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19 Mai

10 expositions en galerie à courir visiter depuis leur réouverture

 

Heureuse nouvelle pour la France : enfin, quelques expositions peuvent rouvrir leurs portes, permettant au monde de l’art de reprendre petit à petit son activité. Si la plupart des musées et grandes institutions sont pour l'heure encore fermés, les galeries sont, depuis la semaine dernière, de plus en plus nombreuses à accueillir (avec précaution) leur public et ainsi leur permettre de découvrir des expositions souvent avortées, annulées ou reportées. Focus sur dix expositions proposées par des galeries parisiennes, à visiter en cette période de déconfinement. 

 

Par Matthieu Jacquet

Antony Gormley, “RUN II” (2020). Aluminium square tube 40 x 40 mm. Installation view, Galerie Thaddaeus Ropac, Marais, Paris, France. Photograph by Charles Duprat © the artist

Le 12 mars dernier, la galerie Thaddaeus Ropac inaugurait à Paris sa nouvelle exposition consacrée à Antony Gormley, connu pour ses sculptures anthropomorphes et ses œuvres monumentales questionnant la place de l’humain dans l’environnement. Fermée seulement trois jours après son vernissage, l'exposition vient de réouvrir et se voit prolongée jusqu'au 20 juin. L'occasion de découvrir notamment une nouvelle installation sur mesure réalisée par l’artiste britannique, jouant avec les proportions de la galerie à travers un tube d’aluminium déployé dans l’espace selon des lignes perpendiculaires, ainsi qu'une sélection de ses récentes sculptures en fonte et ses dessins. Ensemble, ces œuvres prolongent la réflexion matérielle et spatiale de l'artiste sur notre monde urbain et digital contemporain, aujourd'hui grandement régi par des grilles orthogonales.

 

Antony Gormley, In Habit, jusqu'au 20 juin à la galerie Thaddaeus Ropac, Paris 3e.

 

 

2. Norbert Bisky et Billie Zangewa à la galerie Templon

Billie Zangewa, “Cold shower” (2019). Soie brodée, 107 x 101 cm. Photo: Jurie Potgieter © Courtesy Templon, Paris – Brussels

Norbert Bisky, “Chem Party” (2020). Huile sur toile, 200 x 150 cm. Courtesy Galerie Templon, Paris – Bruxelles © Adagp, Paris, 2020

 

Dans les deux espaces parisiens de la galerie Templon, la figure humaine est à l’honneur. Presque exclusivement masculine chez Norbert Bisky, souvent féminine chez Billie Zangewa, celle-ci s’y manifeste tantôt à travers la peinture, tantôt par la broderie. Pour le peintre ayant grandi dans l’Allemagne de l’Est, c’est aussi bien dans la vie nocturne berlinoise que dans l’histoire de son pays à l’entre-deux guerres que réside son inspiration. Ces moments de fête, d’effusion et de créativité, souvent assombris par leur caractère dissident, sont ici illuminés par les couleurs vives de sa peinture et les éclats de lumières, ses collages de papier peint et morceaux de corps nus et musclés qui, outre la toile, viennent parfois habiller des miroirs. Parfois discret, parfois plus direct dans les œuvres de l’artiste, leur homoérotisme se concrétise par les accessoires à forte connotation fétichiste installés dans la galerie : gants en latex, sangles, anneaux ou encore chevaux d’arçons.

 

Chez Billie Zangewa à quelques pas de là, l’approche est toute autre mais non moins contemporaine. Sur des chutes de soie qu’elle récupère, souvent incomplètes, trouées ou déchirées, l’artiste malawite brode des fragments de récits, des scènes intimes parfois autobiographiques qui dépeignent les femmes comme héroïnes du quotidien. Fins et poétiques, ses sujets n’en sont pas moins empreints d’un message de paix et de bienveillance. Tout comme le titre son exposition, la jeune femme se qualifie d’ailleurs elle-même de “soldate de l’amour”. 

 

Norbert Bisky, Desmadre Berlin, jusqu'au 23 mai et Billie Zangewa, Soldier of Love, jusqu'au 6 juin à la galerie Templon, Paris 4e.

