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Novembre 1985 : les premières Victoires de la musique

Musique

En février 2020, Angèle et Clara Luciani sont sacrées aux Victoires de la Musique. Pour sa 35e édition, la cérémonie crée la polémique en supprimant plusieurs catégories. En 1985, année de la première cérémonie, les Victoires récompensaient près d’une vingtaine d’artistes différents, et pas uniquement des chanteurs. Retour sur une cérémonie haute en couleurs, et en paillettes. 

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Au cœur des années 80, décennie de paillettes, de synthétiseurs et du mauvais goût, se tiennent pour la première fois les Victoires de la musique. Grammy Awards à la française, sorte de César de la musique, la cérémonie instituée par Jack Lang, alorsministre de la Culture, récompense la fine fleur de la scène musicale française pour la première fois. Après le sacre d’Angèle et de Clara Luciani en février 2020, retour sur la toute première édition des Victoires. 

 

La scène se déroule non pas à la Seine Musicale, où les Victoires ont lieu depuis deux ans, ni même à Bercy. En 1985, c’est dans l’intimité du Moulin Rouge que se concocte la première édition des Victoires, cabaret typique et renommé de Pigalle à la décoration baroque et feutrée. Diffusée sur Antenne 2, ancêtre de France 2, la cérémonie se passe volontiers d’un maître : ce sont les artistes eux-mêmes qui font office de présentateurs, à l'instar du chanteur Daniel Balavoine. 

Les Rita Mitsouko – “Marcia Baila” (Clip Officiel)

Dans une salle qui n’accueille pas plus de 850 places, l’ambiance des premières Victoires de la musique est beaucoup plus décontractée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mise en scène par Jérôme Savary, la cérémonie a des airs burlesques qui empruntent au Grand Magic Circus, la troupe de théâtre de Savary faite de paillettes, d’animaux tristes, de nez rouges, de jarretelles et de carton-pâte. Parmi les invités, on distingue déjà les visages de la toute jeune Sophie Marceau, de Sylvie Vartan, de Charlotte Rampling ou encore de Francis Lalanne…

 

Fait inédit : les premières Victoires de la musique ne récompensent pas que des musiciens. Parmi les dix-neuf catégories, on retrouve notamment une récompense décernée au meilleur humoriste de l’année, remportée cette année par Raymond Devos, devant Coluche et Michel Leeb. Sur scène se trouvaient alors des vedettes de l'époque, comme un certain Gérard Jugnot et, plus étonnant, le regretté Mouss Diouf, alors seulement âgé de 21 ans. Après la suppression de cette catégorie en 1998, il faut attendre près de vingt ans pour que les spectacles d'humour soient à nouveau mis à l'honneur dans une cérémonie de remise des prix, avec la création du Molière de l'humour en 2016.

 

 

En 1985, artistes et artisans du son partagent le même quart d’heure de gloire. Une manière de souligner qu’un single ou un album n’est jamais le fruit du travail d’une seule et même personne.

 

 

En 1985, pas de majestueux “V” en verre transparent pour les artistes primés. Ils recoivent un trophée représentant une note de musique dans une sphère. Si en 2020, seulement 8 statuettes sont décernées aux artistes de l’année, les 19 catégories de la première édition se voulaient bien plus représentatives du monde musical, à commencer par les figures de l’ombre.

Michel Jonasz - La boîte de Jazz

Pochette de disque de l’année, musicien de studio de l’année, réalisation d'album de l’année ou encore ingénieur du son de l'année : en 1985, les artistes et les artisans qui les accompagnent partagent leur quart d’heure de gloire. Une manière de souligner qu’un single ou un album n’est jamais le fruit du travail d’une seule et même personne. Autres catégories depuis disparues : l'album de musique originale de cinéma ou de télévision de l'année qui a récompensé Eric Serra (pour SubwayLe Grand Bleu et Leon), Air (pour Virgin Suicides) ou encore Emilie Simon (pour La marche de l’Empereur), et enfin, l’album pour enfants, qui en 1985, sacre la jeune Dorothée, devant Chantal Goya. 

 

Toutefois, dès 1985, les catégories mythiques de la cérémonie sont déjà bien présentes. Mais ces lauréats ne sont pas toujours les personnalités ayant marqué l’histoire de la musique dans l’Hexagone. Si Jeanne Mas, dont le nom est resté célèbre, est sacrée à la fois artiste interprète féminine et révélation variétés. Du côté des artistes masculins, c’est Michel Jonasz qui remporte le prix, ainsi que celui de la chanson de l’année avec La Boîte de Jazz, aujourd’hui bien moins célébrée que Marcia Baïla des Rita Mitsouko, nommé dans la même catégorie. Enfin, grand absent de la cérémonie, Jean-Jacques Goldman n’obtient pas la statuette du meilleur artiste masculin, alors qu’il joue à guichets fermés pendant deux semaines au Zénith, et qu’il occupe la même semaine la première place du Top 50, hit-parade des meilleures ventes.