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Carlotta déterre deux films ultra confidentiels de l'Italien Nanni Moretti

Cinéma

Le distributeur de films de patrimoine Carlotta vient tout juste d'éditer le coffret “Viva Nanni”, composé des films “Bianca” (1984) et “La messe est finie” (1985) – quatrième et cinquième films du cinéaste italien. L'occasion de découvrir les deux longs-métrages les plus confidentiels de Nanni Moretti, en versions restaurées.

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Penser au cinéma de Nanni Moretti, c’est vivre le deuil lié à la perte d’un enfant (La chambre du fils, Palme d’or à Cannes en 2001), voir sa mère mourir doucement (Mia Madre, 2015) ou traverser l’Italie en Vespa – avec ses névroses pour seul bagage –, et se rendre près d’Ostie, là où Pier Paolo Pasolini a été assassiné (Journal intime, prix de la mise en scène à Cannes en 1994). C’est aussi écouter du Keith Jarrett (longtemps, dans Journal intime), admirer le jeu du regretté Michel Piccoli en pape désoeuvré (Habemus Papam, 2011), s’insurger contre la politique de Silvio Berlusconi (Le Caïman, 2006) et même découvrir comment l’Italie est venue en aide aux Chiliens s’opposant à la dictature de Pinochet, au début des années 70 (Santiago, Italia, 2018). Depuis plus de vingt ans, Nanni Moretti nous embarque dans la mélancolie, la douleur et la beauté, le doute et les histoires bercées de tendresse. Mais aux prémices de cet univers grave, se trouve le rire, un rire triste et critique (évidemment), rappelant parfois les névroses d'un Woody Allen, version oliviers et playlists italo-disco.

 

Metteur en scène hors pair, oscillant toujours avec brio entre les comédies névrosées, les drames déchirants et les prises de position politiques, Nanni Moretti a tourné ses deux comédies Bianca et La messe est finie à un an d'intervalle, alors qu'il venait à peine de fêter ses trente ans. Dans ces deux films – et comme dans tous les autres –, le cinéaste intreprète lui-même le personnage principal :  dans Bianca, il revêt les traits de Michele Apicella – également son alter-ego dans ses trois premiers films, Je suis un autarcique (1976), Ecce Bombo (1978) et Sogni d'oro (1981) —, un jeune prof de maths peinant à être autoritaire et idéalisant le couple et la famille, tandis que dans La messe est finie – lauréat de l'Ours d'argent au Festival de Berlin en 1986 –, le réalistateur palmé poursuit son auto-analyse en interprétant un jeune prètre constamment confronté au dilemme et à la difficile application des principes éthiques dans la vie quotidienne. Avec ironie, Nanni Moretti filme des histoires de personnages au bord de la crise de nerfs, souvent à l'humour aigre-doux mais inspirant toujours une grande sympathie.

 

“Viva Nanni !”, un coffret composé de Bianca (1984) et de La messe est finie (1985) édité par Calotta Films. Disponible.

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    Depuis plus de vingt ans, le distributeur Carlotta Films restaure des bijoux du 7e art et les ressort en salles en versions 4K. Des longs-métrages dits “de patrimoine” (c'est-à-dire sortis il y a plus de dix ans) à retrouver sans modération dans les cinémas français, et depuis la semaine dernière, directement dans les salons, via la mise en ligne de leur plateforme de VOD.

    Si l’on connaît Miloš Forman pour sa fiction inspirée de la vie de Mozart, Amadeus (1984), pour son portrait d’un asile perturbé par un de ses pensionnaires, Jack Nicholson, dans Vol au dessus d’un nid de coucou (1975) ou pour sa comédie musicale – hommage à la communauté hippie – devenue l’une des plus célèbres du monde, Hair (1979), on ignore souvent tout de ses premiers films somptueux, restés malheureusement trop confidentiels, comme L’As de pique (1964) – s’inscrivant dans la mouvance de la Nouvelle Vague – ou Les Amours d’une blonde (1965), sublime satire sociale sur fond d’histoire d’amour en noir et blanc. Riche de plus d’une dizaine de longs-métrages, l'intégralité de la filmographie du cinéaste tchécoslovaque, décédé en 2018, mérite d’être davantage connue du grand public. En restaurant les premiers films de Miloš Forman, le distributeur spécialisé dans le cinéma de patrimoine, Carlotta Films, participe à la promotion de chefs d'oeuvres restés (malheureusement) dans les placards du 7e art.

