Détaillées par John Galliano et son équipe, les inspirations de cette collection sont claires et les pièces les traduisent explicitement. L’Antiquité semble en être le point d’ancrage central : pour preuve, chaque silhouette porte le nom d’une figure divine de la mythologie grecque ou égyptienne, d’Artémis à Gaïa en passant par Apollon, Prométhée et la muse Calliope. Mais c’est également à la sculpture néoclassique que le créateur britannique fait directement référence, et notamment les représentations du tissu drapé sur les corps idéaux véhiculés par la Grèce antique. Ce travail du flou se retrouve directement dans les robes et les vestes en tissus transparent, dont les plis le long des silhouettes attribuent aux matériaux un effet mouillé. John Galliano respecte une fois de plus les valeurs de sa ligne Recicla, inaugurée lors de la présentation de sa collection de prêt-à-porter automne-hiver 2020-2021 de Margiela, en donnant une nouvelle vie à des matériaux et vêtements récupérés dans des boutiques de seconde main. Ici, l’upcycling se retrouve aussi bien dans les épais manteaux en laine et en tweed décousus pour être réassemblés avec de nouveaux volumes que dans les voilages, tulles et mousselines, appliqués au plus près du corps.

 

En clôture du film, Nick Knight ouvre les portes d’un imaginaire sombre, entre le rêve et le cauchemar : les mannequins apparaissent dans un décor dépouillé intégralement filmé en négatif, tel un nouveau paradis magnétique porté par plusieurs tableaux et chorégraphies. Nimbés de mystère avec leurs visages parfois couverts de légers voiles, qui rappellent les masques imaginés par Martin Margiela dès son premier défilé en 1989, les mannequins dansent tantôt seuls, tantôt en groupe et donnent vie aux pièces tandis que la fumée et les couleurs esquissent les traits d’une réalité parallèle. Un voyage mystique animé par des idéaux romantiques vers un ailleurs fascinant, encore indéfini.