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Les confessions d’Anaïde Rozam, nouvelle star déjantée du cinéma français
Après nous avoir fait rire avec ses vidéos décalées postées sur Instagram et son apparition dans l’émission LOL : qui rit, sort !, l’actrice Anaïde Rozam impressionnait, en 2024 dans l’une des séries les plus passionnantes de l’année : Culte. Diffusé d’abord sur Amazon Prime Video, le programme raconte la naissance du show mythique et scandaleux Loft Story et les débuts, chaotiques, de la télé-réalité en France. Anaïde Rozam y incarne avec brio la frondeuse et arriviste Isabelle de Rochechouart… Un personnage inspiré de la redoutable productrice Alexia Laroche-Joubert. Alors qu’elle est à l’affiche du long-métrage Bagarre aux côtés de Nassim Lyes ce mercredi 15 avril 2026, retour sur une rencontre avec une comédienne à suivre de près.
propos recueillis par Violaine Schütz.
Publié le 16 mai 2025. Modifié le 15 avril 2026.

À 29 ans, Anaïde Rozam fait figure de star montante du cinéma français et en particulier, des comédies hexagonales. Elle sera d’ailleurs à l’affiche de plusieurs films en 2026 : Baise-en-ville et Camembert, avec Kristin Scott Thomas, Alex Lutz et Pascale Arbillot.
Née de parents chef comptable dans une association et pédopsychiatre spécialisé dans l’autisme et co-créateur du magazine Le Papotin, elle est aussi la nièce de l’excellent acteur Roschdy Zem. Pour autant, elle s’est taillée son chemin seule dans le septième art et l’univers des séries.
Après des cours de théâtre et des études de psychologie, c’est sur Instagram qu’on la découvre en 2019, au sein de petites vidéos humoristiques irrésistibles. Des formats qui lui permettent d’être remarquée par une certaine Leïla Bekhti qui la présente à son agent… Depuis, elle a explosé dans la géniale série Culte (2024). Alors qu’elle est à l’affiche du film Bagarre, avec Nassim Lyes, Ramzy Bedia et Audrey Lamy, au cinéma ce mercredi 15 avril 2026, Numéro revient sur une rencontre avec une comédienne à suivre de près…
L’interview d’Anaïde Rozam, révélation de la série Culte
Numéro : Vous étiez récemment à l’affiche du film Baise-en-ville aux côtés d’Emmanuelle Bercot et William Lebghil… Un projet qui a été présenté au Festival de Cannes…
Anaïde Rozam : Oui, Baise-en-ville est le second long-métrage de l’acteur et réalisateur Martin Jauvat (Grand Paris, Le sang de la veine). Le film parle d’un jeune adulte qui revient chez ses parents après une rupture amoureuse pour trouver du travail. Je trouve Martin extrêmement talentueux et je pense qu’il va s’inscrire dans la lignée des réalisateurs qui proposent un cinéma différent avec un univers et des personnages qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, à la manière de Quentin Dupieux ou Riad Sattouf. Je suis sûre que dans quelques années, on pourra dire : “Ça me fait penser à du Jauvat !”.
C’est un univers assez déjanté…
Tout me parle dans les films de Martin (Jauvat, ndlr). Le scénario, les dialogues, la richesse de l’écriture des personnages. Là ce qui est super, c’est qu’il a écrit le rôle pour moi, ce qui est rare pour une jeune comédienne. Les dialogues sont sur-mesure, l’humour aussi. Et puis l’ambiance des tournages de Martin, c’est quelque chose aussi. On se connaît tous depuis plusieurs années. En effet, j’ai commencé à jouer avec lui dans un court métrage en 2019 nommé Le sang de la veine. Je crois que c’est la sixième fois que nous travaillons ensemble avec Martin. C’est devenu un ami, donc nous avons donc une facilité et une complicité dans le travail qui me sont précieuses.
“Dans la série Iris, je joue une jeune femme kardashionesque et carriériste.” Anaïde Rozam
En avril, vous êtes à l’affiche du film Bagarre. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce projet ?
Bagarre sort au cinéma le 15 avril 2026. Je ne sais pas si j’ai le droit de le pitcher, mais en tout cas, c’est une comédie déjantée qui mêle bagarre et humour à la marseillaise et à la En passant pécho (un film mettant e scène Nassim Lyes). À l’image des personnages de Julien Royal (le réalisateur), je joue une fille un peu tarée, mais très touchante, pleine de nuances.
Vous étiez il y a peu dans la série Iris, réalisée par Doria Tillier,diffusée sur Canal+… Comment décririez-vous votre rôle dans ce show ?
Iris met en scène le personnage d’Iris (Doria Tillier), une jeune femme qui se questionne sur les conventions sociales qui parfois “étriquent” nos façons de penser. Et moi, je joue Daphné, la cousine et colocataire d’Iris, une jeune femme kardashionesque et carriériste.

