10 mars 2026

Les confessions de Laetitia Casta, star du film Le Crime du 3e étage

Dans la comédie policière Le Crime du 3e étage, qui sort au cinéma ce mercredi 11 mars 2026, la sublime et talentueuse mannequin et comédienne Laetitia Casta joue Colette, une professeure de cinéma fantasque spécialisée dans l’œuvre d’Hitchcock qui soupçonne son voisin d’en face d’avoir tué sa femme et commence à mener l’enquête aux côtés de son mari écrivain (incarné par Gilles Lellouche). Rencontre avec une artiste solaire qui a autant séduit la mode que le septième art.

  • propos recueillis par Violaine Schütz.

  • L’interview de Laetitia Casta, star du film Le Crime du 3e étage

    Numéro : Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans Le Crime du 3e étage ?

    Laetitia Casta : Plein de choses. D’abord, j’aime beaucoup l’univers du réalisateur Rémi Bezançon (Le premier jour du reste de ta vie, Le Mystère Henri Pick). En fait, je suis arrivée un petit peu à la dernière minute sur ce projet. On m’a demandé de le lire le script très rapidement, parce qu’ils avaient besoin de savoir assez vite si j’étais partante. Et j’ai adoré le scénario. Je l’ai lu comme une spectatrice et non comme une actrice qui se projette dans un rôle. Je suis vraiment entrée dans l’histoire et toutes les références au cinéma, notamment à Woody Allen, Philippe de Broca (L’Homme de Rio) et Jean-Paul Rappeneau (Le Sauvage), m’ont happée. J’ai aussi apprécié le suspense à la Hitchcock. Il y a des allusions pleines d’humour à Psychose, Fenêtre sur cour et Sueurs froides. À un moment donné, on voit François, mon mari dans le film (joué par Gilles Lellouche), en train de pénétrer dans l’appartement du voisin d’en face (Yann joué par Guillaume Gallienne) et Colette (incarnée par moi) le diriger pour trouver l’objet du crime. Yann arrive alors chez lui et on entend la voix d’Hitchcock qui explique ce que c’est le suspense. Je trouve ça assez génial et très bien amené.

    Comment êtes-vous entrée dans votre personnage de professeure de cinéma fan d’Hitchcock ?

    J’avais déjà vu pas mal de films d’Hitchcock, mais je me suis replongée dans son univers pour faire ressortir le côté exalté de mon personnage. J’ai revu Fenêtre sur cour, Rebecca, Sueurs froides, Psychose et d’autres longs-métrages. J’aime les thrillers et la filmographie d’Hitchcock. Ce n’est pas mon cinéaste préféré, mais on passe toujours un bon moment quand on regarde l’une de ses œuvres. Et pour le côté prof de cinéma, je me suis concentrée sur sa passion et son envie de transmettre. Je me la suis imaginée comme cette prof qui vous donne envie d’apprendre. 

    J’ai un côté exalté. Je suis passionnée, curieuse et j’aime bien l’imprévu.” Laetitia Casta

    Le personnage que vous incarnez adore la fiction et possède un côté très romanesque. Est-ce qu’elle vous ressemble ?

    J’ai un côté exalté. Je suis passionnée, curieuse et j’aime bien l’imprévu. Et j’aime sortir des conventions, déborder du cadre. Je suis hyperactive dans la vie et pleine de joie de vivre. Alors, il y avait quelque chose de cet ordre-là chez Colette qui était agréable à jouer pour moi. Je pouvais mettre mon énergie dans le personnage et le rendre encore plus ludique.

    Dernièrement, on vous a vu aller vers des univers assez sombres et dramatiques avec Le Cconsentement, Le bonheur est pour demain et Una storia nera, comme un pied de nez à votre beauté très solaire. Pourquoi voir accepté une comédie ?

