15 juil 2026

L’Odyssée est-il le chef-d’œuvre de Christopher Nolan ?

Avec L’Odyssée, Christopher Nolan s’attaque à l’un des textes fondateurs de la littérature occidentale en proposant une relecture spectaculaire du voyage d’Ulysse. Entre ambition technique (basée sur la technologie IMAX), casting prestigieux et réflexion sur la guerre, le réalisateur signe là le film le plus attendu de 2026. Numéro l’a vu en avant-première. Notre critique.

  • par Violaine Schütz.

  • L’Odyssée de Christopher Nolan, l’événement cinématographique de l’été 2026

    Enfin… Après près d’un an d’attente, une campagne marketing savamment orchestrée (avec des avant-premières lors desquelles Zendaya et Anne Hathaway ont ardemment pratiqué le method dressing) et des billets IMAX 70 mm vendus très en amont de sa sortie, L’Odyssée de Christopher Nolan, l’événement majeur de l’année 2026 côté cinéma, arrive dans les salles obscures ce mercredi 15 juillet 2026. Adaptation du poème fondateur d’Homère, le nouveau long-métrage du réalisateur d’Oppenheimer promet déjà d’être l’un des plus beaux succès au box-office de l’année.

    Dès l’annonce de son adaptation de L’Odyssée, l’adulé (surcoté ?) Christopher Nolan a alimenté toutes les discussions sur les réseaux sociaux. Sur le papier, tout nous fait rêver. Le cinéaste retrouve Universal après le triomphe d’Oppenheimer (2023), tout en s’attaquant à l’un des récits cultes de la littérature occidentale, en filmant avec des caméras IMAX et en embauchant une collection de stars de cinéma très prisées. De quoi faire grimper à son maximum l’excitation autour d’un projet homérique à tous les niveaux.

    Un casting stellaire avec Tom Holland, Zendaya et Anne Hathaway

    Porté par un casting impressionnant — Matt Damon dans le rôle d’Ulysse, Tom Holland en Télémaque, Anne Hathaway en Pénélope, Zendaya, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Mia Goth ou encore Charlize Theron —, le film à 250 millions de dollars promettait une relecture spectaculaire du voyage du roi d’Ithaque, entièrement tournée en pellicule IMAX 70 mm (640 km de pellicule ont été nécessaires).

    À quelques jours de sa sortie en salles, les premières réactions de la presse et des invités ayant assisté aux avant-premières à Londres et aux projections organisées aux États-Unis confirment l’immense enthousiasme qui entoure cette fresque de près de trois heures.

    Des premiers avis élogieux

    L’Odyssée a déclenché une pluie d’éloges. Sur les réseaux sociaux, on parle de triomphe absolu et d’un accomplissement majeur dans la carrière de Christopher Nolan, voire de son meilleur film. Certains louent depuis plusieurs jours des séquences de guerre incroyables à voir absolument en IMAX. “L’Odyssée de Christopher Nolan est un récit colossal, un mythe des origines évoquant la désillusion de l’après-guerre et une perte d’innocence dont les morts sont témoins”, écrit le Guardian.

    Robert Pattinson et Matt Damon en majesté ?

    Parmi les nombreuses performances, Robert Pattinson, qui interprète Antinoos, le prétendant manipulateur et machiavélique de la femme d’Ulysse, Pénélope (Anne Hathaway), est encensé. Son interprétation du principal antagoniste était en effet jugée aussi inquiétante que fascinante.

    Matt Damon, omniprésent dans L’Odyssée, récolte lui aussi les lauriers de la critique. Certains spectateurs américains estiment déjà que son incarnation du rusé, musclé, brave et infidèle Ulysse pourrait le placer dans la course à l’Oscar du meilleur acteur. Quant à Tom Holland, il est salué pour son interprétation tout en finesse du jeune Télémaque, le fils d’Ulysse.

    L’Odyssée est-il le meilleur film de Christopher Nolan ?

    On attendait donc beaucoup de ce péplum à gros budget mêlant mythologie, aventure et fantastique. Un objet XXL à la technologie et à l’ambition aussi monumentales que les péripéties des héros. Mais qu’en est-il vraiment ? Nous avons L’Odyssée en avant-première et il faut avouer que notre réaction est un peu plus nuancée que les premiers retours criant au chef-d’œuvre.

    Pour raconter cette histoire que l’on connaît par cœur (celle d’Ulysse mettant 20 ans à rentrer de la guerre de Troie tandis que sa femme, Pénélope, refuse tous les prétendants au trône d’Ithaque), Christopher Nolan prend dès le début du long-métrage le parti pris de la modernisation du mythe. C’est Travis Scott qui joue les bardes (un aède) dans une scène de banquet, dressant un pont entre la poésie orale et le rap. Un choix esthétique audacieux qui ne sera pas du goût de tous mais qui a le mérite d’être original.