Qu’est-ce qui vous a plu dans la série Culte qui évoque les débuts de la télé-réalité en France en nous plongeant dans les coulisses de l’émission Loft Story ?
J’ai toujours aimé les films ou les séries sur les coulisses, les “behind the scenes”, comme The Morning Show par exemple. Et je trouve ça très excitant de voir celles d’un événement aussi marquant que l’émission Loft Story. Mais c’est aussi et surtout l’écriture des scénaristes Nicolas Slomka et Matthieu Rumani qui fait de cette série un thriller médiatique haletant, avec une urgence omniprésente et des personnages riches et très bien développés.
Votre personnage est inspiré de la productrice Alexia Laroche-Joubert. Comment l’avez-vous construit ?
Dès que j’ai reçu le scénario, sans même savoir qui était Alexia Laroche-Joubert, j’ai été complètement happée par le personnage d’Isabelle. J’ai regardé toutes les interviews que j’ai pu trouver d’elle sur Internet et je suis arrivée au casting avec la même coupe qu’Alexia pour mettre toutes les chances de mon côté. J’ai aussi fait tout un travail sportif avec un coach, non pas pour me rapprocher de sa morphologie, mais pour avoir le corps tonique. C’est une femme déterminée, qui fonce sans se poser de question. J’avais donc besoin que mon corps suive car j’ai tendance à être un peu nonchalante.
C’est une femme qui se montre assez ambitieuse, voire arriviste et s’impose dans un monde d’hommes…
C’est une femme qui ne se pose pas de questions sur son genre et sur le genre des autres.

“J’ai tendance à douter et à “voir pour y croire”. Anaïde Rozam
Avez-vous des points communs avec le personnage d’Isabelle de Rochechouart ?
Je suis très différente d’Isabelle. J’ai tendance à douter et à « voir pour y croire”. Contrairement à ce personnage, qui croit au concept de l’émission et à sa propre réussite alors que tout le monde la rabaisse. Son énergie m’a beaucoup portée et je dirai que je ressors de ce tournage peut-être un peu plus forte qu’avant.
Quel regard portez-vous sur la télé-réalité ?
Je n’en regarde pas vraiment, mais en me plongeant dans le Loft, je me suis rendu compte que les émissions de télé-réalité d’aujourd’hui étaient très différentes de Loft Story. On a affaire, aujourd’hui, à beaucoup de disputes, de recherches de buzz et de candidats peu variés dont c’est le métier. Il y avait une sorte d’authenticité et d’innocence dans Loft Story due à la nouveauté du concept en France.
Que saviez-vous du Loft avant de rejoindre l’aventure Culte ?
Pas grand-chose. Je voyais à peu près qui était Loana mais je n’aurais pas pu dire si elle faisait partie du Loft 1 ou du Loft 2. J’avais 4 ans en 2001.

“J’ai été longtemps complexée par mon corps, par ma poitrine, et j’arrive à m’affirmer un peu plus chaque jour.” Anaïde Rozam
Vous avez fait des études de psychologie. Et dans la série, vous parlez du Loft comme d’un feuilleton sociologique. Comment expliquez-vous l’engouement de la France pour cette émission ?
Je pense que l’émission a autant marché parce qu’elle fait appel à une curiosité exacerbée. Il s’agit de regarder les gens par le trou de la serrure et de les observer dans un huis clos. Toutes les mœurs et conventions sociales font alors place à la vraie nature des participants bien plus rapidement que dans la vie normale.
Dans la série, vous portez des vêtements très années 2000. Est-ce une époque que vous aimez et qui vous inspire ?
Oui, c’est une époque qui me rend assez nostalgique. Beaucoup d’objets disparaissent avec les nouvelles technologies comme les cassettes, les CD, les DVD… Je trouve ça fou de me dire qu’avant, j’allais au vidéo-club avec ma mère pour louer un film et qu’on a maintenant accès à tous les films du monde sans bouger de son canapé.

