23 avr 2026

Cannes 2026 : pourquoi la guerre s’impose comme le thème central du festival

Dans le discours d’annonce de la 79e édition du Festival de Cannes, prononcé il y a quelques semaines à Paris par sa présidente Iris Knobloch, comme dans la sélection des films en compétition (Coward, Moulin), un même fil rouge s’impose autour de la guerre. Alors que le monde traverse une période de tensions et de bouleversements géopolitiques majeurs, la grand-messe du cinéma semble, cette année plus que jamais, se soucier de l’impact des grands conflits contemporains. Numéro fait le point.

  • par Nathan Merchadier.

  • Les maux de notre époque au centre du Festival de Cannes 2026

    Il y a, dans cette 79e édition du Festival de Cannes, l’idée d’un retour aux origines. Dans son discours inaugural qui s’est tenu à Paris le 9 avril dernier, Iris Knobloch rappelait que le célèbre rendez-vous cinématographique qui métamorphose chaque année la Croisette était né en 1939, à l’heure où le nazisme menaçait l’Europe.

    Montrer des films lorsque “le monde s’assombrit et perd ses repères” n’a rien d’anodin, insistait-elle, réaffirmant le rôle du septième art comme un espace de résistance. Face à l’inquiétude géopolitique s’ajoute une autre menace, celle de l’intelligence artificielle, que la présidente du Festival de Cannes oppose frontalement à l’idée même de création, rappelant “qu’un film n’est pas un assemblage de données.”

    Peu de réalisateurs américains

    Le climat marqué par son lot d’incertitudes qui se reflètent aussi dans la provenance des films sélectionnés cette année. Thierry Frémaux, délégué général du festival, a lui-même souligné lors de ce même discours la faible présence des studios américains cette année. Comme si Hollywood, longtemps considéré comme l’un des piliers de la Croisette, s’était retiré temporairement du jeu.

    Les deux seuls réalisateurs américains présents en compétition sont James Gray, pour Paper Tiger, avec Scarlett Johansson et l’audacieux cinéaste Ira Sachs, qui, après avoir marqué les esprits avec Frankie (2019), présentera à Cannes le film The Man I Love, une chronique sensible de l’épidémie de sida dans le New York des années 1980 avec Rami Malek. Mais la sélection du festival qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026, donnera une place importante à des réalisateurs en exil ou déplacés, comme l’Iranien Asghar Farhadi, dont le film Histoires parallèles, qui réunit Isabelle Huppert et Virginie Efira, a été tourné à Paris.

    La guerre et la résistance, thèmes cruciaux de cette 79e édition 

    Aussi, dans le contexte politique instable qui s’abat sur le monde, nombreux sont les films présentés cette année au Festival de Cannes à prendre la guerre comme un thème central. La sélection de cette nouvelle édition semble hantée par l’Histoire, convoquant tour à tour la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide ou encore le nazisme et la résistance.

    Présenté hors compétition, La Bataille de Gaulle : l’âge de fer d’Antonin Baudry retracera les combats menés par le général de Gaulle. Le militaire, résistant, homme d’État et écrivain français, a, pendant la Seconde Guerre mondiale, fondé la France libre. Et à la Libération, il présida le gouvernement provisoire à partir de 1944 jusqu’en 1946. Porté par une foule d’acteurs de renom, de Benoît Magimel à Mathieu Kassovitz en passant par Niels Schneider et Karim Leklou, ce long-métrage s’annonce comme l’un des plus épiques de la Quinzaine.

    Présenté en compétition, le film Coward du cinéaste belge Lukas Dhont (dont on avait adoré le drame Close, sacré sur la Croisette en 2022), promet une plongée au cœur de la Première Guerre mondiale. Le projet suivra un jeune soldat confronté à ses propres limites. Ce long-métrage que l’on imagine une fois encore très sensible, devrait interroger la notion de courage, en déplaçant le regard vers les Hommes et leurs faiblesses. Une approche introspective de la guerre qui trouvera un écho dans d’autres œuvres de la sélection.

    Des réflexions sur la guerre froide et le nazisme

    Cette omniprésence du thème de la guerre s’inscrit également à travers une relecture du passé européen. Dans Moulin, le cinéaste Hongrois László Nemes mettra en scène la figure du célèbre résistant Jean Moulin, qui sera incarné par Gilles Lellouche. De son côté, le réalisateur Belge Emmanuel Marre explorera, dans Notre salut, la dérive d’un écrivain (incarné par Swann Arlaud) dans la France de Vichy.

    Le réalisateur polonais Paweł Pawlikowski, à qui l’on doit déjà Cold War (2018), prolongera cette réflexion avec 1949, un drame porté par Sandra Hüller situé dans l’après-guerre, moment charnière où l’Europe bascule dans les tensions de la guerre froide. Enfin, en section Cannes Première, Daniel Auteuil présentera La troisième nuit, son septième film en tant que réalisateur, consacré au sauvetage d’enfants juifs à Lyon en 1942…

    Cette sélection dessine ainsi un état des lieux de toutes nos angoisses contemporaines. On peut se dire que si le cinéma regarde vers le passé, c’est peut-être pour chercher à mieux comprendre un présent instable. Au Festival de Cannes 2026, la guerre ne s’impose plus seulement comme un sujet, elle devient une manière de questionner les dérives de notre époque et, peut-être, de tenter d’en tirer des conclusions plus joyeuses.

    La 79e édition du Festival de Cannes se tiendra du 12 au 23 mai 2026.