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Rencontre avec Melanie C, l’ex-Spice Girl qui a su rester cool
On a connu Melanie C en Sporty Spice, icône LGBT des nineties au sein du girl band phénomène, les Spice Girls. Plus de vingt ans et 105 millions de disques vendus plus tard, Melanie Chisholm (de son vrai nom), revient avec un neuvième album solo, Sweat, placé sous le signe du dancefloor et de l’hédonisme. Retour notre rencontre.
propos recueillis par Violaine Schütz.
Publié le 11 septembre 2020. Modifié le 1 mai 2026.

L’interview de la chanteuse et ex-Spice Girls Melanie C
Numéro : Sur votre single Who I Am, vous prétendez “être enfin vous-même”, tout en précisant que ce que l’on percevait de vous jusqu’alors n’était pas vraiment la réalité. Sporty Spice est-elle si différente de Melanie C ?
Melanie C : Il est difficile de savoir ce que les autres pensent de vous. Quand j’évoluais avec les Spice Girls, j’avais l’impression d’être vue comme dure et franche alors que j’étais plutôt douce, polie et calme. Les médias, les tabloïds surtout, peuvent se montrer très cruels envers vous. C’était pire dans les années 90. Aujourd’hui, c’est un peu différent, car tout le monde peut faire entendre sa voix sur les réseaux sociaux. Et ça fait partie de la nature humaine de graviter autour des mauvaises choses qu’on entend sur nous, tout en oubliant les bonnes. Je voudrais que les gens prennent confiance en eux en écoutant ce disque.
En 2019, vous êtes montée sur scène avec les Spice Girls pour une tournée des stades. Comment avez-vous vécu ce moment ?
J’ai adoré jouer devant des gens qui venaient de partout. La plupart étaient des femmes, des trentenaires, mais aussi des plus jeunes, et beaucoup de personnes issues de la communauté LGBT. On a réalisé l’impact que l’on avait eu sur nos fans. Beaucoup d’amour et d’énergie.
“Toutes mes copines s’habillent aujourd’hui de la même manière que je m’habillais dans les années 90.” Melanie C
Vous avez été, avant l’avènement du streetwear de luxe, une des premières à arborer ce look, comment vivez-vous le fait que ce look soit maintenant partout ?
Toutes mes copines s’habillent aujourd’hui de la même manière que je m’habillais dans les années 90. C’est drôle. Ma fille peut leur dire : “Ma mère a créé ce look” [rires]. J’ai grandi dans la classe ouvrière du nord de l’Angleterre et tout le monde s’habillait comme ça, avec des joggings Adidas. C’est fou de voir qu’aujourd’hui, l’athleisure est devenu un phénomène, notamment sur les podiums. Pour les Brit Awards, en février dernier, je remettais un prix à Billie Eilish et pour l’occasion, il me fallait une tenue de soirée. Je portais une robe noire Fila, qui ressemblait à une pièce très onéreuse et chic. Mais elle comportait de petits détails sportswear comme une corde autour de la taille tout en ayant l’air féminine. Dans la vidéo du single In And Out Of Love, je porte aussi un mélange de vêtements aux détails sophistiqués avec des éléments plus streetwear. Ce sont des petits hommages à Sporty Spice.
“Être DJ a changé ma façon de voir la musique, d’en écouter et d’en faire.” Melanie C
Peut-on dire de votre musique qu’elle est pleine de contrastes ?
Tout à fait. Je veux produire des albums que les gens peuvent apprécier aussi bien en club que chez eux. J’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de musiciens issus d’univers radicalement différents (Lisa Lopes de TLC, Bryan Adams, Robbie Williams et Paul McCartney au sein du supergroupe The Justice Collective). Je me considère comme une artiste pop, mais j’adore pourtant la dance music, la house, l’électro des années 90 et le disco. J’apprécie notamment ceux que font Mark Ronson, Christine and the Queens, Robyn, Charli xcx et Billie Eilish [Billie Eilish est une grande fan des Spice Girls]. Être DJ a aussi changé ma façon de voir la musique, d’en écouter et d’en faire.
Comment votre pratique de DJ a-t-elle influencé vos productions ?
Lorsque vous chantez sur scène, vous avez une relation particulière avec le public. Mais en tant que DJ, vous passez des disques et vous voyez les gens réagir en fonction de la musique, vous nouez donc un autre rapport avec le dancefloor. Mon premier DJ set s’est d’ailleurs déroulé en France, au Badaboum, à Paris, pour une marque de lingerie J’avais joué des titres des années 90, signés Nirvana, Daft Punk, The Cardigans, Oasis, Blur mais aussi de la house. J’étais tellement pétrifiée avant de commencer… Mais ça s’est finalement bien passé (rires). Une nouvelle carrière commençait.

“C’est important à mes yeux de me servir de mon audience pour parler de la communauté LGBT qui m’a tant apportée.” Melanie C
Vous êtes très proche du collectif de drag queens anglais Sink The Pink avec lequel vous avez tourné et réalisé le clip de votre single High Heels. Lors d’un live à la Brighton Pride, vous arboriez aussi le drapeau trans. Comment avez-vous transformé le “girl power” en “people power” ?
Le morceau High Heels est inspiré par l’énergie que j’ai ressenti en allant aux soirées de Sink The Pink. Un nouveau départ pour moi. Je ne suis jamais vue comme une personnalité “politique” mais en tant qu’artiste, j’ai une certaine audience. Et c’était important à mes yeux de m’en servir pour parler de la communauté LGBT qui m’a tant apportée. On a souvent peur de ce qu’on ne connaît pas, de ce qu’on ne comprend pas. L’éducation joue un rôle clé. C’est pour ça que la visibilité que la communauté LGBT a gagné ces dernières années est essentielle. Tout le monde a le droit d’être qui il est et ne devrait pas avoir à se cacher ou à se conformer à un moule. Je suis fière d’être une alliée de cette communauté.
Comment avez-vous vécu le fait de faire la promotion de votre précédent disque très dansant, Melanie C, alors que les salles de concerts et les clubs étaient fermés ?
On était tous dans le même bateau, ce n’était pas facile. Dans un sens, le confinement et ce qui l’a suivi a été plutôt positif, car cela nous a forcés à être plus créatif. Je suis restée connectée aux autres en parlant aux fans dans le monde entier. J’utilisais les réseaux sociaux comme jamais pour promouvoir ma musique, performer, faire des sessions d’interviews. Mais les gens me manquaient… J’avais hâte de ressentir cette fameuse énergie, d’être entourée et de remonter sur scène.
Sweat de Melanie C, disponible le 1er mai 2026.