    C’est vrai que Le Consentement n’était pas très drôle, mais important. Les deux registres – le drame et la comédie – sont intéressants. En fait, j’aime bien les extrêmes. J’ai tourné dans très peu de comédies à part Le Grand appartement de Pascal Thomas avec Mathieu Amalric. Et avant ça, il y a eu Astérix et Obélix contre César. Et puis j’ai joué dans la série La Flamme avec Gilles Lellouche. Mais la comédie est un exercice que j’aime beaucoup. C’est particulier, car il y a un rythme très précis à respecter. Je remercie Rémi (Bezançon) de m’avoir donné l’occasion de découvrir encore autre chose.

    J’aime bien les extrêmes.” Laetitia Casta

    Est-il vrai qu’il est plus difficile de jouer dans une comédie que dans un drame ?

    Ça dépend, mais je dirai que la comédie, c’est quelque chose de plus technique et de plus rythmé. Dans le livre La formation de l’acteur, Constantin Stanislavski raconte qu’il était avec ses comédiens sur scène pour une pièce dont il s’occupait de la mise en scène et dans laquelle il jouait. Et là, il a remarqué que le public se marrait à un moment très précis. Le lendemain, il a voulu retrouver cet effet-là, donc il a cherché à recréer les mêmes conditions. Ça ne fonctionnait pas. Le public ne riait pas. C’était la catastrophe. Il s’est alors dit : “Mais mince, pourquoi ?” En fait, c’était parce qu’il cherchait à faire rire. Ce qui est intéressant dans la comédie, c’est que vous ne devez pas chercher à faire rire, il faut jouer la scène au premier degré et en même temps, opérer un décalage, faire un pas de côté. C’est un travail sur le rythme qui est hyper intéressant.

    Dans le film, vous formez un couple qui se retrouve grâce à une enquête menée sur leur voisin avec Gilles Lellouche. Comment avez-vous travaillé l’alchimie qui apparaît entre vous à l’écran ? 

    On n’a pas eu beaucoup de temps pour la travailler. On s’est tout de suite lancé le projet. Nous nous sommes rencontrés sur le tournage de La Flamme, qui a duré une journée. C’est d’ailleurs dans cette série que Rémi nous a vus. Il trouvait que ça fonctionnait entre nous et qu’il s’est dit : “Bingo”. Mais on ne se connaissait pas vraiment avec Gilles. Mais pour créer ce rapport de couple qui se connaît depuis 20 ans et qui n’est plus du tout émoustillé, ça a aidé. Le fait de ne pas bien se connaître nous a servi à incarner un couple qui se redécouvre. Et puis, on s’est rejoint sur l’écoute, le jeu… On s’écoutait l’un et l’autre et on était très en présence.

    Le couple qui s’effrite, ça peut arriver à tout le monde.” Laetitia Casta

    Comment avez-vous réussi à jongler entre les genres que propose le film : le long-métrage de reconquête amoureuse, la comédie à suspense, le projet historique (avec les moments mettant en scène le livre que le personnage joué par Gilles Lellouche est en train d’écrire dans le long-métrage)… ?

    Chacun d’entre nous avait des enjeux amusants à interpréter. Il y a quelque chose de proche de nous dans chacun des personnes. On voit Gilles, qui est désormais metteur en scène, en train d’écrire et de chercher l’inspiration comme dans Le Magnifique avec Jean-Paul Belmondo. Guillaume (Gallienne), qui est un acteur merveilleux, se retrouve en tain de mal jouer au théâtre, ce qui est très drôle. Il y a beaucoup d’auto-dérision. Et moi, je joue avec ma propre image. Je me transforme en héroïne hitchcockienne et j’épie mon voisin avant d’être regardée par lui.

    Vous êtes aussi mannequin, et en tant que telle, vous êtes très regardée. Cela semble donc assez ironique de vous voir jouer le rôle d’une femme qui n’est plus regardée par son mari…

    Cette fois-ci, c’est moi qui regarde l’autre. Après, le couple qui s’effrite, ça peut arriver à tout le monde. Ce n’est pas seulement le fait de plus être regardée par son mari qui est mis en scène ici. Le film raconte ce moment où chacun s’enferme dans sa bulle, dans son fantasme, lui dans l’écriture de ses livres et elle dans les films d’Hitchcock. Mais ensuite, ils vont essayer de se reconquérir en menant ensemble une enquête.