    La bande-annonce du film L’Odyssée (2026).

    Un blockbuster décevant ?

    La première heure qui va suivre est laborieuse, souffrant de l’éparpillement des intrigues, d’un trop grand nombre de personnages et de problèmes de rythme. On est alors assez loin de la maestria des sommets de la filmographie Christopher Nolan, de The Dark Knight (2008) à Interstellar (2014). Malgré ses muscles saillants et sa barbe christique, Matt Damon n’a pas, au début du péplum, l’intensité du héros de guerre qui vient à bout de toutes les péripéties et de tous les monstres.

    L’heure qui suit n’est pas non plus tout à fait convaincante. Des scènes censées renfermer beaucoup de magie, comme celle de Circé ou celle des sirènes, tombent à l’eau. Le surnaturel aurait pu mieux infuser l’écran tout comme les actions des Dieux. Ces derniers n’apparaissent pas, seuls leurs colères se ressentent dans les mouvements de la nature, notamment de l’eau. L’enchantement et les frissons ne sont pas toujours au rendez-vous et certaines séquences, à l’instar de celle des géants s’attaquant à Ulysse et à ses guerriers retournant à Ithaque en bateaux, manquent d’ampleur.

    Un film sur l’horreur de la guerre

    On reproche aussi au péplum de 2h52 de ne pas être toujours assez épique (un comble) et de manquer parfois d’émotion, de cœur, d’humanité. Cependant, tout n’est pas perdu. Le réalisateur a notamment la bonne idée de faire de L’Odyssée un film sur l’horreur de la guerre, la barbarie, l’hubris et la folie des hommes, mais aussi sur la culpabilité et le stress post-traumatique qui interviennent après les combats.

    Matt Damon apparaît comme un vétéran meurtri par ce qu’il a vu à Troie et hanté par ceux qu’il a laissés mourir (ses compagnons de route) dans un récit habité par d’autres thèmes chers à Nolan (le temps qui passe, l’héroïsme, la mémoire, le difficile retour à la maison après un long voyage).

    Christopher Nolan tente aussi des rapprochements entre ce moment de l’Antiquité et notre époque en évoquant la fin d’une civilisation à travers un peuple des mers prêt à tout détruire qui fait penser aux hommes de notre siècle qui mettent le monde à feu et à sang avec de mauvaises décisions géopolitiques et écologiques.

    Un dernier acte époustouflant

    On salue également le réalisme des décors, la mise en scène souvent vertigineuse, la BO de Ludwig Göransson et les images souvent phénoménales (le cinéaste filme de vrais bateaux et construit des créatures plutôt que d’avoir systématiquement recours aux effets spéciaux). Aussi, Christopher Nolan surprend le spectateur en introduisant des séquences proches du film d’horreur, une tonalité inédite dans sa filmographie.

    L’épreuve du Cyclope est d’une brutalité inouïe, à la limite du soutenable, et celle qui nous plonge chez Hadès, gothique et sublime. Et Samantha Morton est stupéfiante dans la peau de la sorcière Circé lors de l’une des scènes les plus épouvantables et dérangeantes du film. Elle aurait, selon le cinéaste, était applaudie par ses collègues après une prise de sa séquence de transformation des guerriers d’Ulysse en porcs. Cela n’était pas arrivé depuis Heath Ledger

    Quel sort réserve Christopher Nolan aux personnages féminins ?

    Les personnages féminins, souvent traités avec dédain et distance dans les longs-métrages de Christopher Nolan ne sont pas tous bien lotis. On voit par exemple trop peu Calypso (Charlize Theron), Hélène (Lupita Nyong’o) et Athéna (Zendaya). Mais le réalisateur a le mérite d’offrir une tirade féministe à Pénélope (Anne Hathaway) qui rappelle à son fils qu’elle trône sur Ithaque toute seule depuis vingt ans tout en tenant tête à une armée de dangereux prétendants.

    Mais la plus grande force de ce futur blockbuster (en plus de la bluffante performance de John Leguizamo dans la peau du fidèle servant aveugle du héros), c’est son dernier acte, époustouflant. Plus on arrive vers le dénouement, plus le film monte en puissance. Particulièrement bien menée, la dernière demi-heure qui conte le retour du héros chez lui ainsi que sa vengeance, offre du vrai grand cinéma, divertissant, prenant et à voir absolument sur grand écran.

    L’Odyssée (2026) de Christopher Nolan, au cinéma le 15 juillet 2026.