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8 nouveaux photographes à suivre

Photographie

Chaque année, le meilleur de la jeune photographie européenne est exposé au Centquatre-Paris lors du Festival Circulation(s). Centrée autour des questionnements écologiques, de la quête de soi et du vivre ensemble, l'édition 2020 est riche de talents. Découvrez notre sélection de huit photographes prometteurs.

1. Le 93 dévoilé par Marvin Bonheur 

 

C’est chez lui, en Seine-Saint-Denis, que Marvin Bonheur a réalisé sa série La Trilogie du bonheur, une exploration en images de sa cité et de ses habitants. Armé d’un appareil compact argentique 35 mm, il arpente les barres d’immeubles, photographie leurs fantômes et les fissures du temps. Entamée en 2014, sa série se décline en trois volets. “Alzheimer”, le premier, fait la lumière sur les lieux hantés du 93, entre terrains vagues obsédants et lumières rases. “Thérapie” et “Renaissance” poursuivent la quête d’identité amorcée dans les premiers clichés du photographe, capturant au passage les habitants qui animent ce quartier gigantesque de béton. Les images transcrivent le désir brûlant de l’artiste de rendre hommage à un lieu, de s’approprier ses formes malaimées et de célébrer ses amis, personnages clés des paysages qui lui sont familiers. 

2. Le corail s'invite dans une fiole chez Marie Lukasiewicz 

 

Quand la photographie rencontre la pseudoscience, celle-ci se pare de couleurs laborantines. L’esthétique épurée de Marie Lukasiewicz permet d’aborder les médecines parallèles avec froideur, les affublant de tous les attributs du monde de la recherche. Gants de latex, pince à épiler, fioles et tubes à essais s’étalent dans cette série appelée “Beyond Corail White” qui s’intéresse à l’exploitation du calcium produit par le corail. Nombreux sont ceux qui prétendent que cette réaction naturelle détient des vertus pour le corps humain, mais pourtant aucun d’entre eux n’est médecin. En passe de disparaître, le corail est ainsi exploité au profit de l’industrie pharmaceutique, alors même que ses bienfaits ne sont pas avérés. La photographe française interroge donc ici l’absurdité d’une croyance en illustrant la face cachée de ces petites pilules vendues en grande surface. 

3. Les motards fous de Jan Hoek

 

Les images tapageuses du photographe néerlandais sont nées de sa fascination pour les taxis moto qui parcourent les rues de Nairobi, si nombreux que leurs chauffeurs tentent d’appâter le client en décorant leurs motos à outrance. De concert avec le créateur de mode ougando-kényan Bobbin Case, Jan Hoek a habillé ces conducteurs de manière à ce que leurs tenues s’accordent avec leurs destriers extravagants. Baptisée “Boda Boda Madness”, sa série rend ansi hommage à ces démons mobiles des rues dans un ensemble post apocalyptique entre Mad Max et Ghost Rider. 

© Felix von der Osten

© Felix von der Osten

4. L'orgie porcine par Felix Von der Osten

 

La série “Every Three Seconds” de Felix Von der Osten s’attaque à l'une des dérives du système capitaliste actuel : la surproduction de viande. Pour ce faire, le photographe allemand est allé au Danemark – troisième plus gros exportateur de porc au monde – et a confronté son objectif à la réalité indigeste de cette industrie gargantuesque. Sous forme d’essai photographique, il parsème les clichés de chair vive avec des photos de legos, de voiture rose et de fêtes populaires, faisant de la viande de porc un élément culturel danois. Saucisses caoutchouteuses, hachis et étals sans fins de côtelettes sous vide se transforment alors en symboles identitaires triviaux. D’où vient cette viande et que devient-elle ? Pour servir quel but ? Telles sont les questions qui émergent sourdement de cette orgie porcine, auxquelles le photographe se garde bien de répondre.

© Vincent Levrat

5. Vincent Levrat capture le vide

 

Le photographe suisse capture l’âme fantomatique des terrains vagues en une série d’images au grain palpable et suranné. Dépeuplés, à la fois no man’s lands et lieux de tous les possibles, ces endroits de terre battue forment d’immenses espaces de liberté et d’expérimentations photographiques. En utilisant un flash et un noir et blanc surexposé, Vincent Levrat rend sensible les matériaux et les corps, les transformant en sculptures de fortune dans des compositions de bric et de broc. Le feu s’y érige en élément majestueux, semblant braver le vide. Au travers des pierres, tissus élimés et pneus solitaires se dessine un sentiment d’abandon et de petitesse étonnant. En photographiant l’espace creux, la parenthèse, la marginalité d’un lieu dit “vague”, le photographe réussit étrangement à faire naître de son travail une introspection vertigineuse. 

6. Anita Scianò redonne vie aux femmes martyres

 

C’est d’après les tirages minuscules d’un Polaroid que travaille la photographe italienne Anita Scianò, ornant ces clichés de dessins, couture, collages et même de brûlures. Dans chaque tableau sont représentées des figures féminines religieuses, devenues martyres par un destin funeste. Entre autres, on peut y distinguer Jeanne d’Arc, avec son armure et sa coupe courte peinte par Gustave Klimt. De la fleur séchée à la branche de laurier, en passant par la lyre et les chérubins célestes, les éléments rajoutés à la main par l'artiste symbolisent le parcours de ces tristes héroïnes. La fascination d'Anita Scianò pour l’engagement total, le dépassement de soi et la détermination extrême s’incarne dans ces femmes mutilées et leurs postures de dévotion. 

 

 

7. Maija Tammi fait se rencontrer la mort avec l'éternité

 

Voilà peut-être le travail le plus expérimental de cette sélection. Dans la petite bouteille de gauche, des cellules d’une femme décédée continuent de vivre. À droite, un grossissement de ces cellules permet de voir que même après la mort, des petits éclats de vie continue d’exister. L’artiste finlandaise, dans une approche à la fois scientifique et poétique, explore les notions d’immortalité et de finitude en les confrontant par l’expérience. L’esthétique froide de l’ensemble distancie le spectateur d’avec la mort, pourtant au cœur de ce travail. L’espace dédié à Maija Tammi au Centquatre prend d’ailleurs la forme d’un couloir angoissant où une voix décompte les minutes, comme pour appréhender le temps de la vie et de sa décomposition future. Au bout du couloir, une vidéo d’un lapin mort suit les étapes de sa lente altération.

© Michal Solarski & Tomasz Liboska

8. La révolte silencieuse de Michal Solarski et Tomasz Liboska

 

Ces deux photographes sont originaires du même petit village du sud de la Pologne. Lieu de leurs révoltes adolescentes, cette bourgade constitue leur principal sujet photographique. À travers leurs portraits, les paysages enneigés et les reconstitutions de scènes familiales émane l’atmosphère grunge des années 60 et l’ennui des jeunes qui rêvent d’un avenir citadin. Ensemble, Michal Solarski et Tomasz Liboska revisitent leur passé commun, leurs souvenirs de rébellion et leur passage dans la vie d’adulte. 

 

 

Festival Circulation(s), festival de la jeune photographie européenne au Centquatre-Paris. Initialement prévu du 14 mars au 10 mai 2020.

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