    Je suis très investie concernant les costumes.” Laetitia Casta

    Dans Le Crime du 3e étage, vous êtes blonde. Cela rappelle quand vous jouiez Brigitte Bardot dans Gainsbourg (Vie héroïque)…. Etait-ce votre idée ? Je me souviens que pour La Bicyclette bleue, vous aviez fait changer les dialogues…

    C’est vrai qu’il m’arrive de proposer des choses en discutant avec le metteur en scène… C’est comme une partition. Vous avez donné la partition à un acteur et elle va être interprétée à chaque fois de manière différente. Une autre actrice aurait peut-être proposé autre chose à Rémi (Bezançon). Mais il était évident pour moi qu’entre Rebecca (le personnage de livre inventé par Gilles Lellouche dans le film) et Colette, il fallait absolument qu’il y ait quelque chose de différent. J’ai dit à Rémi que selon moi, il fallait jouer au premier degré cette histoire d’Hitchcock, ce qui impliquait l’idée du blond, que je lui ai proposé. Il était convaincu. Mais la production moins, car il n’y avait qu’une nuit pour pouvoir changer de couleur de cheveux.

    Comment vous avez-fait ?

    Après le tournage, je suis partie chez mon coloriste, Rodolphe, qui est fantastique. On a trouvé le bon blond, mais comme pour le trouver, ça ne se fait pas en cinq minutes, on a fini très, très, très tard. Je suis très investie concernant les costumes. J’aime cette implication parce que ça me permet de rentrer progressivement dans le rôle. Le blond m’a permis de couper avec Rebecca pour passer à Colette. Pour Rebecca, la costumière voulait que je porte une petite veste d’époque. Mais je voulais un pantalon. J’ai commencé à chercher sur Internet et je me suis rendue compte que les femmes qui faisaient du vélo ou qui montaient à cheval avaient des sortes de jupes-culottes-pantalons à l’époque du livre écrit par Gilles dans le film. Donc, nous en avons reparlé avec la costumière, et nous sommes parties là-dessus. Et puis, je ne sais pas pourquoi, j’ai imaginé une veste rouge. Après, j’ai proposé Annie Hall comme inspiration pour le personnage de Colette. On la retrouve dans les costumes, les survestes, les petites chemises, les pantalons et les lunettes.

    Je n’ai jamais voulu renoncer à la mode, car c’est la mode qui m’a fait aimer le cinéma.” Laetitia Casta

    Comment choisissez-vous vos rôles ?

    Il n’y a pas du tout de calcul. Ce sont le plaisir de lire un scénario et le fait de me projeter qui comptent. Si j’arrive à me projeter dans l’histoire, et que j’ai envie de la raconter, alors, j’y vais. L’engagement du metteur en scène et son envie de faire le film sont aussi importants, tout comme les partenaires avec qui j’ai envie de jouer. Mais, à la base, c’est l’histoire que vous racontez qui prime.

    Vous êtes aussi mannequin, actrice et mère de quatre enfants. Comment arrivez-vous à osciller entre tout ça ?

    Comme je vous le disais, je suis hyperactive (rires). Et les projets arrivent au bon moment. Parfois, le cinéma ralentit pour laisser place à la mode, et inversement. Il y a une harmonie qui se crée. Mais je n’ai jamais voulu renoncer à la mode, car c’est la mode qui m’a fait aimer le cinéma. Dans la mode, il y a des références au cinéma qui sont très claires, tout comme le cinéma s’inspire de la mode. Et j’ai toujours assumé cela, même au prix d’en payer un peu le prix au début. Les gens disaient : “Mais attends, on ne peut pas être mannequin et comédienne.” Aujourd’hui, on est passé au-delà de ça. En tout cas, j’ai assumé le milieu d’où je venais dans le cinéma. Et même dans la mode, j’ai assumé le milieu duquel je venais qui était un milieu très simple.

    J’ai assumé le milieu duquel je venais qui était un milieu très simple.” Laetitia Casta

    Comment avez-vous appris ce métier ?

