4 mars 2026

Pourquoi on a adoré Pillion, la romance gay qui dynamite les clichés sur les bikers

Ce mercredi 4 mars 2026, Pillion fait (enfin) son arrivée dans les salles de cinéma françaises. Le film réalisé par Harry Lighton met en scène Alexander Skarsgård dans le rôle d’un biker gay aux penchants BDSM, et s’impose comme une œuvre sensible et nécessaire. Notre chronique.

  • par Nathan Merchadier.

  • Pillion, une plongée dans la communauté des bikers gays

    Depuis sa projection au Festival de Cannes en 2025, Pillion, premier long-métrage du Britannique Harry Lighton, s’est imposé comme l’un des projets les plus commentés de ces derniers mois. En salles ce mercredi 4 mars 2026, le film au budget modeste (un million d’euros) propulse Alexander Skarsgård (True Blood, Big Little Lies, Succession) dans la peau d’un biker gay adepte de rites BDSM. Un rôle audacieux pour l’acteur suédois âgé de 49 ans, révélé dans la série de vampires True Blood (2008-2014).

    Interdit aux moins de 16 ans et produit par la société A24, le film sulfureux embrasse pleinement l’esthétique du fétichisme (cuir, latex, rituels codifiés). En effet, Pillion raconte l’histoire de Colin (Harry Melling), un jeune homme introverti sensible et timide vivant encore chez ses parents, dont l’existence bascule un soir de réveillon de Noël. Dans un bar défraîchi, il rencontre Ray, biker magnétique incarné avec brio et beaucoup de sensualité par Alexander Skarsgård. Très vite, leur relation tourne dans une dynamique de domination et de soumission. Le jeune homme cuisine pour lui, fait le ménage, dort sur le tapis entre deux étreintes et parties de lutte. Et bientôt, l’amour s’en mêle…

    Un premier film brillant signé Harry Lighton

    Après quelques courts métrages, Harry Lighton (33 ans) franchit un cap avec ce premier film brillant, aussi drôle qu’émouvant et sexy, récompensé au Festival de Cannes 2025 par le prix du meilleur scénario dans la section Un certain regard. Adapté du roman Box Hill (2020), le projet trouve son origine dans un club de motards gays des années 1970, où le terme “pillion” désigne la place du passager sur une moto.

    Le film est basé sur un roman que l’on m’a envoyé, nous confie à ce sujet le cinéaste, lors d’une rencontre virtuelle en février 2026. “J’ai toujours été intéressé par une forme de transgression sexuelle dans mes courts métrages. Quand j’ai lu ce livre, j’ai été frappé par ses contrastes de tons. Il me faisait rire, m’excitait, puis j’étais ému aux larmes. J’ai alors eu envie de capturer toutes ces sensations dans un long-métrage.”

    Alexander Skarsgård au sommet de son art

    Le choix d’un acteur hétérosexuel, marié et père de famille, pour incarner un biker gay dominateur aurait pu susciter la polémique. Car il reste encore rare qu’une star internationale porte une œuvre traversée par les codes du sadomasochisme gay. Mais très vite, Harry Lighton balaie la question : “La vie sexuelle d’un acteur ne me regarde pas. Mon rôle est de trouver quelqu’un qui s’engage totalement dans le personnage. S’il n’est pas gay, il doit être capable d’interpréter un homme gay avec authenticité et sans embarras.”

    Quant à sa préparation et ses discussions avec Alexander Skarsgård, elles furent étonnamment simples. Le réalisateur raconte notamment une journée passée à Stockholm à essayer des costumes et définir l’allure du personnage. “Le script était suffisamment détaillé pour que nous puissions arriver sur le tournage et faire le travail directement”, explique le réalisateur.

    Un récit queer à la fois SM, tendre et sensuel

    Pour éviter toute caricature, Harry Lighton s’est longuement documenté avant de réaliser ce film qui parle de la compléxité des relations de couple. “J’ai passé deux mois à rencontrer des personnes vivant dans des relations dominant-soumis. Puis je suis allé voir une centaine de motards gays du GBMCC, le plus grand club de motards gays d’Europe. Beaucoup ont fini par participer au projet. Ils sont devenus notre principale source d’information.”

    Dans Pillion, le Britannique filme le désir gay dans ce qu’il a de plus cru et de violent, mais aussi de plus romantique. Avec La Petite Dernière d’Hafsia Herzi et Love Me Tender d’Anna Cazenave Cambet, présentés au Festival de Cannes 2025, il fait partie des films queer se tenant éloignés des clichés. Une chose est sûre, avec Pillion, Harry Lighton s’installe parmi les nouveaux visages à suivre du cinéma britannique contemporain. Et Alexander Skarsgård confirme qu’il compte parmi les acteurs les plus captivants de sa génération…

    Pillion (2026) d’Harry Lighton, actuellement au cinéma.