9 mars 2026

Comment les Contes de Canterbury ont inspiré le défilé Vivienne Westwood

En 45 silhouettes, Andreas Kronthaler revisite pour Vivienne Westwood l’un des contes moraux européens les plus célèbres et revendique une liberté vestimentaire totale, mêlant satire médiévale et rébellion punk.

  • par Mélody Thomas.

  • Le défilé Vivienne Westwood automne-hiver 2026-2027.

    Andreas Kronthaler s’inspire des Contes de Canterbury

    Ce sont les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, inspirés du Décaméron de Boccace, qui sont à l’origine de cette collection Vivienne Westwood hivernale, mais surtout leur réinterprétation par Pier Paolo Pasolini, sortie en 1972. La version anglaise suit des pèlerins en direction du sanctuaire de Saint Thomas Becket, au cours de laquelle Geoffrey Chaucer critique la société médiévale, la corruption de l’Église ou encore le déclin de la chevalerie. Pasolini, quant à lui, en fait une comédie érotique qui critique l’autorité, l’Église, mais aussi la cupidité et la sexualité consumériste de son époque.

    De ce film, Andreas Kronthaler a retenu pour la collection automne-hiver 2026-2027 le travail de Danilo Donati, costumier légendaire de la Cinecittà, dont l’autrice anglaise Olivia Laing a livré un portrait saisissant dans son dernier ouvrage intitulé The Silver Book (2025). “Les costumes de l’Italien Danilo Donati pour Les Contes de Canterbury de Pasolini ont été une source d’inspiration majeure. J’aime l’idée de Chaucer sur la quête humaine d’une existence sensée, teintée d’humour”, explique le designer dans un communiqué.

    Pour rendre le corps central, le costumier qui a travaillé avec les plus grands réalisateurs italiens, dont Fellini, mêle des textures rustiques, comme les laines brutes et le cuir usé, avec des pièces plus exagérées pour un effet carnavalesque et obscène.

    Un défilé Vivienne Westwood entre portabilité et extravagance

    Les pèlerins présentés sur le podium par Kronthaler reprennent, à leur manière, le travail de Danilo Donati. Les silhouettes à l’allure royale rencontrent des tenues plus sulfureuses, ou inspirées du sport. La transparence se mêle à l’opacité des matières plus épaisses, et les imprimés à effets décolorés rencontrent les sequins. Andreas Kronthaler explique : “Des robes expérimentales aux coutures apparentes ou brutes, drapées de différentes manières autour du corps. Des robes-smocks ornées de rubans. Des tissus structurés aux couleurs aléatoires, dans des tons sourds et non coordonnés. Une spontanéité dans la coupe : on joue avec les formes, elles ne sont pas figées. Des épaulettes à double rembourrage au maximum, portées sous des manteaux et des pulls”.

    Pour accentuer la sensualité du défilé, des éléments de lingerie érotique sont présents sous la forme de porte-jarretelles, de bas, de soutiens-gorge et d’accessoires. Tandis que des chapeaux extravagants, clin d’œil à ceux imaginés par Donati, s’affirment sur la tête, des mannequins. Le mélange est éclectique, audacieux, mais n’en reste pas moins portable.

    Un clin d’oeil à Romy Schneider

    Si Les Contes sont son inspiration principale, le créateur souhaite aussi rendre hommage à l’actrice autrichienne Romy Schneider, dont le nom a été répété en boucle à un moment du défilé. “Elle incarnait tout. Et elle ressemblait un peu à Vivienne, une femme intrépide qui privilégiait toujours l’art”, expliquait Kronthaler au Vogue US.

    On devine des traces de l’actrice iconique qui avait fait de la France son pays de cœur dans certains looks hybrides où se mêlent la grâce aristocratique et la vulnérabilité charnelle. Romy Schneider s’affirme en pélerine moderne, royale et désirable, en quête constante de sens au-delà des apparences.

    Tous les looks du défilé Vivienne Westwood automne-hiver 2026-2027