Ce lundi 4 juin, la galerie Kamel Mennour inaugurait une nouvelle exposition dédiée au célèbre artiste britannique Anish Kapoor. Jusqu’au 21 juillet, cette exposition intitulée Another (M)other dévoile le caractère de plus en plus dionysiaque de l’œuvre de l’artiste aux travers de peintures et de sculptures viscérales, vecteurs d’une charge sexuelle inexorable. Parmi les œuvres exposées, des peintures abstraites badigeonnées de rouge sang évoquent  les conglomérats d’organes et de chair des toiles de Chaïm Soutine. Déchirée par une plaie béante, l’une d’elle semble même représenter les lèvres d’un sexe féminin prêt à déverser des fluides corporels. Contrastant avec la rigueur minimale des miroirs concaves rouges et argentés, une sculpture monumentale en fibre de verre et tiges de métal entrelacées et soudées évoque, par ses formes biomorphiques, un tronc d’arbre en décomposition autant qu’un phallus. Positionnée au sol, elle traverse l’embrasure d’une porte et transperce l’espace vierge de la galerie. L’artiste l’affirme, son désir est de “voir le corps, ratatiné dans toute sa méchanceté de vomissements nus, émerger de l’ordre imposé de la vie”.

 

Au fil du temps, l’œuvre d’Anish Kapoor est devenue plus physique. Les formes géométriques se sont muées en organes monumentaux comme à Versailles en 2015, où l’artiste avait installé dans les jardins du château une sculpture semblable à un immense vagin. En intervenant sur les espaces et en questionnant les rapports d’échelle, Anish Kapoor sème le désordre. A la galerie Kamel Mennour, dans un coin, deux miroirs concaves se reflètent mutuellement et aspirent l’ensemble de l’espace pour le contenir en une surface restreinte. Exposées dans les deux espaces parisiens de la galerie, ces œuvres de la maturité continuent d’étendre la capacité de l’art abstrait à contenir des significations.