14 avr 2026

L’ode à la mère et à la féminité de Mario Banushi aux Ateliers Berthier

Aux Ateliers Berthier de l’Odéon, Mario Banushi propose avec Mami une expérience théâtrale sans parole, d’une puissance visuelle et émotionnelle rare. Entre clair-obscur, gestes du quotidien et symbolisme mystique, cette pièce, révélée au Festival d’Avignon en 2025, célèbre la figure maternelle et la féminité dans toute sa complexité.

  • par Samuel François.

  • Mami, la révélation du festival d’Avignon en 2025

    Jeune metteur en scène gréco-albanais, Mario Banushi présente Mami, sur la scène des Ateliers Berthier une pièce qui fut la découverte et la sensation du Festival d’Avignon en 2025.

    Par sa mise en scène muette, il invite les spectateurs à une expérience à la fois théâtrale et sensorielle, profondément émouvante. Ainsi, il les immerge dans une nuit spectrale, sur un coin de terre abandonnée, avec seul fil narratif les gestes des comédiens. Grâce à une bande-son enveloppante et évocatrice (des chiens aboient au loin, des cloches carillonnent, un feu d’artifice grésille), et une mise en lumière parcimonieuse, mais virtuose (deux ampoules, les phares d’un vélo, le rougeoiement lointain d’un feu d’artifice), l’immersion s’intensifie jusqu’à devenir presque hypnotique.

    Une ode à la féminité signée Mario Banushi

    Pièce-offrande à sa mère, et à toutes les femmes qui l’ont élevé, Mami est une ode à la féminité sous toutes ses formes. Entre force, beauté, désir, désespoir et joie.

    À travers des gestes du quotidien, dans un clair-obscur sépulcral, le metteur en scène alterne des scènes poignantes, portées par des comédiens remarquables — Eftychia Stefanou, Panagiota Yiagli, Dimitris Lagos, Fotis Stratigos — d’une beauté saisissante. Puis d’autres, tout aussi bouleversantes, incarnées avec une grande sensibilité par Vassiliki Driva et Anhgeliki Stellatou.

    Souvent dans une nudité délicatement sublimée, se succèdent des tableaux marquants. Il y a d’abord un enfantement dans la solitude. Puis, l’enfant devenu homme prenant soin de sa mère vieillissante, ou des amants nus unis sous un voile de soie immaculé. Enfin, une femme donnant le sein à une mère âgée, qui le donne à son tour.

    Du thêatre entre mystique et tragique

    La puissance de Mario Banushi réside dans sa façon de mêler le mystique au tragique. Comme l’eau qui devient tour à tour baptismale puis instrument de mort ; le lait, versé en précipité, se transforme en nuage, avant d’être bu et recraché en pluie lustrale ; un simple réverbère se mue en ascenseur céleste, puis en pilori pour une figure de vierge christique.

    Silencieux et recueilli, le public reste captif de ce moment de grâce jusqu’à l’apothéose finale. Dans un ultime geste d’hommage à sa mère, le metteur en scène quitte les gradins — d’où il assistait à la représentation — pour rejoindre ses interprètes.

    Finalement, c’est profondément bouleversé que l’on quitte le théâtre, après avoir assisté à ce moment rare de grande poésie et de pure beauté.

    Mami, mise en scène par Mario Banushi. Jusqu’au 16 avril 2026 à l’Odéon – Théâtre de l’Europe (Ateliers Berthier). Durée 1h10. Billets disponibles ici.