     

    Un distributeur axé sur le cinéma de patrimoine

     

    Alors que son homogue Potemkine distribue des films récents, restaure des classiques (notamment les cinq premiers longs-métrages du Russe Andreï Tarkovsi), ressort des raretés en DVD (dont un coffret des chefs d'oeuvre du Britannique Nicolas Roeg) et les commercialise dans des boutiques physiques à Paris ou en ligne, Carlotta adopte une autre stratégie : se concentrer uniquement sur le cinéma de patrimoine (c'est-à-dire diffuser des films sortis il y a plus de dix ans), restaurer des longs-métrages pour qu'ils réapparaissent en salle, en DVD, en Blu-Ray ou même qu'ils soient retransmis dans des festivals, en vendre certains sur leur site Internet, et, depuis quelques jours, offrir à tous inconditionnels du 7e art une cinquantaine de films disponibles en streaming chaque mois sur leur plateforme de VOD.

     

     

    “Donnie Darko” © Pandora Inc

    D'Abel Ferrara à Yasujiro Ozu : une offre diversifiée et qualitative

     

    La nouvelle est tombée en fin de semaine dernière : Carlotta Films lance enfin son offre de VOD en ligne. Une aubaine pour les amoureux de cinéma en général, mais aussi pour les fétichistes de films rares, de longs-métrages confidentiels souvent diffusés uniquement dans les cinémathèques. Fondée il y a vingt-deux ans par Vincent Paul-Boncour et Jean-Pierre Gardelli, la société de distribution Carlotta Films s'apprête aujourd'hui à concurrencer les plateformes de streaming de cinéma d'auteur déjà bien établies, telles que LaCinetek ou Mubi.

     

    En proposant une liste de cinquante films par mois – composée d'une base d'œuvres permanentes et de films qui s'y ajoutent – et ce pour seulement 5€, le Vidéo Club Carlotta Films participe à la démocratisation d'un cinéma jugé (à tort) inaccessible ou trop intellectuel. Il remet donc au goût du jour les trois premiers longs-métrages de Miloš Forman (L'As de pique, Les Amours d'une blonde et Au feu, les pompiers !) ainsi que sa toute première réalisation, le moyen-métrage L'Audition (1964) dans la catégorie “réalisateur du mois”, tandis que dans la catégorie “les incontournables” figurent des chefs-d'œuvre récemment restaurés comme le Voyage à Tokyo (1953) du maître du cinéma japonais Yasujiro Ozu ou, réalisé des années plus tard et à l'autre bout du monde, King Of New York, un film de gangster signé Abel Ferrara en 1990.

     

    “Deep End” © Bavaria Films

    Du côté de la catégorie “déjà cultes”, on retrouve le Donnie Darko (2001) de Richard Kelly – qui a érigé Jake Gyllenhaal en icône du cinéma – déjà ressorti en salles en juillet dernier dans sa version director's cut grâce à Carlotta Films, mais aussi le documentaire expérimental de Jean-Luc Godard sur les Rolling Stones, Sympathy for the Devil (1968) ou même l'objet sans doute le plus farfelu du cinéma nippon, Les Funérailles des roses, extrêmement confidentiel mais ô combien jouissif puisqu'il redessine l'univers homosexuel du Japon des années 60.

     

    En plus de proposer des bijoux inconnus du grand public dans leurs versions 4K, le Vidéo Club Carlotta Films donne aussi la parole aux cinéastes, qui vantent leurs oeuvres favorites. Alors que la plateforme LaCinetek filme un artiste parlant d'un des films présent dans sa sélection du mois, le distributeur qui a ressorti le chef-d'œuvre le plus choc de Gaspar Noé, Irreversible (2002), en suivant un nouveau montage (à l'inverse de la version initiale, l'histoire est racontée suivant l'ordre chronologique des faits) offre des commentaires à nombre d'artistes sur quasiment tous les films de la sélection. En résultent des images d'Étienne Daho confessant son amour pour Deep End (1970) de Jerzy Skolimowski (“Deep End, c'est moi !”) ou encore de Bertrand Mandico, pape du cinéma queer et expérimental français contemporain, qui, en tout logique, offre une préface élogieuse aux Funérailles des roses.

     

    Pour s'abonner à l'offre de VOD de Carlotta Films, rendez-vous sur le site du Vidéo Club Carlotta Films

     

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