30 déc 2025

Qui est Asphalt, future sensation de la pop française ?

Entre l’intensité du rock et la mélancolie d’une certaine pop française, Asphalt a choisi de ne pas trancher, et de rester bien ancré dans ses propres désirs, comme rivé au bitume, pour éviter de se perdre dans les exigences folles de notre époque. Alors qu’il y a quelques mois, il sortait le single Minotaure, une production pop lumineuse derrière laquelle se cachait un texte sombre, rencontre avec un artiste à suivre…

  • portrait par Laura Sciacovelli , 

    par Nathan Merchadier.

  • Asphalt, un talent brut courtisé par la mode

    On pourrait se contenter de dire qu’il est le fils de Chiara Mastroianni et le petit-fils de Catherine Deneuve, mais Milo Thoretton, alias Asphalt, refuse de se laisser enfermer dans un arbre généalogique trop chargé en icônes. À 28 ans, il préfère affirmer ses obsessions, quitte à cultiver ce paradoxe d’être à la fois sûr de lui et pas totalement légitime. “Pendant longtemps, j’ai eu l’impression d’être ce mec qui fait sa musique dans son coin, mais en même temps, je suis très fier de ce que je fais.” Asphalt avance donc avec ses doutes et quelques coups d’éclat, exactement ce qui rend sa musique attachante.

    Les marques ne s’y sont pas trompées : Celine, Dior ou Courrèges l’ont déjà fait poser, tout comme la photographe Ellen von Unwerth, ou encore Laura Sciacovelli, qui, pour Numéro Homme, l’a immortalisé dans la série mode “Noces blanches”. Mais cette reconnaissance esthétique ne l’a pas détourné de son véritable terrain de jeu : la musique.

    En mars 2025, son troisième EP, Cocktail Exil, en donnait une version condensée. Dans Émergée, il apparaît avec sa demi-sœur Anna Biolay dans un clip bricolé mettant en scène un concert minuscule, presque raté, mais porté par une fierté démesurée. Déjà, on y lisait la tension qui structure sa trajectoire avec la certitude que, quoi qu’il arrive, ça finirait par compter.

    Asphalt – Lame de fond (2025).

    En musique comme en images, tout doit raconter quelque chose.” – Asphalt.

    Lucide sur sa génération, dans Lame de fond (l’un de ses derniers titres, coécrit avec Benjamin Biolay), il chante : “J’veux l’temps de rater ma vie.” À l’heure où tout doit être optimisé, il revendique le droit de se planter, d’hésiter, de “rester bloqué”. Amoureux des “punchlines poétiques” il navigue ainsi entre l’héritage d’Alain Bashung et l’énergie du rap. Ses influences sont également à son image: paradoxales. Avec Gorillaz comme socle, Ozzy Osbourne en idole et les groupes de hair metal outrageusement maquillés qu’il cite avec sérieux. Sa musique pourrait alors se définir ainsi : brute, nerveuse et fragile.

    Car Asphalt ne parodie pas les années 80, il leur emprunte leur intensité pour l’injecter dans une pop française qui refuse de choisir entre énergie rock et mélancolie post-adolescente. Le cinéma, qu’il a étudié à la fac, infuse aussi dans ses chansons. Chaque titre, chaque clip doit signifier quelque chose, au risque de ressembler à un carnet de notes griffonné dans l’urgence. “En musique comme en images, tout doit raconter quelque chose”, souligne-t-il.

    Un album attendu pour 2026

    Le 24 octobre 2025, Asphalt revient avec Minotaure, premier extrait d’un nouvel opus attendu en 2026. Derrière une production pop lumineuse se cache un texte sombre, où le Minotaure devient métaphore d’un démon intérieur : “C’est le monstre qui revient toujours mettre en péril mes relations. J’avais envie de transformer ce poids en image forte, presque mythologique.”

    Avec sa gueule d’ange et ses textes à fleur de peau, Asphalt incarne cette génération d’artistes qui brouillent les frontières entre rock, chanson et pop moderne. Et si son nom évoque le bitume, lui y voit surtout “la promesse d’une route au loin, cette ligne que l’on poursuit sans jamais savoir où elle mène”. Une trajectoire qui ne fait que commencer, mais qui s’annonce déjà prometteuse.

    Minotaure (2025) de Asphalt, disponible.