 

 

3. Robert Brambora chez Sans titre (2016)

Robert Brambora, 2020, vue d'exposition à la galerie Sans titre (2016).

Il y a quelques années, Robert Brambora subit un IRM, une expérience déterminante dans sa vie et sa carrière qui crée chez lui le vif désir de sonder les tréfonds de la pensée. Dès lors, l’artiste allemand a l’idée d’utiliser le crâne comme le support d’un nouvel écran pour déployer ses peintures sur bois. Tels des camées picturales, ses profils de couples dont les visages s’embrassent ne sont alors que la surface qui accueille toute la profondeur du sujet représenté, toujours encerclée de cuivre afin de préserver le bois de l’humidité. On s’y plonge aussi bien dans l’intérieur d’une huître, parmi des parterres fleuris qui, soudainement, prennent vie au sein de ces silhouettes anthropomorphes ou encore dans les gueules enragées de deux chiens en train de se mordre. A leurs côtés chez Sans titre (2016), l’artiste présente également une série de peintures où le feu se dessine comme un fil rouge visionné à travers des écrans d’iPhone. Une véritable mise en abyme de ces nouvelles “fenêtres sur le monde” contemporaines, dont la portée se révéla particulièrement puissante ces derniers mois.

 

Robert Brambora, La Ballade des Sardines – Die Liebe der Sardinen, jusqu'au 30 mai à la galerie Sans titre (2016), Paris 10e.

 

 

4. “Ecce Puer” à la galerie Pact

Nils Alix-Tabeling, vue de l'exposition “Ecce Puer” à la galerie Pact. Photo © Gregory Copitet

Ivana Bašić, vue de l'exposition “Ecce Puer” à la galerie Pact. Photo © Gregory Copitet

À la fameuse expression “Ecce homo” utilisée par Ponce Pilate pour introduire Jésus au peuple romain, l’écrivain James Joyce répondait en 1932 par son poème intitulé “Ecce puer”, signifiant “voici l’enfant” en latin. Actuellement, cette expression donne également son titre à l’exposition de la galerie Pact et, si l’humain en est bien le point d’ancrage, il n’est pas ici celui que nous connaissons et auquel nous sommes habitués : dans cette galerie parisienne, l’humain s’incarne dans des corps autres, transformés, fragmentés. On y découvre les sculptures hybrides et désarticulées du Français Nils Alix Tabeling, artiste touche-à-tout qui y mêle aussi bien le plâtre, le bois, les cotes de maille que la laine tissée pour créer des formes de mutants archaïques. De l’Américain  Dan Herschlein, la galerie Pact dévoile une série de photographies mais également un bas-relief en bois noir évoquant un pantalon d’où émerge un corps enterré : dans ce corpus macabre, les visages sont absents et désincarnent ces membres de corps isolés qui semblent alors habités par des forces inconnues. Enfin, l’exposition est aussi l’occasion de découvrir deux nouvelles sculptures de la Serbe Ivana Basic inspirées par le processus de la métamorphose chez les invertébrés. Imbriquant l’os et la carapace, ces œuvres créent des formes inidentifiables et composites qui jouent sur l’inévitable sentiment freudien d’“inquiétante étrangeté”.

 

Ecce Puer, jusqu'au 29 juin à la galerie Pact, Paris 3e.

 

 

5. Sarah Sze à la galerie Gagosian

Sarah Sze, “Plein Air (Times Zero)” (2020) (Detail). Mixed media, wood, stainless steel, video projectors, archival paper, toothpicks, clamps, ruler, tripods. Variable Dimensions. © Sarah Sze. Photo: Thomas Lannes. Courtesy Gagosian

Sarah Sze, “Poke (Times Zero)” (2020). Oil paint, acrylic paint, acrylic polymers, ink, aluminum, archival paper, graphite, diabond and wood. 187.3 x 124.8 x 7 cm © Sarah Sze. Photo: Rob McKeever. Courtesy Gagosian

Dans ses installations sculpturales et picturales, Sarah Sze décompose le monde et le recompose à sa façon, créant des réseaux visuels et matériels où se mêlent fragments d’objets et d’images. À la galerie Gagosian, l’artiste américaine présente une série de toiles aux airs de collage qui, dans une profusion de couleurs, mêlent la peinture à l’huile, l’acrylique, l’encre ou encore le graphite. Cette exposition est également l’occasion de dévoiler une installation multimédia inédite où ses compositions en volume rencontrent des images mouvantes projetées sur les murs de la galerie, qui deviennent alors leurs nouveaux écrans.

