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Le jour où l’artiste Takis fit léviter un homme dans une exposition
Cet hiver, Numéro art revient sur les projets les plus insolites organisés par des artistes à travers le monde et les époques. Retour en 1960, le jour où l’artiste grec Takis fit léviter un homme dans une galerie d’art parisienne.
Texte par Éric Troncy,
Illustration par Soufiane Ababri.

Faire léviter un homme le temps d’une performance
“Je suis une sculpture”, s’était écrié en anglais l’homme qui, dans une galerie parisienne, le 29 novembre 1960, était en état de lévitation au-dessus du sol. Ce jour-là en effet, à la galerie Iris Clert, l’artiste grec Takis (1925-2019) parvenait, grâce à l’organisation de champs magnétiques par d’imposants aimants, à faire brièvement léviter son ami le poète sud-africain Sinclair Beiles. Flottant dans les airs (avant de retomber lourdement sur le sol), celui-ci déclama son poème Magnetic Manifesto : “Je suis une sculpture… Il y en a d’autres sculptures comme moi. La principale différence est qu’elles ne peuvent pas parler… Je voudrais voir toutes les bombes nucléaires sur la terre transformées en sculptures…”.
La performance est intitulée L’impossible – un homme dans l’espace. Elle eut lieu un mois après que Yves Klein eut réalisé son Saut dans le vide (le 23 octobre 1960) et cinq mois avant que Youri Gagarine ait été le premier être humain à voyager dans l’espace.
Takis, ce “gai laboureur des champs magnétiques”
Né à Athènes en 1925, Panayiotis Vassilakis – dit Takis – était arrivé à Paris au milieu des années 1950. Pionnier de l’art cinétique, il s’était distingué par son exploration des possibilités offertes par l’énergie des champs magnétiques pour ses sculptures télémagnétiques : il fut qualifié par Marcel Duchamp de “gai laboureur des champs magnétiques”. Il avait, durant les années 1960, imaginé des “peintures télépathiques”, dans lesquelles des aimants, dissimulés sur leur verso, attiraient sur leur recto toutes sortes de choses métalliques.
“La mythologie existe, puisque j’y vis : elle est ma nature, ma culture, mon atmosphère et mon atelier… C’est ainsi que pourrait parler Takis, le dernier des grands aèdes grecs. Il vit son art comme un personnage de légende vit son propre destin. Il est à la fois Dédale et Orphée, architecte-ingénieur et poète-musicien… Toute l’œuvre de Takis est centrée sur l’imagination de l’espace, sa musique et son infini. L’homme échappe à la gravité par la toute-puissance de l’art, qui est autant amour que science… Le voilà bien, l’éternel Takis, le génie illimité”, écrivit à son sujet le critique d’art Pierre Restany en mai 1983.
En 1974, revenu à Paris après quelques années à l’étranger, Takis commença à créer ses sculptures érotiques. “La force d’attraction est le dénominateur commun du magnétisme et de l’érotisme”, dit-il alors.