6 juil 2026

Au défilé Schiaparelli haute couture, un nouveau surréalisme ?

Pour son défilé Schiapparelli haute couture automne-hiver 2026-2027, Daniel Roseberry raconte une rare crise créative. En s’abandonnant à ce qu’il appelle “l’appel du vide”, le directeur artistique américain renoue avec l’esprit d’Elsa Schiaparelli et livre une collection où silicone, latex et inspirations marines réinventent le surréalisme de la maison.

  • par Léa Zetlaoui.

  • Daniel Roseberry face à l’impasse créative

    Daniel Roseberry aime la mode autant que les mots. En témoignent les lettres qui accompagnent chacun de ces défilés haute couture depuis son arrivée chez Schiaparelli en 2019. S’adressant directement aux invités, il explique ainsi ses inspirations et son processus créatif. À l’occasion de ce défilé haute couture automne-hiver 2026-2027, le couturier américain fait preuve d’une vulnérabilité rare dans le milieu.

    Ainsi explique-t-il qu’après le succès de sa collection précédente, il a cru avoir trouvé une méthode reproductible. Il a donc essayé de répéter la même recette créative : voyage, inspiration, révélation, collection. Mais cette tentative a échoué. Finalement, en voulant contrôler le processus créatif, il s’est enfermé dans un cercle stérile où “rien de nouveau ne pouvait émerger”.

    Quand l’appel du vide devient inspiration

    Quel artiste n’a jamais été confronté au syndrome de la page blanche ? S’il n’existe évidemment aucune étude à ce sujet, on imagine aisément que le manque d’inspiration angoisse même les plus prolifiques.

    En essayant de contrôler le processus créatif et en ignorant ce que les Français appellent « l’appel du vide », j’ai étouffé non seulement ma propre créativité, mais aussi le travail lui-même,” confie d’ailleurs Daniel Roseberry.

    Pour sortir de cette impasse, Daniel Roseberry se tourne alors vers celle qui a fondé la maison en 1927 : Elsa Schiaparelli.

    Une nouvelle définition du surréalisme Schiaparelli

    Proche des artistes surréalistes — Salvador Dalí, Jean Cocteau, Man Ray ou encore Meret Oppenheim — Elsa Schiaparelli considérait la création comme un territoire d’expérimentation où l’intuition, l’accident et l’étrangeté avaient toute leur place.

    À partir de là, les erreurs, les imperfections et les accidents ne sont plus des inhibiteurs, mais des moteurs de création. “Ce n’est qu’en m’abandonnant à l’appel du vide que j’ai véritablement commencé à prendre plaisir à créer cette collection”, poursuit-il.

    Dès lors, le couturier texan a totalement repensé son approche pour nous offrir une collection haute couture automne-hiver 2026-2027 qui explore de nouveaux territoires artistiques. Si évidemment les codes Schiaparelli sont bien présents, le sublime se révèle d’une façon inattendue.

    Quand la haute couture défie ses propres codes

    Quand on parle de haute couture contemporaine, deux visions semblent aujourd’hui coexister. La première, plus traditionnelle, reste attachée aux matières nobles et aux savoir-faire historiques. La seconde explore de nouvelles formes d’expérimentation, quitte à bousculer certains des fondements mêmes de la couture.

    C’est précisément dans cette seconde catégorie que s’inscrit le défilé Schiaparelli haute couture automne-hiver 2026-2027. Comme l’explique Daniel Roseberry, “cette transformation nous invite à dépasser les matières dites « nobles » et à nous demander si la beauté réside dans la matière elle-même, ou dans l’imagination capable de la réinventer.”

    Silicone, latex et faux-semblants

    Pour retranscrire la flore et la faune marines qui ont inspiré cette collection, Daniel Roseberry délaisse les matières traditionnellement associées à la haute couture comme les soies, satins et laines. Le directeur artistique américain préfère expérimenter avec le silicone, le latex ou encore la peinture sculptée, donnant naissance à des silhouettes organiques qui semblent tout droit sorties des fonds marins.

    Au fil du défilé, les références à cet univers aquatique se multiplient. Des tentacules cinétiques en latex s’enroulent autour des épaules, tandis que certaines créations évoquent des anémones de mer, des coquillages ou encore d’étranges créatures sous-marines.

    Entre trompe-l’œil, volumes sculpturaux et matières métamorphosées, les silhouettes brouillent ainsi les frontières entre nature et artifice. Une manière de prolonger l’héritage surréaliste de Schiaparelli, où le faux paraît parfois plus vrai que le réel.

    La collection la plus libre de Daniel Roseberry ?

    Plus qu’un exercice de style, cette collection semble marquer une étape dans le parcours de Daniel Roseberry chez Schiaparelli. Depuis son arrivée à la direction artistique de la maison en 2019, le créateur américain a multiplié les coups d’éclat, réinterprétant avec succès l’héritage surréaliste de la maison. Mais rarement avait-il évoqué avec autant de franchise ses doutes et les difficultés inhérentes à la création.

    Pourquoi cette collection marque un tournant

    Derrière les silhouettes spectaculaires de ce défilé Schiaparelli haute couture automne-hiver 2026-2027 se joue ainsi une réflexion plus intime sur la notion même de création. Loin de chercher à reproduire une formule qui a déjà fait ses preuves, il revendique ici le droit de questionner le rôle même du couturier.

    Une approche qui le rapproche sans doute davantage encore de l’esprit d’Elsa Schiaparelli. Car si la fondatrice a laissé derrière elle un répertoire de symboles devenu iconique, son héritage le plus précieux est peut-être ailleurs. On préfère le déceler dans cette conviction que l’impossible peut, lui aussi, devenir une méthode créative.

    Ainsi, en acceptant de “sauter dans la beauté du vide”, selon ses propres mots, Daniel Roseberry signe peut-être sa collection la plus personnelle à ce jour. Et c’est là que réside la beauté de son travail cette saison.