    Je n’avais pas eu accès à quelque chose d’artistique dans ma famille. Donc tout a été construit en autodidacte. J’ai appris sur le terrain. Je n’ai pas pris de cours, mais j’ai appris en rencontrant des metteurs en scène fabuleux comme Thierry Binisti, Raoul Ruiz, Jacques Weber, Patrice Leconte et bien d’autres… Ces gens ont été extrêmement généreux avec moi et c’est grâce à eux que j’ai pu acquérir de l’expérience. Mais j’apprends tous les jours, notamment auprès de Gilles Lellouche et de Guillaume Gallienne. De toute façon, j’ai l’impression de recommencer à zéro à chaque fois.

    Est-ce que le mannequinat vous a aidée dans votre travail d’actrice ?

    Oui, parce que les références des photos que je faisais par moments dans la mode étaient des visages d’actrices. Les inspirations étaient Sophia Loren, Brigitte Bardot, Romy Schneider… Avant, j’étais à la campagne, alors je n’avais pas le même accès à la culture que ceux qui habitent dans une grande ville. Gilles (Lellouche) me disait qu’il a fait le cours Florent, Guillaume (Gallienne) aussi. Ça me fait rêver, mais moi, j’ai appris avec la mode. On me demandait de jouer des personnages avec les photographes. C’est comme ça que je suis arrivée dans des films. 

    C’était tellement passionnel chez moi, le cinéma, que ça emportait tout.” Laetitia Casta

    Est-ce qu’au début, en tant que mannequin, vous avez eu du mal à être prise au sérieux en tant qu’actrice ? 

    Ça a bien changé depuis, mais à l’époque, quand j’ai démarré – j’ai commencé à 14 ans et demi la mode et le cinéma, vers 19 ans -, c’était le cas. Heureusement, tout s’est fait en parallèle. Je n’ai pas eu l’impression de passer de la mode au cinéma. Et j’ai eu besoin de ça, car les deux univers se nourrissaient l’un de l’autre chez moi. Avant moi, beaucoup de collègues y avaient laissé des plumes. Et puis, j’ai jonglé entre la télévision, La Bicyclette bleue, le théâtre (avec Ondine) et le cinéma. Mais à l’époque, vous ne pouviez pas passer de la télévision au cinéma. Tout comme à ce moment-là, c’était mal vu de faire de la mode en tant qu’actrice, d’être prise en photo pour un parfum ou d’être en couverture de magazine de mode, alors qu’aujourd’hui, les comédiennes ne demandent que ça et elles sont sublimées par ces aventures. Et moi, j’ai vu tout ça et je me suis laissé porter tout en suivant ma ligne à moi. C’était tellement passionnel chez moi, le cinéma, que ça emportait tout. Ce n’était pas l’idée du chèque qui me plaisait.

    La bande-annonce du film Le Crime du 3e étage (2026).

    On vous verra bientôt dans le film Dix pour cent et Trespassers avec Vanessa Paradis… Que pouvez-vous nous révéler sur vos projets ?

    Pour Dix pour cent, je joue avec mon image en interprétant une version fantasmée de qui je suis vraiment. Et Trespassers raconte les vies de deux demi-sœurs, artistes surréalistes et résistantes contre l’occupation nazie de l’île de Jersey. C’est un projet signé Vanessa Filho avec laquelle j’avais tourné Le Consentement. Et je vais jouer Les Corneilles, une série de Mona Achache, la réalisatrice de Little Girl Blue, pour TF1 et Netflix. Mais c’est encore assez secret. Vous savez, les films et les séries ne se font parfois pas. Donc, on attend toujours un petit peu d’être sûr avant d’en parler.

    Quelle est la dernière performance d’acteur qui vous a subjuguée ?

    Les performances de Julianna Moore et Tilda Swinton dans le dernier film de Pedro Almodóvar, La Chambre d’à côté. Elles sont superbes et exceptionnelles. À l’apothéose de leur art.

    Le Crime du 3e étage de Rémi Bezançon, au cinéma le 11 mars 2026.