13
13
Christian Louboutin : “Le soulier de Cendrillon reste mon plus grand fantasme”
À l’occasion de l’inauguration du nouveau monde dédié à La Reine des Neiges à Disneyland Paris, Christian Louboutin revient sur ses souvenirs Disney et l’influence durable des contes sur son imaginaire créatif. Une conversation entre féerie, mode et fascination pour le soulier.
par Léa Zetlaoui.

Ce samedi 28 mars 2026, Disneyland Paris dévoilait au sein de son parc Disney Adventure World un nouveau monde dédié à La Reine des Neiges. Parmi les invités prestigieux conviés à l’inauguration, était présent Christian Louboutin.
Il faut dire que le facétieux créateur de souliers à la semelle rouge entretient depuis longtemps une relation singulière avec l’univers Disney. Fasciné par la puissance narrative des contes et la symbolique du soulier, il n’a cessé d’explorer les passerelles entre mode, imaginaire et métamorphose.
Entre collaborations ponctuelles, inspirations assumées et références culturelles, son travail dialogue avec ces figures iconiques qui ont marqué des générations. Une évidence, donc, de le retrouver pour une interview légère comme un flocon de neige.
La rencontre entre Christian Louboutin et Disney
Numéro : Quel est votre premier souvenir Disney ?
Christian Louboutin : Mon premier souvenir n’est pas forcément le plus doux… Je suis allé voir Bambi en famille, et comme beaucoup d’enfants, ça a été un véritable traumatisme. J’ai même failli quitter la salle. Pendant longtemps, j’ai évité les films Disney, parce que cette peur m’était restée. Puis, j’ai fini par me réconcilier avec cet univers, notamment grâce à Dumbo. Certes le film n’est pas facile non plus, mais il y a une dimension onirique, presque surréaliste, qui rappelle le travail autour Salvador Dalí. Il y a toujours, chez Disney, une forme de noirceur, une mort ou un drame, qui peut sembler étrange une fois adulte. Mais tout est adouci et transformé. Finalement, c’est cette tension qui rend ces histoires si puissantes.
Quel personnage Disney vous a le plus marqué ?
J’avais une passion pour Donald. Sa voix, son tempérament, ses colères… Et puis tout son entourage, son oncle Picsou, son cousin Gontran, ou encore Daisy. Sans oublier Minnie avec ses souliers spectaculaires. C’est un univers très riche. Mais, s’il y a une figure fondatrice pour moi, c’est sans doute Cendrillon. C’est sans aucun doute le personnage qui m’a interrogé.

Cendrillon, une influence majeure
Comment Cendrillon a-t-elle influencé votre travail ?
Quand on dessine des souliers, il existe des modèles presque mythologiques. Les souliers rouges du Magicien d’Oz, bien sûr. Mais la pantoufle de Cendrillon reste le soulier par excellence. Il y a toute une symbolique autour de cet objet, notamment la transformation, le désir, la reconnaissance. C’est probablement l’histoire que je connais le mieux, et que j’ai le plus dessinée.
Avez-vous déjà collaboré avec Disney autour de cette héroïne de Cendrillon ?
Oui, j’ai travaillé avec Disney autour de Cendrillon, notamment pour un film anniversaire. Ce n’était pas un film d’animation classique, mais une forme hybride, où l’on voyait les petites souris m’aider à dessiner. Une manière de revisiter l’origine du soulier de façon contemporaine.
Immersion dans l’univers Disney
Si vous pouviez vivre dans un univers Disney, lequel choisiriez-vous ?
Je dirai La Petite Sirène. Pas tant pour le personnage, mais parce qu’il se passe pour l’eau. J’adore nager, être dans l’eau.
Selon vous, quel est le point commun entre la magie Disney et celle du luxe ?
Ça brille. Il y a une fascination pour l’éclat, les paillettes, le spectaculaire. D’ailleurs, d’une certaine manière, le luxe s’est récemment “disneyisé”.
Pensez-vous que les films Disney influencent encore la mode aujourd’hui ?
Oui, c’est certain. Certaines expressions vont marquer une époque assez précise. Avant, on avait tendance à parler d’un physique à la Barbie, mais maintenant, l’idée de ressembler à une Barbie, ça commence à dater. Ayant deux filles qui ont onze ans, je constate qu’aujourd’hui, Barbie ce n’est plus une référence. Maintenant, il faut ressembler à des personnages comme Elsa [personnage principal du film La Reine des Neiges].
Il y a aussi une vraie diversification dans l’univers Disney, qu’on ne retrouve pas chez Barbie. Beaucoup de petites filles peuvent s’identifier à des héroïnes aux physiques très différents, comme Jasmine, Tiana, Elsa… L’effort de représentation qui a été fait est assez remarquable.
Absolument, il y a eu beaucoup d’évolution chez Disney. Après, personnellement je trouve que le style récent est moins beau, mais c’est parce que je suis attaché aux films de mon enfance. Mais je vois bien que quand je le vois à travers les yeux de mes filles, c’est réussi. J’ai d’ailleurs une fille qui dessine énormément, et je remarque que son inspiration vient beaucoup des films Disney, et aussi des mangas.

