Jusqu’au 14 janvier 2018, la maison Robert Doisneau accueille une exposition qui retrace la carrière de photojournaliste de Stephen James, infiltré dans les ruelles ultra-violentes du Bronx des années 1960. Devenu activiste au gré des rencontres, Stephen Shames a enregistré les fusillades, capturé les regards des gosses jambes nues sous la canicule, évité les balles perdues. Au cœur d’une nation morcelée, il a suivi le Black Panther Party pendant sept ans, témoin de la décrépitude de l’American Dream. Loin de la mise en scène et du sensationnalisme, le photographe livre une chronique new-yorkaise en noir et blanc, souvenir d’un jeune homme fasciné par les manifestations de ces activistes noirs des seventies, la menace la plus sérieuse de l’époque selon le FBI.

 

À l’automne 1966, le Black Panther Party débarque dans le ghetto noir de San Francisco. Cette jeunesse afro-américaine est révolutionnaire, poing levé, le mouvement quitte les arcanes du militantisme et le nom de ses leaders se répend : Bobby Seale, Eldridge Cleaver… Bérets noirs en guise de casques, trenchs sombres et blousons de cuir, les Black Panthers arborent fièrement leurs coupes afro, comme un souffle identitaire. Ils pénètrent avec fracas dans l’arène politique, bataillent pour leurs droits et hurlent leurs revendications. Autrefois battus par les “pigs” (nom donné aux forces de police), les Black Panthers prennent les armes. Ils forment le pendant violent de la lutte des droits civiques, parti militant dans le viseur de J. Edgar Hoover alors à la tête du FBI. À 19 ans, Shames se lie d’amitié avec Bobby Seale, fondateur du mouvement. Il lui ouvre les portes du parti et c’est donc de l’intérieur que le photographe immortalisera ces guérilleros, en infiltration.

 

Stephen Shames, une rétrospective, jusqu'au 14 janvier 2018, Maison Robert Doisneau.