Penser au cinéma de Nanni Moretti, c’est vivre le deuil lié à la perte d’un enfant (La chambre du fils, Palme d’or à Cannes en 2001), voir sa mère mourir doucement (Mia Madre, 2015) ou traverser l’Italie en Vespa – avec ses névroses pour seul bagage –, et se rendre près d’Ostie, là où Pier Paolo Pasolini a été assassiné (Journal intime, prix de la mise en scène à Cannes en 1994). C’est aussi écouter du Keith Jarrett (longtemps, dans Journal intime), admirer le jeu du regretté Michel Piccoli en pape désoeuvré (Habemus Papam, 2011), s’insurger contre la politique de Silvio Berlusconi (Le Caïman, 2006) et même découvrir comment l’Italie est venue en aide aux Chiliens s’opposant à la dictature de Pinochet, au début des années 70 (Santiago, Italia, 2018). Depuis plus de vingt ans, Nanni Moretti nous embarque dans la mélancolie, la douleur et la beauté, le doute et les histoires bercées de tendresse. Mais aux prémices de cet univers grave, se trouve le rire, un rire triste et critique (évidemment), rappelant parfois les névroses d'un Woody Allen, version oliviers et playlists italo-disco.

 

Metteur en scène hors pair, oscillant toujours avec brio entre les comédies névrosées, les drames déchirants et les prises de position politiques, Nanni Moretti a tourné ses deux comédies Bianca et La messe est finie à un an d'intervalle, alors qu'il venait à peine de fêter ses trente ans. Dans ces deux films – et comme dans tous les autres –, le cinéaste intreprète lui-même le personnage principal :  dans Bianca, il revêt les traits de Michele Apicella – également son alter-ego dans ses trois premiers films, Je suis un autarcique (1976), Ecce Bombo (1978) et Sogni d'oro (1981) —, un jeune prof de maths peinant à être autoritaire et idéalisant le couple et la famille, tandis que dans La messe est finie – lauréat de l'Ours d'argent au Festival de Berlin en 1986 –, le réalistateur palmé poursuit son auto-analyse en interprétant un jeune prètre constamment confronté au dilemme et à la difficile application des principes éthiques dans la vie quotidienne. Avec ironie, Nanni Moretti filme des histoires de personnages au bord de la crise de nerfs, souvent à l'humour aigre-doux mais inspirant toujours une grande sympathie.

 

“Viva Nanni !”, un coffret composé de Bianca (1984) et de La messe est finie (1985) édité par Calotta Films. Disponible.