Des héroïnes Disney chaussées par Christian Louboutin
Si vous deviez revisiter une princesse aujourd’hui ?
Encore Cendrillon. Toujours. C’est un personnage d’une richesse incroyable. Son histoire remonte à des récits très anciens, bien avant Perrault, avec des traces jusqu’en Égypte antique. C’est un mythe universel.
Quel personnage incarne le mieux l’esprit de la semelle rouge ?
Cendrillon, évidemment. Le soulier est au cœur de son histoire.
Quels souliers pour Malefique, Ariel et Cruella ?
En 2014, vous avez créé des souliers pour Maléfique, pourriez-vous nous les décrire ?
Je lui ai imaginé des escarpins très hauts avec un talon sculpté qui finissait comme une flamme. Un escarpin assez fermé sur l’avant, avec du mesh et des découpes en cuir. Et je l’avais imaginé rouge.
Si Ariel de La Petite Sirène était une paire de Christian Louboutin ?
Elle aurait des boots mi-hautes tout en écailles.
Cruella d’Enfer du film Les 101 Dalmatiens serait-elle cliente ?
Elle l’a été ! Et même plusieurs fois. D’abord, j’ai fait les souliers pour le film. Et, il y a quelques jours, j’ai croisé Glenn Close à l’aéroport de Lisbonne, qui portait mes chaussures.
Quelle héroïne des films Disney vous semble la plus contemporaine ?
J’aime beaucoup Pocahontas, car je trouve qu’elle est libre et forte. Et puis avec ce film, on quitte cette vision très blanche des personnages.

Nous nous rencontrons aujourd’hui pour célébrer le film La Reine des Neiges. Si vous deviez concevoir une paire pour Elsa à quoi ressemblerait-elle
Ce serait assez logique de travailler avec des cristaux. Mais pas du tout comme pour Cendrillon, même s’il y a une notion de transparence, ce n’est pas la même chose. Là, j’imagine quelque chose de beaucoup plus massif, presque une structure entièrement composée de cristaux. Évidemment des cristaux dans des tons bleus et argent, avec au centre un élément secret, presque caché, qu’elle seule pourrait voir. Et j’ajouterais probablement à la semelle une touche de rouge, un peu comme des rubis de différentes tailles.
Quel film Disney pourrait devenir un défilé de mode ?
Dumbo, pour son côté parade. Ou Fantasia, pour son aspect visuel et presque hallucinatoire.

Les chaussures, des objets magiques
Peut-on considérer vos créations comme des objets aux pouvoirs enchanteurs ?
Oui, car mes souliers changent la posture, la démarche et le langage du corps. Quand on les enfile, il y a une métamorphose immédiate. Si je le dis, c’est parce que beaucoup de gens m’ont fait la remarque.
Si vous aviez l’occasion de créer une chaussure avec un pouvoir magique, quel serait-il ?
Se débarrasser d’un certain nombre de dictateurs qui font très peur.
Quelle collaboration Disney vous fait envie aujourd’hui ?
Je dois demander conseil à mes filles. Ce sont mes meilleures consultantes.