 

Sarah Sze, du 23 mai au 18 juillet à la galerie Gagosian, Paris 8e.

 

 

6. Thomas Hirschhorn à la galerie Chantal Crousel

Thomas Hirschhorn, “Eternal Ruins” (2020). Vue d'installation, Galerie Chantal Crousel, Paris, France (2020). Courtesy of the artist and Galerie Chantal Crousel, Paris Photo : Martin Argyrolglo

Radical et engagé, Thomas Hirschhorn s'est affirmé depuis les années 80 par ses œuvres chaotiques mêlant images, textes, matériaux et objets humbles. Quatre ans après sa dernière exposition à la galerie Chantal Crousel,  l’artiste suisse y fait son retour avec une nouvelle sélection d'œuvres : des collages sur cartons parsemés de cristaux reprenant des citations de Simone Weil sur fond de conversations Whatsapp. Des citations de l’intellectuelle française sont alors intégrées à ces phylactères contemporains : ainsi peut-on y lire (en anglais) “L’amour n’est pas une consolation. C’est une lumière” ou encore “La beauté est l’harmonie du hasard et du bon”, autant d’aphorismes qui, sous cette forme éminemment contemporaine, paraîtraient mieux à même de capter notre attention éduquée à ces nouveaux modes d’échange.

 

Thomas Hirschhorn, Eternal Ruins, jusqu'au 23 mai à la galerie Chantal Crousel, Paris 3e (uniquement sur rendez-vous).

 

 

7.  “Abieannian Novlangue” à la galerie Sultana

Salome Jokhadze, “Untitled I” (série «This Is Not a Costume») (2019). Broderie et huile sur toile, 60 x 60 cm. Courtesy Galerie Sultana © Aurélien Mole

Matthias Garcia, “The Lure” (2020). Huile sur toile, 80 x 80 cm. Courtesy Galerie Sultana © Aurélien Mole

En 1973, l’Américain Henry Darger s’éteint dans son appartement de Chicago à l’âge de 81 ans. C’est alors que l’on découvre chez lui un récit de quinze mille pages illustrées, que l’écrivain et artiste a passé sa vie à réaliser dans le secret. Tel un roman épique, son œuvre raconte l’affirmation d’une indépendance où des princesses se rebellent et entrent en guerre dans le royaume d’Abieannian. C’est de cette histoire qu’est inspirée l’exposition “Abbieannian Novlangue” présentée à la galerie Sultana, sous un commissariat de Julia Marchand. Les œuvres des huit jeunes artistes exposés évoquent toutes, à leur manière, le passage de l’enfance à l’âge adulte et cet état transitoire qu’est l’adolescence où la collision de l’imaginaire à la dure réalité crée de nouveaux mondes fantastiques. De ces nouveaux rêves, contes et fictions qui peuplent la chambre à coucher – cet espace à soi que l’on se construit dans l’intimité du foyer familial –, des artistes tels que Matthias Garcia et Salome Jokhadze en extraient des sirènes et autres personnages hybrides et androgynes peints sur toile, Paul Alexandre Islas en récrée des vêtements et accessoires futuristes, ou encore Régina Demina en imagine une bande-son. Autant de récits qui pourraient, à leur tour, entrer dans le “royaume de l’irréel” de Henry Darger.

 

Abieannian Novlangue, jusqu'au 6 juin à la galerie Sultana, Paris 20e. 

