25
25
Quels livres féministes faut-il lire en 2026 ?
Quels sont les livres féministes récents à lire en 2026 ? Découvrez une sélection d’ouvrages et de maisons d’édition indispensables pour agrandir sa bibliothèque et déconstruire son regard.
par Ambra Flora.
Publié le 5 février 2026. Modifié le 25 février 2026.

Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux de Judith Godrèche
L’actrice et réalisatrice française Judith Godrèche ne cesse de mener son combat contre les violences sexistes et sexuelles, et on ne peut que l’en remercier. Après avoir pris la parole en 2024 lors de la cérémonie des César avec force sur ces violences dans le milieu du cinéma, elle brisait un silence trop longtemps entretenu. Elle revient aujourd’hui sur ses différentes prises de parole et sur son vécu dans son ouvrage Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux.
Dans cet ouvrage autobiographique écrit de sa plume sensible et juste, Judith Godrèche revient sur son histoire, mais également sur ce qui s’est passé quand elle a osé parler. Le titre provient d’une inscription aperçue sur les murs d’une salle d’attente de la Brigade des mineurs, lorsqu’elle s’y rendait il y a deux ans pour porter plainte contre ses agresseurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon. Selon ses mots, c’est un ouvrage pour les “enfants du silence”, victimes de ces “monstres gentils” qui ont prospéré dans l’ombre de l’impunité…
Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux (2026) de Judith Godrèche, disponible aux éditions Le Seuil.
Désirer la violence de Chloé Thibaud
Désirer la violence. Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer, écrit par la journaliste Chloé Thibaud (qui publie également l’ouvrage Pourquoi les hommes ont peur des femmes en 2026), revient sur les productions culturelles qui façonnent nos imaginaires individuels et collectifs. Publié une première fois en 2024, l’ouvrage analyse les figures masculines qui peuplent la pop culture, de l’archétype du bad boy au “gentil garçon” dit déconstruit, mais manipulateur. Autant de personnages dont la violence, multiple, souvent insidieuse se trouve normalisée, voire glamourisée. Des schémas narratifs qui malheureusement se sont banalisés, et qui se rejouent ensuite dans nos propres relations amoureuses. Dans cette réédition de poche, la chanteuse et compositrice Lio signe la préface. La chanteuse a été l’une des premières à briser l’omerta autour des violences sexuelles, une histoire récemment remise en lumière dans le documentaire de France TV intitulé Lio (2025).
Désirer la violence. Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer (2026) de Chloé Thibaud, avec une préface de Lio, disponible aux éditions Points.
Slut Shaming d’Ovidie
La devise des éditions La Découverte ? “Des livres pour comprendre, des livres pour agir”. Les ouvrages de cette maison d’édition sont des outils politiques autant que des clés de lecture du monde. Parmi eux, on trouve Pour une érotique du sensible d’Aurore Vincenti, Les filles au diable de Christelle Taraud, ou encore Vivre libre d’Amandine Gay sur la suprématie blanche. Récemment, c’est le Slut shaming d’Ovidie qui nous a marqués. L’auteure revient sur l’esthétique du porno chic, très à la mode dans les années 1990 jusqu’au milieu des années 2000. Une ère bouleversée par l’arrivée, en octobre 2017, du mouvement #MeToo. Elle explique avec subtilité comme les stigmates et les préjugés continuent de suivre les femmes qui ont un jour été sexualisées. Des jugements dont l’auteure elle-même a fait les frais.
Slut shaming (2026) d’Ovidie, disponible aux éditions La Découverte.
Sortir de la maison hantée de Pauline Chanu
Sortir de la maison hantée : comment l’hystérie continue d’enfermer les femmes de Pauline Chanu, documentariste pour France Culture, est l’un des ouvrages féministes les plus puissants parus en 2025. Cet essai entre en résonance avec de nombreuses expériences féminines, tant nos vies restent structurées par des systèmes de domination patriarcale, de l’espace privé à l’intime, jusqu’à l’espace public. Le livre pose comme question : “Pourquoi les femmes sont-elles si souvent qualifiées de “folles” ou d “hystériques” ?” Pauline Chanu remet en perspective une notion censée être abolie des classifications psychiatriques et rappelle que “derrière chaque folle, il y a une femme engagée, qui a voulu dénoncer, écrire ou créer”. L’auteure écrit : “Comme si, avant la folie d’une femme, il n’y avait pas la violence d’un père, d’un mari ou d’un médecin.” Son travail s’appuie sur une recherche approfondie avec des entretiens menés auprès de femmes psychiatrisées, historiens et historiennes.
Sortir de la maison hantée : comment l’hystérie continue d’enfermer les femmes (2025) de Pauline Chanu, aux éditions La Découverte.
Subvertir le Male Gaze d’Azélie Fayolle
Théorisée en 1975 par la critique de cinéma et réalisatrice Laura Mulvey, la notion de male gaze désigne le regard masculin qui façonne et détermine nos œuvres culturelles. À l’époque, Laura Mulvey analysait en particulier le cinéma, montrant comment les femmes y étaient fréquemment réduites au rang d’objets de désir et de plaisir, notamment dans des productions emblématiques comme James Bond. S’inscrivant dans la lignée des études de genre, la chercheuse Azélie Fayolle propose une analyse approfondie des productions littéraires et culturelles qui ont façonné notre imaginaire collectif. L’auteure revient sur les nombreuses théories féministes qui se sont succédées pour tenter de briser cette “malédiction”, et rendre aux femmes la possibilité de se définir autrement.
Subvertir le male gaze (2025) d’Azélie Fayolle, disponible aux éditions Divergences.
L’agenda des féministes 2026 des Éditions du remue-ménage
La maison d’édition féministe des Éditions du remue-ménage, fondée en 1976, célébrera son cinquantième anniversaire en 2026. Elle a pour but de “soutenir et faire avancer la réflexion sur la condition des femmes”, au Québec et ailleurs. Cette année, elle publie un bel objet nommé L’Agenda des féministes 2026, qui comprend des textes sélectionnés par la chercheuse Catherine Duchesneau. Au fil des pages, on retrouve des extraits de textes féministes d’auteures engagées (Raymonde Lamothe, Andrée Lévesque, Chantal Partamian, Michaëlle Sergile, Nour Symon, Françoise Vergès).
L’agenda des féministes (2026) : Archives de Catherine Duchesneau, publiée aux éditions du Remue Ménage.
Marseille trop puissante des Éditions Hors d’atteinte
Margaux Mazellier, journaliste indépendante basée à Marseille, raconte cinquante ans de luttes dans la passionnante ville du Sud dans son livre Marseille trop puissante. Elle a rencontré de nombreuses femmes, militantes et féministes (mais pas que) officiant au Mlac, au Drama Queer Football Club, au Planning familial ou encore aux Cagoles de l’OM. L’ouvrage regroupe ainsi une trentaine de récits de femmes qui se battent pour rendre la Cité phocéenne plus safe pour les femmes. Car, comme le rappelle l’auteure, l’espace public est encore dominé par les hommes à Marseille.
Marseille trop puissante (2024), de Margaux Mazellier, publié aux éditions Hors d’atteinte.