8 avr 2026

Claire Denis en 5 films subversifs, de Trouble Every Day à Un beau soleil intérieur

À l’occasion de la sortie de son dernier film intitulé Le Cri des gardes, Numéro revient sur cinq films majeurs et subversifs de la réalisatrice Claire Denis, qui a fait ses armes aux côtés de Jim Jarmusch et Wim Wenders.

  • par Violaine Schütz

    et Louise Menard.

  • Publié le 13 octobre 2021. Modifié le 8 avril 2026.

    La bande-annonce du film High Life (2018).

    High Life, une virée inquiétante dans les tréfonds de l’espace

    Robert Pattinson, Mia Goth, Juliette BinocheHigh Life (2018) de Claire Denis se distingue d’abord grâce à un casting cinq étoiles, mis au service d’un synopsis bref et sans issue – des criminels condamnés à perpétuité acceptent de devenir les cobayes d’une mystérieuse mission spatiale. À l’écran, une mise en scène aux images diaphanes et flottantes constitue une atmosphère dérangeante, presque glauque, qui imprègne longuement la rétine du spectateur et semble peu à peu étouffer les personnages. Un film hypnotique qui oscille entre science-fiction – un genre que Claire Denis aborde ici pour la première fois – et fresque psychologique. Fidèle à son œuvre, habitée depuis toujours par la complexité et la violence insidieuse qui façonnent les rapports humains, la cinéaste livre un film d’une beauté rare.

    High Life (2018) de Claire Denis, disponible sur Prime Video.

    La bande-annonce du film Un beau soleil intérieur (2017).

    Un beau soleil intérieur, une quête d’amour contrariée

    Avec ce film fort, émouvant et drôle, Claire Denis a sans doute réalisé l’un des plus beaux films de ces cinq dernières années sur l’amour et surtout, l’amour déçu. Il y est question d’Isabelle (magnifique Juliette Binoche qui est l’une des actrices fétiches de la réalisatrice), une artiste-peintre d’une cinquantaine d’années divorcée et mère d’une petite fille, qui cherche désespérément l’amour avec un grand A. La profondeur de cette comédie volubile qui met en scène Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle et Philippe Katerine vient sans doute de l’oeuvre dont il s’inspire : l’ouvrage Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, qu’on ne se lasse jamais de redécouvrir.

    Un beau soleil intérieur (2017) de Claire Denis, disponible sur Canal VOD.

    La bande-annonce du film Les Salauds (2013).

    Les Salauds, un récit sombre et passionnel

    Présenté au Festival de Cannes l’année de sa sortie dans la catégorie Un certain regard, Les Salauds (2013), film noir par excellence, ne fait pas l’unanimité. Jugé maladroit et antipathique par ses détracteurs, ce long-métrage de la réalisatrice, porté par une histoire de vengeance teintée de passion et de brutalité, n’en possède pas moins des qualités indéniables. On retiendra la rencontre de cinéma entre les acteurs Vincent Lindon et Chiara Mastroianni, la bande-son des Tindersticks, groupe de rock habitué des films de la cinéaste et le sublime travail d’Agnès Godard, directrice de la photographie de génie et étroite collaboratrice de Claire Denis.

    Les Salauds (2013) de Claire Denis, disponible sur Canal VOD.

    Trouble Every Day, une métaphore gore des relations humaines

    Film dérangeant, Trouble Every Day a poussé beaucoup de spectateurs vers la sortie avant la fin de ses projections en salles, il y a 20 ans. Les ténébreux Vincent Gallo et Béatrice Dalle y incarnent les deux héros magnétiques en proie à l’anthropophagie. Au-delà de l’aspect sanglant et provocant, Trouble Every Day revêt une dimension métaphysique dans sa façon de lier métaphoriquement les rapports amoureux et le cannibalisme. Encore une fois, les Tindersticks réalisent un travail passionnant au niveau sonore, la bande-originale se révélant aussi obsédante que les plans d’errances dans Paris dignes de tableaux gothiques.

    Trouble Every Day (2001) de Claire Denis, disponible sur Canal VOD.

    La bande-annonce du film Nénette et Boni (1997).

    Nénette et Boni, un mélo marseillais enlevé

    La cinéaste Claire Denis décrivait ce film, dans une interview accordée aux Cahiers du cinéma, comme “une sorte de mélo marseillais, avec des personnages qui sont des stéréotypes, plutôt dans la tradition des santons de Provence.” Inspirée par Marcel Pagnol autant que par Les Enfants terribles de Jean Cocteau et la cité phocéenne, la cinéaste raconte une histoire familiale tragique centrée autour de deux êtres paumés. Boni est un pizzaïolo timide marqué par la mort de sa mère qui recueille sa jeune sœur, Nénette, qui fuit son pensionnat alors qu’elle est enceinte. Ce film dur, remarquablement filmé, est illuminé par la bande-son habitée des Tindersticks et l’apparition solaire de Valeria Bruni Tedeschi en boulangère vêtue de rose bonbon.

    Nénette et Boni (1997) de Claire Denis, disponible sur UniversCiné.

    Le Cri des gardes (2026) de Claire Denis, actuellement au cinéma.