On vous a aperçue récemment à de nombreux événements mode. Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ?
Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour, mais elle occupe une place de plus en plus importante dans ma vie. J’ai été longtemps complexée par mon corps, par ma poitrine, et j’arrive à m’affirmer un peu plus chaque jour. La mode me permet de jouer avec mon image, et c’est un exercice qui me plait de plus en plus.
Vous avez débuté sur Instagram, en postant des vidéos humoristiques. Mais vous semblez aller vers des rôles plus dramatiques…
Ce n’est pas vraiment calculé. J’ai envie de jouer dans des films qui sont à l’image de ce que je regarde en tant que spectatrice, c’est-à-dire des films qui me touchent, me font rire, pleurer, me questionner… Je n’ai pas un genre de film favori et j’espère, donc, avoir la possibilité de faire des choix diversifiés.
“J’ai une relation plus distancée qu’avant avec les réseaux.” Anaïde Rozam
Vous êtes devenue célèbre grâce aux réseaux sociaux. Quel est aujourd’hui, votre relation avec les réseaux ?
J’ai une relation plus distancée qu’avant avec les réseaux, en lien avec une exposition un peu plus grande qu’il y a quelques années. Avant, je montrais mon appartement, ma mère, etc. Aujourd’hui ça me paraît fou de faire ça (je parle pour moi). J’ai besoin et envie de me protéger. Je vois Instagram comme un terrain de jeu toujours humoristique, j’aime partager des stories ou des posts drôles de temps en temps, mais j’essaie d’y attacher moins d’importance.
Que représente dans votre carrière le fait d’avoir tourné pour Jacques Audiard, dans le film Les Olympiades (2021) ?
Ça me touche beaucoup car c’était mon premier long-métrage (l’actrice a ensuite joué dans le film Les Miens de Roschdy Zem, qui n’est autre que son oncle, dans La Cour des miracles de Rachida Brakni, Magnificat, Un coup de maître et Zénithal, ndlr). L’histoire est d’ailleurs amusante, car je devais à la base faire de la figuration. La directrice de casting, Christel Baras, m’a ensuite rappelée pour une scène, puis une deuxième… Et j’ai fini avec trois scènes dans ce film.
“Je veux jouer des personnages hauts en couleur, des femmes inspirantes, drôles, méchantes, folles, grandes.” Anaïde Rozam
En règle générale, comment choisissez-vous vos rôles ?
Je choisis en fonction du scénario, de son histoire, mais aussi et surtout des dialogues. Il y a des films dont l’histoire est passionnante et dont les répliques sont compliquées à dire. Or, je pense que si une réplique est mal écrite, le comédien jouera mal, aussi talentueux soit-il. J’ai aussi le souhait de jouer des personnages hauts en couleur, des femmes inspirantes, drôles, méchantes, folles, grandes.
Avec quels acteurs et réalisateurs rêveriez-vous de tourner ?
Mon rêve ultime, ce serait de travailler avec le réalisateur grec Yórgos Lánthimos. En France, je suis fan des films d’Hafsia Herzi, d’Emmanuelle Bercot et de Coralie Fargeat.
“Quand ma mère est arrivée en France, elle a grandi avec l’idée qu’il fallait s’intégrer.” Anaïde Rozam
Est-ce vrai que Leïla Bekhti a joué les bonnes fées en découvrant vos vidéos sur Instagram ?
Elle a été merveilleuse avec moi, car d’une simplicité et d’une générosité folle. Elle m’a envoyé un message sur Instagram en me disant : “Coucou, j’adore tes vidéos, t’as un agent ?”. J’ai répondu que non et la semaine d’après, j’avais rendez-vous avec Emmanuelle Ramade de l’agence Adéquat. Cela fait maintenant quatre ans que je suis avec Emmanuelle et ça se passe magnifiquement bien.
Récemment, vous confiez à L’Orient-Le Jour : “Je suis de cette génération qui veut réapprendre son arabité perdue.” Pourriez-vous nous en dire plus sur le sujet ?
J’ai un amour pour la transmission depuis toujours et il est vrai que je suis assez frustrée de ne pas pouvoir transmettre mon lien au Maroc à mes enfants (que je n’ai pas encore) parce que je sais pas parler arabe par exemple, ou parce que je ne connais pas bien les traditions. Quand ma mère est arrivée en France bébé, elle a grandi avec l’idée qu’il fallait s’intégrer. Moi, je grandis avec cette idée de me rapprocher du pays quitté par mes grands-parents. Je suis très attachée au lien transgénérationnel.
Bagarre (2026) de Julien Royal, actuellement au cinéma.