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À quoi ressemblent les peintures de l’architecte Christian de Portzamparc ?

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La galerie Kamel Mennour consacre jusqu'au 18 janvier une exposition personnelle à l'immense architecte et urbaniste français Christian de Portzamparc. Mais ici, nulle trace de plans ni de maquettes. À la place, une dizaine de toiles et deux sculptures très récentes, ouvrant sur un pan bien moins connu de son œuvre. 

Son nom résonne très fort dans le paysage international de l’architecture contemporaine : à 75 ans, Christian de Portzamparc est l’un de ces créateurs qui ont su donner de la ville et de son aménagement une vision totalement nouvelle. Constamment orienté vers l’avenir, cet architecte et urbaniste français a recomposé de nombreux quartiers de métropoles françaises, de la Cité de la Musique ou de l’immense stade Paris La Défense Arena à la Tour de Lille. Au fil des années et des projets, son style reste caractérisé par ses édifices lumineux et immaculés, très souvent blancs et agrémentés de larges baies vitrées, ainsi que par leurs lignes ondulantes et élancées tendues vers le ciel. Ses nombreux projets l’emmènent dans le monde entier, de New York à Rio de Janeiro, de Fukuoka jusqu’à Séoul avec la création en 2015 de House of Dior, une grande boutique de six étages dédiée à la maison française qui comprend également un café du maître pâtissier Pierre Hermé.

 

C’est pourtant sur un pan bien moins connu de son illustre carrière qu’a choisi de se concentrer la galerie Kamel Mennour : la peinture et le dessin – que Christian de Portzamparc n’a jamais délaissés, malgré le succès de sa carrière d’architecte. Aux délais de construction s’étalant sur des années, voire parfois des décennies, il trouve depuis sa jeunesse dans cette forme d’expression le plaisir de l’immédiateté et la satisfaction de voir un travail achevé en seulement quelques heures. Cela fait plus de dix ans que le lauréat des prestigieux prix Pritzker (1994) et Praemium Imperiale (2018) laisse parler son imaginaire dans les univers en suspens qu’il esquisse sur tablette, imprime sur toile à l’encre pigmentaire puis peint à l’acrylique. Dans son espace du 47, rue Saint-André-des-Arts, Kamel Mennour rassemble jusqu’au 18 janvier une quinzaine de ses œuvres les plus récentes qui ensemble tissent le fil de ses visions irrationnelles, où les rêves prennent leur place.

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Christian de Portzamparc, vue de l’exposition “Illuminations”, kamel mennour, Paris, 2019. Photo. Archives kamel mennour © Christian de Portzamparc. Courtesy the artist

“Je ne suis pas un artiste comme les autres, ma pratique reste liée à l’architecture”, précise Christian de Portzamparc dès la présentation de l’exposition. Au-delà de sa réflexion sur l’espace, chacune des œuvres montrées reflète en effet son obsession pour la profondeur : des cadres orthogonaux définissent des décors épurés, frontières poreuses entre intérieur et extérieur, qui parfois s’ouvrent vers des ciels de nuages ou des puits de lumière d’une extrême clarté. Des volumes flottants et nuées gazeuses s’immiscent alors dans ces fictions spatiales rectilignes et viennent y apporter une narration. Au fil de ces pièces, l’artiste ne cesse de chercher comment donner corps à l’impalpable et à souligner les contrastes entre rigide et mou. Ce tropisme se matérialise également par ses deux sculptures abstraites en impression 3D qui, suspendues dans le vide, rappellent les formes organiques d’un récif corallien.

 

Directement emprunté à Arthur Rimbaud, le titre de l’exposition “Illuminations” ne saurait mieux synthétiser cet aspect volontiers plus abstrait et expérimental du travail Christian de Portzamparc. Alors que dans les deux autres espaces parisiens de la galerie Kamel Mennour, le plasticien japonais Tadashi Kawamata déploie une véritable poétique de la destruction, l’architecte français lui préfère le silence éloquent du vide, où se joue paisiblement le théâtre de l’immatériel.

 

Christian de Portzamparc, Illuminations, jusqu’au 18 janvier 2020 à la galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts, Paris 6e.

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