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Jennifer Connelly, une actrice discrète en trois rôles cultes
Depuis ses débuts précoces dans Labyrinthe (1986) aux côtés du flamboyant David Bowie jusqu’à ses incarnations les plus sombres, l’actrice américaine Jennifer Connelly, 55 ans, a bâti sa carrière sur une filmographie risquée et souvent inconfortable, investissant ses rôles jusqu’à l’obsession, au point de les laisser la hanter longtemps après le tournage. Numéro revient sur trois de ses rôles les plus marquants.
par Alexis Thibault.

L’actrice Jennifer Connelly, nouvelle égérie de la campagne Louis Vuitton
Jennifer Connelly accepte certains rôles par crainte. Non celle d’échouer, mais celle de rester intacte, neuve et ravissante. Comme si chaque personnage devait fissurer son image pour laisser une trace durable et rendre sa filmographie pertinente.
Révélée enfant dans le légendaire Once Upon a Time in America (1984) de Sergio Leone, face à Robert De Niro, l’Américaine devient icône pop deux ans plus tard avec le conte gothique Labyrinthe (1986) aux côtés du flamboyant David Bowie. À l’époque, elle n’a que 16 ans. Mais déjà Hollywood voit en elle la vedette qui pourrait squatter autant les podiums que le grand écran…
Couronnée par un Oscar pour Un homme d’exception (2001) de Ron Howard, elle se prend alors de fascination pour les territoires instables. Comme en 2006 où, face à Leonardo DiCaprio, elle campe dans Blood Diamond une journaliste rongée par la fatigue morale et les traumatismes du terrain.
Paradoxalement, cette fanatique de la mise en retrait figure l’égérie idéale. C’est ainsi que Jennifer Connelly incarnera la seconde collection de Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton. Pour cette campagne printemps-été 2015, elle distille sa féminité rétro et intemporelle sous l’objectif de Bruce Weber, Annie Leibovitz ou Juergen Teller.
En ce début d’année 2026, l’actrice incarne de nouveau la vision du créateur de mode, sous l’objectif de Cass Bird, pour la campagne Louis Vuitton printemps-été 2026. L’occasion de revenir sur trois rôles qui ont forgé sa carrière.
Une junkie dans Requiem for a Dream, le film qui a traumatisé toute une génération
Quand le réalisateur américain Darren Aronofsky propose à Jennifer Connelly le rôle de Marion Silver dans Requiem for a Dream (2000), elle hésite. “Je ne savais pas si je pouvais faire ça. Pas parce que c’était difficile, mais parce que je ne savais pas si je pourrai en revenir ”, confie-t-elle à The Independent.
Adapté du roman Retour à Brooklyn (1978) d’Hubert Selby, le long-métrage retrace la descente aux enfers de quatre personnages happés par leurs addictions diaboliques. Sara (Ellen Burstyn), qui se gave de pilules amaigrissantes, son fils, Harry (Jared Leto) et Marion, couple d’amants et toxicomanes, et Tyrone (Marlon Wayans), ami de Harry.
Neuf kilos de perdus, des cafés et des cigarettes pour calmer la faim. Des motels sordides à New York pour respirer l’odeur du désespoir. Le refus d’être doublée pour les scènes de nu… Tout est mis au service d’une immersion totale pour Jennifer Connelly. La scène choc reste celle dans laquelle son personnage se prostitue pour une dose, caméra serrée sur son visage et son corps. “Jennifer n’a pas joué la honte, elle a joué la dissolution de l’âme”, raconte le cinéaste.
Requiem for a Dream (2000) de Darren Aronofsky, disponible sur MUBI.
La femme d’un génie schizophréne dans Un homme d’exception
Est-ce vraiment une bonne idée d’incarner encore une femme qui souffre en silence ? “J’ai fini par comprendre qu’Alicia Nash n’était pas une victime, mais une survivante qui avait choisi de rester”, raconte Jennifer Connelly au New Yorker. Un homme d’exception (2001) de Ron Howard, suit le parcours du mathématicien John Nash (Russell Crowe), génie des mathématiques rongé par la schizophrénie. Alicia, son épouse, sera le pivot silencieux et déterminé du récit.
Pour habiter ce rôle, l’actrice s’initie aux théories mathématiques. Elle consulte même un psychiatre pour comprendre la schizophrénie et la manière dont elle altère la perception. D’ailleurs, la scène où Alicia Nash découvre les carnets de son mari, remplis de théories paranoïaques, deviendra culte. “Ne joue pas la surprise. Joue la reconnaissance. Comme si tu avais toujours su, mais que tu avais choisi de ne pas voir” , lui suggère Ron Howard à l’épouse.
En récompense, Jennifer Connelly décroche l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2002. Après la cérémonie, elle envoie une lettre à la vraie Alicia. Sa réponse est restée encadrée dans son bureau : “Vous avez compris ce que personne n’a jamais compris – que je n’étais pas triste. J’étais en colère. Contre la maladie, pas contre lui.”
Un homme d’exception (2001) de Ron Howard, disponible sur Paramount +.
La speakerine de la série apocalyptique Snowpiercer
Dans Snowpiercer (2020), adaptation du film de Bong Joon-ho et de la bande dessinée Le Transperceneige (1982), l’humanité survit à une ère glaciaire à bord d’un train sans fin, où chaque wagon matérialise une hiérarchie sociale implacable. Jennifer Connelly y incarne Melanie Cavill, speakerine officielle du convoi et figure centrale dont la posture et les décisions structurent l’univers du train.
Créée spécialement pour les besoins de la série, Melanie n’existait ni dans le film ni dans la BD . L’actrice a donc collaboré avec le showrunner Graeme Manson pour construire cette femme autoritaire. Le pilier de tout un système, mais aussi une femme portée par des doutes et des choix moralement ambigus.
Dans un entretien pour Gold Derby, l’actrice expliquera combien ce rôle lui a offert l’opportunité rare de s’installer sur la durée : “Travailler avec un personnage sur plusieurs heures d’arc narratif, c’est un luxe que le cinéma ne permet pas”, confiera-t-elle.
Snowpiercer (2020) de Josh Friedman et Graeme Manson, disponible sur Netflix.