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Emmanuel Marre
Révélé avec Rien à foutre en 2021, Emmanuel Marre développe depuis plusieurs années un cinéma centré sur les trajectoires sociales, les rapports humains et les mécanismes institutionnels. Entre réalisme documentaire et fiction, le réalisateur franco-belge construit une filmographie liée au cinéma indépendant européen. En 2026, il revient au Festival de Cannes avec Notre salut, présenté en compétition officielle.
Les débuts d’Emmanuel Marre
Emmanuel Marre développe depuis plusieurs années un parcours lié au cinéma indépendant franco-belge. Avant de réaliser des longs métrages, il travaille d’abord autour du documentaire et du court métrage, avec une approche très proche du réel et des trajectoires sociales contemporaines. Dès le début des années 2010, il réalise plusieurs films courts présentés dans des festivals européens.
En 2017, il signe Le Film de l’été et en 2018 D’un château l’autre. À travers ces premiers projets, il construit déjà une mise en scène tournée vers les personnages isolés, les espaces de transit et les situations du quotidien. Son cinéma se développe alors entre la France et la Belgique, avec des tournages légers et une forte influence documentaire. Par ailleurs, Emmanuel Marre travaille régulièrement avec des acteurs non professionnels ou issus du théâtre indépendant. Cette méthode participe à donner à ses films une impression de proximité et de réalisme. Très vite, il s’intéresse aux rapports humains dans des environnements marqués par la précarité, l’administration ou les contraintes économiques.
Une collaboration importante avec Julie Lecoustre
Au fil des années, Emmanuel Marre développe plusieurs projets avec la réalisatrice Julie Lecoustre. Ensemble, ils réalisent D’un château l’autre avant de travailler sur un premier long format. Cette collaboration devient progressivement centrale dans leur parcours commun.
Leur cinéma repose souvent sur une observation précise du travail contemporain et des nouvelles formes de mobilité professionnelle. Ils s’intéressent également aux conséquences psychologiques de certains métiers marqués par l’isolement, la répétition ou l’instabilité. Cette approche apparaît clairement dans leurs premiers projets communs, où les personnages évoluent régulièrement dans des hôtels, des aéroports, des espaces administratifs ou des lieux anonymes liés au monde du travail. Peu à peu, Emmanuel Marre développe ainsi une identité de mise en scène très associée au cinéma social européen contemporain.
Rien à foutre et la révélation à Cannes
En 2021, Emmanuel Marre coréalise Rien à foutre avec Julie Lecoustre. Le film est présenté à la Semaine de la critique au Festival de Cannes et marque une étape importante dans sa carrière. Le récit suit Cassandre, une hôtesse de l’air travaillant pour une compagnie low cost européenne. Interprétée par Adèle Exarchopoulos, elle enchaîne les vols, les nuits d’hôtel et les déplacements permanents entre plusieurs pays tout en essayant d’éviter de faire face à ses difficultés personnelles.
À travers ce personnage, le film s’intéresse aux nouvelles formes de travail liées aux compagnies aériennes à bas coût, mais aussi à l’isolement émotionnel et à la fatigue psychologique provoqués par cette mobilité constante. Emmanuel Marre filme alors les gestes répétitifs, les procédures et les espaces impersonnels qui structurent le quotidien de son personnage principal. Grâce à Rien à foutre, Emmanuel Marre obtient une visibilité importante dans le cinéma européen contemporain. Le film reçoit une nomination aux César en 2023 et confirme également la place d’Adèle Exarchopoulos dans le cinéma d’auteur français. Par ailleurs, ce succès critique installe Emmanuel Marre parmi les réalisateurs franco-belges les plus remarqués de sa génération.
Un cinéma centré sur les mécanismes sociaux
Depuis ses débuts, Emmanuel Marre développe principalement des récits construits autour des mécanismes sociaux et administratifs contemporains. Ses personnages évoluent souvent dans des environnements professionnels ou institutionnels qui influencent progressivement leurs comportements et leurs relations personnelles. Cependant, son cinéma reste toujours centré sur les individus plutôt que sur le discours politique direct. Il privilégie les tensions discrètes, les silences et les gestes du quotidien. Cette approche donne à ses films une dimension très humaine malgré les sujets sociaux qu’ils abordent.
Emmanuel Marre accorde également une place importante aux lieux du quotidien et aux espaces de passage. Dans Rien à foutre, il filme notamment les hôtels, les aéroports ou les zones d’attente afin de montrer un mode de vie rythmé par les déplacements permanents et une forme d’isolement contemporain.Au fil des années, cette cohérence de ton et de mise en scène lui permet de construire une place particulière dans le cinéma indépendant européen.
Notre salut et Cannes 2026

En 2026, Emmanuel Marre revient au Festival de Cannes avec Notre salut, présenté en compétition officielle. Ce deuxième long métrage marque une évolution importante dans sa filmographie puisqu’il aborde pour la première fois un récit historique situé pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film se déroule en 1940 au moment de l’installation du régime de Vichy. Il suit Henri Marre, interprété par Swann Arlaud, qui rejoint la ville de Vichy avec l’espoir de jouer un rôle dans cette nouvelle organisation politique française. Convaincu que ses idées peuvent participer à une forme de reconstruction nationale, il tente de faire publier un manuscrit intitulé Notre salut.
Progressivement, il découvre pourtant un système dominé par les compromis politiques, les calculs personnels et les mécanismes de la collaboration. Plutôt que de construire un grand récit historique classique, Emmanuel Marre choisit de suivre le fonctionnement quotidien des administrations et des individus qui participent au régime.
Le casting réunit Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto, Harpo Guit et Mathilde Abd-el-Kader. Le tournage se déroule entre Vichy, Bruxelles, Limoges et Bordeaux au cours de l’année 2025. Avec ce film, Emmanuel Marre conserve son intérêt pour les structures administratives et les comportements humains face aux institutions, tout en élargissant son travail vers un contexte historique et politique plus large.
Une place dans le cinéma franco-belge contemporain
Depuis plusieurs années, Emmanuel Marre développe une trajectoire associée au cinéma indépendant européen et aux productions franco-belges. Entre documentaire et fiction, son travail reste centré sur les tensions sociales, les rapports humains et les systèmes qui encadrent les individus. Il reçoit le prix du scénario lors de la 79e édition du Festival de Cannes.
Avec Rien à foutre puis Notre salut, il passe progressivement d’un cinéma du quotidien contemporain à des récits plus politiques tout en conservant une approche très réaliste. Ses films restent construits autour de personnages confrontés à des environnements professionnels, administratifs ou institutionnels qui influencent leurs choix et leurs trajectoires. Aujourd’hui, Emmanuel Marre apparaît comme l’un des réalisateurs franco-belges les plus remarqués de sa génération. Sa présence en compétition officielle au Festival de Cannes 2026 confirme ainsi son installation progressive dans le paysage du cinéma européen contemporain.