horrifiques viraux sur YouTube, Curry Barker (qui a écrit, filmé et monté son projet tout seul), 26 ans, connaît très bien les rouages du web et les communautés en ligne.
Un film réalisé par un YouTubeur
Il a pu s’inspirer de ce qu’il a vu sur les réseaux sociaux et les forums afin de concevoir ce cauchemar tordu sur l’obsession amoureuse. Et il a tapé dans le mile en mettant en scène des thèmes contemporains comme la solitude et la fixation mentale. L’un des sujets du film consiste dans la difficulté de distinguer le réel de nos projections, ce qui fait écho à un monde où le numérique est omniprésent jusqu’à grignoter nos vies.
Ce succès est d’ailleurs à mettre en lien avec celui d’un autre film d’horreur arrivé au cinéma au même moment aux États-Unis : Backrooms de l’Américain Kane Parsons, qui signe l’un des meilleurs démarrages pour un long-métrage d’horreur et le plus gros lancement de l’histoire pour un réalisateur de cet âge. En effet, le cinéaste a seulement 20 ans et lui aussi vient de YouTube. Dans le projet A24 Backrooms, qui met en scène l’excellenteRenate Reinsve, la peur vient d’espaces vides et déshumanisés, et elle appuie sur notre isolement et notre manque de repères dans une époque de flux permanent.
Un succès à mettre en parallèle avec celui du film Backrooms
Dans Backrooms, comme dans Obsession, il n’est pas question de monstres. Ces films montrent que l’horreur moderne ne repose plus uniquement sur la violence, les tueurs en série ou les créatures étranges. Elle s’appuie davantage sur le malaise, l’ambiguïté et la désorientation. Le danger est d’autant plus terrifiant qu’il est proche de nos angoisses quotidiennes.
Backrooms et Obsession montrent aussi qu’il faudra désormais compter avec la nouvelle génération de réalisateurs issus d’Internet. Et ils prouvent qu’un cinéma indépendant peu onéreux est capable de rivaliser avec les productions les plus ambitieuses de l’industrie. Les créateurs n’ont plus nécessairement besoin d’intégrer les circuits traditionnels pour accéder au grand écran. Les réseaux sociaux et YouTube peuvent désormais servir de tremplin vers Hollywood.
Obsession (2026) de Curry Barker, actuellement au cinéma.