19 mai 2026

Cannes 2026 : Hope, le film d’action et de science-fiction qui électrise la Croisette

Hope, le blockbuster virtuose du coréen Na Hong-jin présenté En Compétition au Festival de Cannes 2026 réactive le film de monstre avec brio. Notre critique.

  • par Olivier Joyard.

  • La bande-annonce du film The Strangers (2016).

    Na Hong-jin fait trembler la Croisette avec Hope

    Dix ans après The Strangers (2016), sensation horrifique présentée hors-compétition sur la Croisette, le coréen Na Hong-jin est en passe de rejoindre ses compatriotes Bong Joon-ho et Park Chan-wook sur l’échelle de la hype. Un grand frisson a parcouru le Théâtre Lumière pendant la projection de son nouveau film, 2h40 bien tassées de virtuosité déchaînée. Film d’action et de science-fiction assumé et candidat à la Palme d’or — ce qui est rarissime dans un festival qui privilégie un cinéma d’auteur plus classique —, Hope raconte l’irruption d’un monstre dans une ville de la zone démilitarisée proche de la frontière avec la Corée du Nord. Après quelques préliminaires, à base de cadavres de vaches retrouvés lacérés, la créature entame un puissant travail de destruction, écrasant ceux qui veulent lui résister. 

    La ville prend feu, le sang coule, la caméra décolle. Mais durant de longues dizaines de minutes, nous ne voyons pas le monstre. C’est une loi non écrite du genre : le dévoilement trop précoce de l’objet du chaos serait décevant. Mais quand cela arrive, c’est une des plus belles scènes de ce Festival de Cannes 2026 qui s’offre à nous. Plantant ses yeux dans le regard de la bête, un policier hésite finalement à tirer. Le monstre a peur, il semble réclamer la pitié. On comprendra bientôt pourquoi il est sorti de sa tanière. Avec cet amour du détail, Na Hong-jin rend Hope incarné, surprenant. Comme si toute l’énergie versée à fabriquer des scènes haletantes servait à un tel moment suspendu. 

    Un long-métrage frontal qui pourrait créer la surprise à Cannes

    Accélérer, ralentir, réaccélérer : Hope est à la fois frontal, bruyant et précis dans ses effets, travaillant la vitesse comme une arme cinématographique de haute précision, maniant la lenteur et l’humour comme des stases dans un récit qui pourrait suffoquer. On peut reprocher au film une trop grande maîtrise qui le rend par instants mécanique. Mais le plaisir scopique pris devant cet objet fascinant emporte l’adhésion. On n’avait pas vu durant le Festival un tel amour de la mise en scène, sauf de la part de James Gray (Paper Tiger), dont la virtuosité arpente un tout autre territoire, celui de la tragédie familiale. 

    Quant à savoir ce que Hope raconte vraiment, en dehors d’une traque digne des grandes heures de William Friedkin (French Connection, Police fédérale, Los Angeles), auquel on pense bizarrement ici, cela n’a rien d’évident. Na Hong-jin évite comme la peste les explications et les métaphores trop claires. Mais il n’est pas interdit de remarquer que les personnages humains avancent sans réfléchir, presque mécaniquement, trop occupés à détruire l’entité qu’ils considèrent comme leur ennemie. Tirer dans le tas, mais pourquoi ? Voilà a minima un signe de l’époque. 

    Assez finement, Hope retourne peu à peu le point de vue pour nous faire éprouver ce que cela veut dire que d’être du côté des monstres. Et promet un déploiement à travers le temps, puisqu’une trilogie est prévue. Les dernières scènes n’ont d’ailleurs rien de conclusif. Présence iconoclaste mais justifiée en compétition, Hope pourrait bien créer la surprise au palmarès, ce samedi 23 mai 2026.

    Hope de Na Hong-jin n’a pas encore de date de sortie. Le film est présenté En Compétition au Festival de Cannes 2026.