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3 choses à savoir sur Peter Jackson, Palme d’or d’honneur à Cannes
Après Agnès Varda, Jodie Foster, Meryl Streep et Robert De Niro l’an dernier, le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson recevra une Palme d’or d’honneur des mains de l’acteur Elijah Wood, lors de la cérémonie d’ouverture du 79e Festival de Cannes, le 12 mai 2026. Portrait en trois temps d’un réalisateur qui a transformé la manière de fabriquer des images et de raconter des histoires.
par La rédaction.
Publié le 31 mars 2026. Modifié le 12 mai 2026.
Peter Jackson, le roi du gore artisanal
Avant de donner vie à Frodon et Gollum, Peter Jackson s’est imposé dans le cinéma de genre. Né en 1961 à Pukerua Bay, près de Wellington, en Nouvelle-Zélande, il tourne ses premiers essais dès l’adolescence, à l’aide d’une caméra Super 8. Son premier long-métrage, Bad Taste (1987), comédie horrifique tournée avec un budget dérisoire sur quatre ans avec ses amis, lui ouvre les portes du Marché du Film de Cannes dès 1988.
Sorti en 1992, Braindead confirme le talent brut d’un réalisateur iconoclaste, tandis qu’il remporte le Grand Prix du Festival d’Avoriaz. Puis vient Créatures célestes (1994), drame criminel inspiré d’un fait divers néo-zélandais, qui révèle une puissance narrative inattendue et lance la carrière d’une jeune Kate Winslet dans l’un de ses premiers rôles.
Le film est nommé à l’Oscar du meilleur scénario original. Suite à cette reconnaissance, Universal lui propose en 1996, un remake de King Kong. Si le projet sera finalement abandonné, c’est au profit d’un autre alors réputé impossible : adapter l’œuvre littéraire de J.R.R. Tolkien.
Tournés simultanément en Nouvelle-Zélande, les trois films – La Communauté de l’Anneau (2001), Les Deux Tours (2002) et Le Retour du roi (2003) –, co-écrits avec sa compagne Fran Walsh et Philippa Boyens, récolteront finalement dix-sept Oscars. Le dernier volet en remportera à lui seul onze, égalant ainsi le record détenu par Ben-Hur (1959) et Titanic (1997), tandis que l’ensemble de la trilogie dépassera les trois milliards de dollars de recettes dans le monde.

Un conteur visionnaire
Mais ce que vient saluer la Palme d’or d’honneur du Festival de Cannes 2026, qui lui sera remise par l’acteur et producteur Elijah Wood (qu’il a dirigé à plusieurs reprises), dépasse largement le seul palmarès ou les performances au box-office. En effet, en près de 40 ans de carrière, Peter Jackson a su réconcilier des ambitions que l’industrie tend souvent à opposer. On pense notamment à la fidélité aux œuvres sources et l’audace visuelle, mais aussi le souffle du grand spectacle et un sens aigu du détail intime. Et cette exigence artistique s’incarne aussi dans une volonté d’indépendance technique et créative.
Dès 1993, il fonde la société Weta Digital et Weta Workshop, avec la volonté affirmée de s’affranchir de la dépendance aux grands studios hollywoodiens en matière d’effets spéciaux. La création de Gollum, grâce à la capture de mouvement et à la performance physique d’Andy Serkis, marque un tournant décisif dans la conception des personnages numériques. D’ailleurs cette innovation va influencer en profondeur le cinéma contemporain. Ainsi les films Avatar (2009) de James Cameron, La Planète des singes : Les Origines (2011) ou encore Mowgli : La Légende de la jungle (2018) en portent l’empreinte, bénéficiant du savoir-faire développé par Weta.
Enfin en 2005, Peter Jackson concrétise enfin un rêve d’enfance avec King Kong, remake du classique de 1933 qui avait suscité sa vocation dès l’âge de huit ans. Comme le résume Thierry Frémaux, directeur délégué du festival de Cannes, dans le communiqué officiel : “Il y a clairement un avant et un après Peter Jackson”.
Un lien ancien et singulier avec la Croisette
Si Peter Jackson n’a jamais présenté de film en compétition officielle à Cannes, le festival a pourtant joué un rôle charnière dans sa carrière. Ainsi, le 13 mai 2001, lors de la 54e édition, il y projette vingt-six minutes d’images encore en montage de La Communauté de l’Anneau, sept mois avant la sortie en salles.
Pour rappel, à l’époque, beaucoup jugeaient insensé de porter à l’écran l’œuvre de J. R. R. Tolkien, a fortiori sous la direction d’un réalisateur encore inconnu du grand public. La projection provoque pourtant un enthousiasme immédiat tandis que le mythe commence ce soir-là. Il continuera de s’écrire durant 13 ans, tandis qu’une seconde saga adaptée de Tolkien verra le jour au cinéma. D’abord en 2012 avec Le Hobbit : Un voyage inattendu, puis l’année suivante avec Le Hobbit : La Désolation de Smaug et enfin, en 2014 avec Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées.
Profondément marqué par la disparition en 2015 de son chef opérateur Andrew Lesnie, fidèle collaborateur depuis Créatures célestes (1994), Jackson s’est par ailleurs éloigné de la fiction pour se consacrer au documentaire. Pour les soldats tombés (2018) restaure et colorise des archives de la Première Guerre mondiale avec une précision inédite. Les Beatles: Get Back (2021), série documentaire de près de huit heures, plonge dans les sessions d’enregistrement de l’album Let It Be à partir de soixante heures de rushes inédits tournés en 1969.
C’est finalement cette trajectoire singulière, entre révolution technique, ambition narrative et explorations documentaires, que le Festival de Cannes vient aujourd’hui couronner en lui décernant une Palme d’or d’honneur. Rendez-vous le 12 mai prochain pour découvrir la cérémonie d’ouverture.