 

 

8. Niele Toroni à la galerie Marian Goodman

Vue de l’exposition “Niele Toroni, Un tout de différences, Empreintes de pinceau n°50 répétées à intervalles réguliers de 30 cm”, Galerie Marian Goodman, Paris (2020). Crédit photo : Rebecca Fanuele. Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery 

Depuis ses débuts dans les années 60, l’œuvre de Niele Toroni s’apparente à un véritable exercice de style. Peintre minimaliste obsessionnel, le Suisse ne cesse en effet de reproduire sur toile ou carton plume le même protocole : ponctuer des espaces vierges de taches colorées avec le même pinceau, en quinconce et espacées de 30 centimètres à chaque fois. Chez Marian Goodman, l’artiste présente une sélection de peintures inédites ainsi que des œuvres plus anciennes, déclinant sa méthode méticuleuse et caractéristique sur différentes surfaces ainsi que plusieurs photographies qui parsèment tout l'espace parisien de la galerie de leur épatante régularité formelle.

 

Niele Toroni, Un tout de différences, à partir du 16 mai à la galerie Marian Goodman, Paris 3e.

 

 

9. Gabriel Rico à la galerie Perrotin

 

Gabriel Rico, “III”, from the series “Excessive butter” (2019). Taxidermy, balls. 95 x 60 x 65 cm © Diego G. Argüelles / Courtesy of the artist and Perrotin

Gabriel Rico, “To be Preserved without scandal and corruption“ (2020). Volcanic stone, rope, taxidermy axis deer, fiberglass column. 175 x 310 x 350 cm © Diego G. Argüelles / Courtesy of the artist and Perrotin

Tel un archéologue du futur, l’artiste mexicain Gabriel Rico donne à voir un monde hybride d’illusions où la nature se confond dans l’artifice, où le sacré se mêle au profane, où le vrai ne peut guère se distinguer du faux. Conçues comme des “expériences de pensée”, ses installations composites associent à la manière d’équations mathématiques des éléments d'apparence sans rapport les uns avec les autres, tels que néons, boîtes de conserve et taxidermies. Ensemble, ceux-ci parviennent à générer des relations visuelles, matérielles et conceptuelles inédites dont la force philosophique échappe au mariage de la carpe et du lapin. Il y a quelques semaines, Numéro s'entretenait avec l'artiste au sujet de son exposition à venir à la galerie Perrotin, une synthèse de sa démarche enrichie de nombreuses œuvres récentes que le public peut enfin découvrir jusqu'à la mi-août. 

 

Gabriel Rico, Nature loves to hide, jusqu'au 14 août à la galerie Perrotin, Paris 3e.

 

 

10. Tony Matelli à la galerie Andréhn-Schiptjenko

Tony Matelli, Weeds (2020). Painted bronze, 71.1 x 25.4 x 30.5 cm. Courtesy the artist and Andréhn-Schiptjenko, Stockholm/Paris.

Tony Matelli, “Weed 504” (2020). Painted bronze, 45.7 x 25.4 x 27.9 cm. Courtesy the artist and Andréhn-Schiptjenko, Stockholm/Paris.

Lorsque l’on pénètre l’espace de la galerie Andréhn-Schiptjenko, on est immédiatement frappé par un constat étonnant : le vide de la pièce. Aucune œuvre aux murs, suspendue ni au sol, mais quatre plantes émergent de sous les murs, prenant racine sous les plinthes de ce white cube. Sur certaines de ces tiges grimpantes et feuillues éclosent quelques fleurs bleues, comme l’image d’une nouvelle vie bourgeonnante à l’heure de la fin d’un printemps, cette année, très particulier. Face à une nature qui reprend visiblement ses droits dans l’espace de la galerie, on peine à comprendre tout de suite que les œuvres sont en réalité devant nos yeux : ces plantes et herbes qui semblent pousser sont en réalité factices, plastiques pourrait-on se dire, mais il n’en est rien. Leur créateur, l’Américain Tony Matelli, les sculpte dans le bronze qu’il peint ensuite à la main, donnant à ces pièces uniques aux airs fragile une solidité inédite. L’illusion est complète et déroutante.

 

Tony Matelli, Abandon, jusqu'au 11 juillet à la galerie Andréhn-Schiptjenko, Paris 3e.

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