Réalisateur

Rodrigo Sorogoyen

Rodrigo Sorogoyen naît le 16 septembre 1981 à Madrid. Il grandit dans un environnement déjà lié au septième art puisque son grand-père, Antonio del Amo, figure parmi les réalisateurs populaires du cinéma espagnol d’après-guerre. Très tôt, il développe un intérêt pour la littérature, l’histoire et le cinéma.

Après le lycée, il étudie l’histoire à l’Université Complutense de Madrid. Toutefois, il s’oriente rapidement vers l’écriture et la réalisation. Il suit d’abord des cours de scénario avant d’intégrer l’ECAM (Escuela de Cinematografía y del Audiovisual de la Comunidad de Madrid), l’une des principales écoles de cinéma espagnoles. Pendant cette période, il réalise plusieurs courts métrages et affine progressivement son style.

Parallèlement, il travaille comme scénariste pour la télévision espagnole. Cette expérience lui permet d’acquérir une solide maîtrise de la construction dramatique et du rythme narratif, deux éléments qui deviennent ensuite des caractéristiques majeures de son cinéma.

Les débuts avec 8 citas et Stockholm

En 2008, il coréalise 8 citas avec Peris Romano. Cette comédie chorale constitue son premier long métrage mais reste encore relativement confidentielle.

Quelques années plus tard, il attire véritablement l’attention avec Stockholm, sorti en 2013. Le film suit la rencontre entre un homme et une femme au cours d’une nuit madrilène. Pourtant, derrière l’apparente simplicité du récit, le réalisateur développe une réflexion plus complexe sur la séduction, la manipulation et les rapports de pouvoir.

Tourné avec des moyens limités, Stockholm reçoit un accueil critique très favorable. Surtout, le film marque le début de sa collaboration avec la scénariste Isabel Peña, qui devient l’une des partenaires les plus importantes de son parcours artistique. Ensemble, ils développent une écriture particulièrement attentive aux comportements humains et aux tensions psychologiques.

Que Dios nos perdone et l’affirmation d’un style

En 2016, Rodrigo Sorogoyen franchit une étape décisive avec Que Dios nos perdone. Situé à Madrid durant l’été 2011, alors que la capitale espagnole accueille les Journées mondiales de la jeunesse et connaît d’importants mouvements de contestation sociale, le film suit deux policiers enquêtant sur une série de meurtres. À travers ce thriller particulièrement nerveux, le réalisateur mêle enquête criminelle, portrait urbain et critique sociale. Le film impressionne par sa mise en scène tendue, ses longues séquences en mouvement et son attention portée aux personnages. Par ailleurs, les performances de Antonio de la Torre et Roberto Álamo contribuent au succès du projet. Grâce à ce film, Sorogoyen s’impose comme l’un des cinéastes les plus prometteurs du cinéma espagnol contemporain.

El Reino et la corruption politique

Deux ans plus tard, il réalise El Reino, sans doute l’un des films politiques espagnols les plus remarqués de la décennie. Sorti en 2018, le long métrage suit la chute d’un responsable politique pris dans un vaste scandale de corruption.

Porté une nouvelle fois par Antonio de la Torre, le film plonge le spectateur dans les mécanismes du pouvoir, des médias et des réseaux d’influence.

Grâce à son rythme particulièrement intense et à sa mise en scène immersive, El Reino rencontre un important succès critique. Lors de la cérémonie des Goya 2019, le film permet à Rodrigo Sorogoyen de remporter le prix du meilleur réalisateur ainsi que celui du meilleur scénario original. Cette reconnaissance confirme alors sa place parmi les réalisateurs majeurs de sa génération.

Madre et une approche plus intime

En 2019, Rodrigo Sorogoyen présente Madre, un drame porté par Marta Nieto. Le film trouve son origine dans un court métrage réalisé quelques années plus tôt. L’histoire débute lorsqu’une mère vivant en Espagne reçoit un appel de son fils de six ans, parti en vacances en France avec son père. L’enfant est seul sur une plage et semble en danger. À partir de cet événement, le réalisateur développe une réflexion sur l’absence, le deuil et les conséquences d’un traumatisme qui continue de marquer une vie plusieurs années après les faits.

Avec MadreSorogoyen délaisse temporairement le thriller politique pour explorer un registre plus intime et émotionnel, tout en conservant la tension psychologique qui caractérise son cinéma.

Le succès de Antidisturbios

En 2020, Rodrigo Sorogoyen s’oriente vers le format sériel avec Antidisturbios. La série suit une unité de policiers antiémeutes confrontée aux conséquences d’une intervention qui tourne au drame. Grâce à une mise en scène très immersive, proche du documentaire par moments, la série reçoit un accueil particulièrement favorable en Espagne. Elle confirme également la capacité du réalisateur à développer des récits complexes sur plusieurs épisodes sans perdre l’intensité qui caractérise son travail. Par ailleurs, Antidisturbios témoigne une nouvelle fois de son intérêt pour les institutions, les rapports de pouvoir et les fractures sociales contemporaines.

As bestas, la consécration internationale

En 2022, il réalise As bestas, inspiré d’un fait divers survenu en Galice. Le film suit un couple français installé dans un village rural où les tensions avec certains habitants deviennent progressivement incontrôlables. Porté par Denis MénochetMarina FoïsLuis Zahera et Diego Anido, le film impressionne par sa maîtrise du suspense et la complexité de ses personnages. À travers ce conflit local, Sorogoyen aborde des thèmes plus larges comme le rapport à la terre, les transformations du monde rural ou les difficultés de cohabitation. Le succès est considérable. Le film domine la cérémonie des Goya 2023 et permet au réalisateur de renforcer encore sa réputation internationale.

Cannes 2026 et une nouvelle étape

En 2026, Rodrigo Sorogoyen présente L’Être aimé (El ser querido) en compétition officielle au Festival de Cannes. Le film réunit Javier Bardem et Victoria Luengo autour d’une relation père-fille marquée par plusieurs années de séparation.

Avec ce projet, le réalisateur poursuit son exploration des relations humaines tout en s’éloignant du thriller qui a largement façonné sa réputation. Il confirme ainsi sa volonté de renouveler son cinéma sans abandonner la précision narrative qui caractérise son travail depuis ses débuts.

Une figure majeure du cinéma européen

Aujourd’hui, la filmographie de Rodrigo Sorogoyen comprend notamment StockholmQue Dios nos perdoneEl ReinoMadreAntidisturbiosAs bestas et El ser querido. Grâce à son travail d’écriture avec Isabel Peña, à son sens du rythme et à son regard sur l’Espagne contemporaine, il s’est imposé comme l’un des réalisateurs européens les plus influents de sa génération. Entre cinéma d’auteur, thriller politique et drame psychologique, il poursuit une œuvre qui ne cesse d’élargir son rayonnement bien au-delà des frontières espagnoles.