Le 2 mars dernier, le monde de l’art pleurait la perte d’Ulay. Pionnier du body art et célèbre pour ses œuvres performatives en tandem avec son ex-compagne Marina Abramović, l’Allemand disparaissait à l’âge de 76 ans des suites d’un cancer. L’amour que se portaient mutuellement les deux artistes fut maintes et maintes fois illustrés par des performances de l’extrême. En 1977, Light/Dark les plaçaient en face à face, s’échangeant gifle sur gifle avec une cadence quasi militaire, tandis que The Other: Rest Energy, présentée en 1980, mettait leurs deux corps en tension : Ulay tenait un arc armé dont la flèche pointait vers le cœur de Marina Abramović tandis qu’un micro enregistrait les battements de leur cœur.

 

Plus récemment, en 2010, Frank Uwe Laysiepen – de son vrai nom –, se rendait au MoMA de New York où Marina Abramović donnait une nouvelle performance intitulée The Artist is Present. Deux chaises en bois séparées d’une table étaient installées en face à face, l’une pour l’artiste serbe, l’autre pour les participants. Ceux-ci s'y succédaient pour un échange, fixant l'artiste les yeux dans les yeux en silence. Parmi ces visiteurs se cachait Ulay, que son ex-compagne n’avait plus vu depuis leur dernière performance, sur la Grande Muraille de Chine, vingt ans plus tôt. Leurs retrouvailles émouvantes, sans un mot, ne passèrent pas inaperçues et furent même filmées puis publiées sur Youtube.

 

À travers le magazine Artforum, l’artiste serbe, discrète et très peu présente sur Internet, a souhaité rendre public un dernier hommage à son ancien compagnon : “Nous avons passé de nombreuses années dans une vieille camionnette Citroën avec notre chien, Alba, à parcourir l'Europe d’une performance à l'autre. En me remémorant ce temps-là, je pense à la liberté totale que nous avions. Ce furent quelques-unes des années les plus heureuses de ma vie”. Dans un texte dune grande intimité, Marina Abramović évoque les hauts et les bas de leur relation, jusqu’à la célèbre rupture symbolisant par leur marche commune sur la Grande Muraille de Chine en 1988. Elle fait part notamment du manifeste ART VITAL, qui synthétise les valeurs partagées du couple dans leur art, comme le mouvement permanent ou l’absence de répétitions. 

 

Retrouvez le texte complet de Marina Abramović sur Artforum.