6 juil 2026

Les albums à écouter l’été : Norman Fucking Rockwell! de Lana Del Rey

Il existe des albums qui accompagnent une saison, et d’autres qui finissent par l’incarner. Sorti en 2019, Norman Fucking Rockwell! de Lana Del Rey est de ceux-là. Entre ballades vaporeuses, guitares baignées de soleil et mélancolie hollywoodienne, la chanteuse compose la bande-son idéale des longues fins d’après-midi d’été. Une œuvre magistrale, coproduite par Jack Antonoff.

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 30 août 2019. Modifié le 6 juillet 2026.

    Lana Del Rey – Norman Fucking Rockwell (2019).

    Norman Fucking Rockwell! ou la Californie fantasmée

    Il y a sept ans, la chanteuse américaine aux airs de pin-up épinglait un nouveau disque à son tableau de chasse. Norman Fucking Rockwell  ! (2019), le sixième album puissamment intime de Lana Del Rey, incarne, comme souvent chez elle, une certaine Amérique. Ce dernier aurait même pu emprunter son titre à un film de Quentin Tarantino, Once Upon a Time… in Hollywood (Il était une fois à Hollywood). La star à l’eye-liner sixties sait mieux que personne nous replonger dans une pop comme on en faisait en Californie, au temps des Beach Boys et des surf records. Un disque qui aurait pu sortir avant l’assassinat de Sharon Tate, quand on laissait ses maisons ouvertes et qu’on conduisait des bagnoles à toits ouvrants, les cheveux au vent.

    Mais si le soleil berce les ballades de Lana Del Rey, l’icône ne se départit jamais de sa mélancolie, ni de sa nostalgie. Le doux-amer est devenu sa marque de fabrique, tout comme ses cheveux hollywoodiens et ses micro-shorts. Car la diva le sait : cette Amérique de starlettes et de losers majestueux qu’elle chante si bien n’existe plus. Et la chanteuse susurre ses refrains avec des tremolos dans la voix telle une Cat Power – sa grande amie – mainstream. Parmi les flammes du déclin, elle s’impose en guide inespéré : “You lose your way, just take my hand”, chante-t-elle sur Mariners Apartment Complex. Et évidemment, on suit cette ensorceleuse sans sourciller.

    Lana Del Rey – Doin’ Time (2019)

    Un album estival signé Lana Del Rey

    À l’heure où le streaming et Internet n’étaient que chimères, quand on achetait un disque, chaque détail de la pochette ressemblait à une porte ouverte pour partir à la conquête de l’univers de l’artiste. Norman Fucking Rockwell ! est de cette trempe. Lana Del Rey a laissé à l’auditeur des clés à découvrir au fil des écoutes, distillant les indices et références à la pop culture au compte-goutte.

    En bonne fan de David Lynch, l’artiste aime brouiller les pistes. Il y a d’abord ce titre qui fait référence à un artiste : Norman Rockwell, peintre américain qui caricaturait l’american way of life. Puis, on se penche sur cette étrange pochette où elle pose à côté de Duke Nicholson, le petit-fils de Jack Nicholson, sur un bateau, avec un décor californien rongé, au loin, par le feu.

    Jack Nicholson était le héros de Shining et d’Easy Driver : soit le visage le plus noir des déviances de l’Amérique. Lana Del Rey en profite aussi pour régler – dans ses paroles – ses comptes avec Kanye West et évoquer Sylvia Plath et Life On Mars de David Bowie. Ce n’est pas juste une chanson, dit-elle de cette dernière. S’agit-il d’un commentaire sur notre monde devenu aussi irréel que la planète mars ?

    L’icône de la pop glamour s’empare d’une esthétique folk dépouillée

    On a beaucoup reproché à Lana Del Rey, quand elle est apparue en 2011 dans le clip éthéré de Video Games, d’être une créature retouchée et factice, à la limite du cliché et trop formatée. Des lèvres gonflées, des robes de poupée et des minauderies vintage qui appartiennent, l’année de la sortie du disque, désormais (en grande partie) au passé. Il suffit d’écouter l’un des plus beaux morceaux de l’opus, Love Song, pour se rendre compte que la Lana Del Rey de 2019 est du genre folk dépouillé plus que glam pop.

    Avec l’aide de Jack Antonoff (qui a travaillé avec Taylor Swift, Lorde et Sabrina Carpenter) à la production, la star a gardé son aura poétique et sexy, mais s’est débarrassée de ses coquetteries. Guitare, piano, voix, histoires d’amours contrariées et désarroi politique : le terreau est aussi simple qu’hypnotique. Mais la chanteuse s’est aussi délestée de tout stéréotype. Pas de tubes évidents, ni de clips à rallonge façon films… Et surtout, qui peut encore, dans la pop d’aujourd’hui, – et à son niveau – se targuer d’un morceau psyché de presque dix minutes comme le sublime Venice Bitch ? À part Lana Fucking Del Rey ?

    Norman Fucking Rockwell! (2019) de Lana Del Rey, disponible.