21 juil 2026

Soleil d’Or : comment le mythique diamant jaune de Fred est revenu après 44 ans d’absence

Il y a des promesses qui ne sont pas faites pour être tenues. En 2021, alors que la maison de haute joaillerie Fred venait de racheter le Soleil d’Or, son mythique diamant jaune disparu pendant 44 ans dans le secret des collections privées, Charles Leung, alors CEO de la maison (qu’il a quittée en 2024), était formel : “Nous allons le choyer, l’exposer, mais sûrement pas le monter et encore moins le revendre.” Cinq ans plus tard, pour célébrer les 90 ans de la maison de joaillerie Fred, le Soleil d’Or rayonne au centre d’un plastron de plus de mille diamants, serti pour la toute première fois de son histoire.

  • par Benedicte Burguet.

  • Le Soleil d’Or de Fred, un diamant iconique

    Paris, fin 1977, chez Maxim’s. Au milieu des rires et du cristal, Margaux Hemingway, petite-fille de l’écrivain, saisit un diamant jaune de plus de cent carats et fait mine de l’avaler. Cette pierre qui manque de finir sa course dans l’estomac d’un mannequin s’appelle le Soleil d’Or. Et son histoire ne fait alors que commencer. Pour la comprendre, il faut remonter 40 ans plus tôt.

    En 1936, Fred Samuel, jeune homme né à Buenos Aires et biberonné à la lumière argentine, ouvre sa maison de joaillerie à Paris. Toute sa vie, il ne poursuivra qu’une seule obsession : capturer l’éclat. “J’ai souvent pensé que vivre si près de la lumière, en relation quotidienne avec le soleil, ne peut nourrir qu’une plus grande soif de lumière”, confiera-t-il. La Côte d’Azur devient son territoire d’élection. Monaco, dira-t-il, symbolisa secrètement le lieu où la lumière des pierres lui fut “en quelque sorte restituée”. Son surnom coule dès lors de source : le Joaillier Solaire.

    1977, la découverte du Soleil d’Or en Californie

    Été 1977, Henri Samuel, fils aîné de Fred, est en Californie pour l’ouverture de la première boutique américaine de la Maison. Il met alors la main sur une gemme qui semble avoir été taillée pour la légende familiale. De 105,54 carats, ce diamant taille émeraude Fancy Yellow brille d’une luminosité rarissime.

    Il l’achète immédiatement, mais pas pour la sertir. “Mon père ne l’a pas acheté pour le monter sur un bijou, mais avec le nom d’un collectionneur en tête”, raconte Valérie Samuel, sa fille, aujourd’hui vice-présidente et directrice artistique de Fred.

    Pendant 44 ans, le Soleil d’Or disparaît dans les collections privées

    Le fondateur lui-même savourait le privilège. “Pour un joaillier, tenir entre ses mains et commercialiser une pierre de cent carats demeure une expérience unique, et nous sommes très peu à travers le monde à l’avoir vécue”, écrivait d’ailleurs Fred Samuel dans ses Mémoires d’un joaillier (éditions du Rocher, 1992).

    Exceptionnel, le diamant Soleil d’Or trouve immédiatement preneur. Commence alors sa vie en solitaire. Pendant 44 ans, la pierre échappe à la trajectoire habituelle des gemmes d’exception : ni bijou, ni musée, ni vente aux enchères retentissante. Elle passe de collectionneur en collectionneur, dans un mystère presque total.

    Comment Valérie Samuel a retrouvé le mythique diamant Fred

    Jusqu’à ce qu’elle croise le chemin de Valérie Samuel qui retrouve sa trace, la fait racheter en 2021, puis retailler. De 105,54 le diamant passe à 101,57 carats et change de catégorie pour Fancy Intense Yellow.

    De retour à la maison, il intègre le patrimoine de Fred, dont il ne ressortira plus. Un clin d’œil du destin qui ressemble à s’y méprendre aux valeurs cardinales du fondateur. Entre une passion pour des pierres d’exception et son goût des belles rencontres, il avait aussi cette confiance obstinée dans les heureux hasards de la vie.

    Du Fancy Yellow au Fancy Intense Yellow : la métamorphose du diamant

    Restait alors un dernier chapitre à écrire. Pour ses 90 ans, Fred clôt sa trilogie de haute joaillerie Monsieur Fred (après Inner Light et Ideal Light) avec Golden Light. Les quinze pièces qui composent la collection déroulent ainsi la course du soleil sur la Riviera, de la nuit finissante à l’heure dorée.

    Et à son zénith, l’impensable : le Soleil d’Or, cœur battant d’un plastron à longue pointe foulard, dentelle de lumière comptant plus de mille diamants. « Cette gemme rare, âme du Joaillier Solaire depuis 1977, est aujourd’hui sertie pour la toute première fois de son histoire”, confie Valérie Samuel. Elle avoue un “sentiment unique” tandis que le Soleil d’Or peut désormais être admiré… et porté.

    Quarante-neuf ans après la soirée chez Maxim’s, le diamant que Margaux Hemingway faisait mine d’avaler brille enfin au creux d’un décolleté. Certaines pierres mettent simplement plus de temps que d’autres à trouver leur place.