11 mars 2024

Lolita, Il reste encore demain… Les films féministes à voir

Le long-métrage italien Il reste encore demain sur les violences conjugales, une ode aux seins, une exploration du mythe de lolita… Les films et documentaires féministes à (re)voir en streaming ou au cinéma en 2026.

  • par Violaine Schütz.

  • Publié le 11 mars 2024. Modifié le 9 janvier 2026.

    La Maison des Femmes avec Karin Viard et Juliette Armanet

    La Maison des Femmes sort au cinéma le 4 mars 2026, soit quatre jours avant la journée internationale des droits des femmes. Un timing symbolique pour ce troisième film de Mélissa Godet qui met en lumière l’association du même nom, engagée dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à travers toute la France. Fondée il y a dix ans par Ghada Hatem-Gantzer, médecin gynécologue-accoucheuse, l’association est née d’un constat : un manque criant de prise en charge pour les patientes victimes de violences. Rattachée au Centre hospitalier de Saint-Denis, La Maison des Femmes propose depuis un accompagnement médico-social pour les femmes en difficulté ou victimes de violences.

    Le long-métrage met ainsi en scène le quotidien de Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues qui, chaque jour, accueillent, écoutent et accompagnent ces femmes dans leur reconstruction. Avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions. Le casting est unique : Karin Viard (Chanson Douce), la chanteuse Juliette Armanet (Partir un Jour), Oulaya Amamra (Divine), Eye Aidara (Les Femmes du square) ou encore Laetitia Dosch (Nos batailles).

    La Maison des Femmes (2026), de Mélissa Godet, en salles le 4 mars 2026.

    La bande-annonce du film Les Échos du passé (2026).

    Les échos du passé, le récit de quatre générations de femmes… 

    Avec Les Échos du passé, la réalisatrice allemande Mascha Schilinski (Die Totcher) signe un film féministe traversant plusieurs générations de femmes liées à une même ferme du nord de l’Allemagne. En fragmentant le récit à quatre époques différentes, la réalisatrice met en lumière la répétition des violences, des silences et des désirs contraints et imposés aux corps féminins, de l’enfance à l’adolescence. Le film illustre comment la domination patriarcale s’inscrit dans les gestes du quotidien, les regards et les espaces, laissant peu d’issues possibles (hormis tragique…). Porté par une mise en scène sensorielle et une photographie remarquable, Les Échos du passés est une œuvre qui rappelle combien le cinéma peut encore être un outil politique de transmission et de réappropriation des récits féminins.

    Les échos du passé (2026), de Mascha Schilinski, actuellement en salles. 

    La bande-annonce d’Il reste encore demain (2024).

    Le film italien poignant Il reste encore demain, sur les violences conjugales

    Le film transalpin féministe Il reste encore demain a été un phénomène en Italie. Il a même été en tête du box-office italien en octobre 2023, faisant plus d’entrée de bruit et d’entrées (5 millions au total) que les blockbusters Barbie et Oppenheimer dans son pays. Réalisé par l’actrice, présentatrice télé et humoriste Paola Cortellesi, le long-métrage en noir et blanc suit le parcours d’une femme, Delia, à Rome, dans les années 40. Mariée et mère de trois enfants, elle doit faire face à la violence quotidienne de son mari, tournée en ridicule par la réalisatrice. Ce récit d’émancipation qui prend pour cadre l’Italie d’après-guerre résonne de manière résolument moderne en dénonçant les violences conjugales qui continuent aujourd’hui de faire de nombreuses victimes et d’être à l’origine de féminicides. 

    Il reste encore demain (2024) de Paola Cortellesi, avec Paola Cortellesi, Valerio Mastandrea, Romana Maggiora Vergano, au cinéma le 13 mars 2024.

    La bande-annonce de Annie Colère (2022).

    Annie Colère, le combat collectif pour le droit à l’avortement

    Blandine Lenoir livre un film féministe historique avec Avec Annie Colère, situé dans la France de 1974. Porté par une Laure Calamy remarquable dans le rôle principal d’Annie, une ouvrière et mère de deux enfants confrontée à une grossesse non désirée. À travers son parcours semé d’obstacles pour accéder à l’avortement, alors encore illégal, le film met en lumière la violence institutionnelle et sociale qui pèse sur les femmes et leurs corps. 

    En rejoignant le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), Annie découvre une lutte collective fondée sur la solidarité qui donnera un nouveau sens à sa vie. Inspiré de faits réels, Annie Colère dresse le portrait sensible et politique d’un moment charnière de l’histoire féministe, rappelant combien le slogan Mon corps, mon choix demeure essentiel et toujours menacé, à l’heure où les droits reproductifs reculent dans de nombreux pays, des États-Unis à l’Europe…

    Annie Colère (2022), de Blandine Lenoir, disponible en VOD sur Canal VOD.

    Un documentaire sur le rapport complexe des femmes avec leurs seins

    Le titre du documentaire Bénissez nos seins, disponible depuis le mois de février 2024 sur la plateforme On.Suzane laisse croire que le rapport des hommes et des femmes aux seins est quelque chose de simple : il faudrait les chérir et leur rendre hommage. Mais le film réalisé par la journaliste Angèle Marrey raconte tout autre chose. Multipliant les témoignages émouvants et variés, le documentaire montre comment ce qui est souvent l’objet du désir (et des jugements) des hommes est une partie du corps difficile à appréhender pour les femmes. Dès la puberté, elle est à l’origine de complexes et d’interrogations qui conduisent parfois à des augmentations mammaires. Dans ce film, Angèle Marrey invite pourtant à se libérer du poids du patriarcat pour voir sa poitrine sous d’autres angles.

    Bénissez nos seins (2024) d’Angèle Marrey, disponible (en accès payant) sur la plateforme de streaming On.Suzane.

    Un documentaire Arte qui revient sur les origines du mythe malsain de la lolita

    Récemment, les prises de paroles bouleversantes et importantes de l’actrice Judith Godrèche, ont fait prendre conscience à de nombreuses personnes de la dangerosité du mythe de la lolita. Beaucoup de cinéastes ont en effet adulé l’image de la baby-doll à l’écran, sauf que derrière ces fictions, se cachaient parfois un système d’emprise effrayant. Il est donc urgent de (re)voir ce documentaire Arte sur la naissance du mythe qui comprend de nombreuses interviews dont celle de Vanessa Springora, l’auteure du Consentement (2020). Au début, il y a le roman le plus célèbre de Vladimir Nabokov et son héroïne : Dolores Haze, alias Lolita. Et l’histoire est tout sauf rose ou sexy. La petite fille, une orpheline de 12 ans, a été violée par son beau-père, et c’est son fantasme criminel que met en scène l’écrivain dans un livre sulfureux publié en 1955 à la premier personne adapté par Stanley Kubrick en 1962.

    Lolita, méprise sur un fantasme (2021) d’Olivia Mokiejewski, disponible jusqu’au 19 mars 2024 sur arte.tv.