13 fév 2026

Mona Fastvold dirige Amanda Seyfried pour Miu Miu

Après Dakota Fanning, Chloë Sevigny ou encore Alice Diop, l’actrice, scénariste et cinéaste norvégienne Mona Fastvold (The Brutalist, The World to Come) réalise un petit film pour la série Miu Miu Women’s Tales de la maison italienne. Rencontre avec une réalisatrice talentueuse qui fera aussi parler d’elle cette année avec le mystique Le Testament d’Ann Lee mettant en scène Amanda Seyfried.

  • propos recueillis par Violaine Schütz.

  • Publié le 13 février 2026. Modifié le 9 mars 2026.

    Discipline par Mona Fastvold – Miu Miu Women’s Tales #31 (2026).


    Chaque année, à travers le projet Miu Miu Women’s Tales, la maison Miu Miu invite des réalisatrices et comédiennes de talent (Dakota Fanning, Chloë Sevigny, Alice Diop, Hailey Gates, Agnès Varda) à réaliser des courts métrages qui évoquent leur vision de la féminité. En 2026, c’est la cinéaste, scénariste et actrice norvégienne Mona Fastvold, qui a co-signé le scénario du chef-d’œuvre The Brutalist de Brady Corbet, qui signe le film Discipline.

    Un nouveau film Miu Miu Women’s Tales avec Amanda Seyfried

    Dans cet objet aussi beau qu’étrange mettant en scène la magnétique Amanda Seyfried (qui est diffusé depuis février 2026 sur YouTube), il y est question d’enfance, d’identité, de contrôle, de mode et d’intimité. Les vêtements dictent ici les mouvements et les danses de fascinantes marionnettes de taille humaine avant que ces dernières apprennent à savoir qui elles sont.

    Numéro a discuté avec la réalisatrice talentueuse du mystique Testament d’Ann Lee (2026) de l’importance du female gaze, du pouvoir de la mode et de son actrice fétiche, Amanda Seyfried.

    L’interview de Mona Fastvold

    Numéro : Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer au projet Miu Miu Women’s Tales ?

    Mona Fastvold : Miu Miu — et Prada plus largement — me soutiennent depuis des années, et j’ai toujours trouvé le travail de Miuccia Prada profondément inspirant. Il y a une rigueur intellectuelle dans son univers à laquelle je suis sensible, ainsi qu’un véritable sens du jeu et de la contradiction. J’étais vraiment ravie de me lancer dans cette collaboration. J’aime la mode autant que l’architecture et le design. Tous ces domaines façonnent notre façon d’appréhender le monde.

    Quelle est votre relation avec la mode ?

    Les vêtements sont un élément crucial de mon processus de création cinématographique : ils rapprochent la forme et le personnage. Je travaille en étroite collaboration avec mes costumiers sur chaque film, et les vêtements deviennent souvent des outils narratifs plutôt que de simples éléments décoratifs. J’entretiens donc une relation très étroite avec la mode à travers mon travail. Les costumes sont essentiels à la construction des personnages : ils influencent leur posture, leurs mouvements et leur psychologie. Ils constituent également un élément crucial de la palette de couleurs et du rythme visuel du film. Les collaborations avec les costumiers arrivent souvent dès les premières étapes de développement de chaque projet. Pour moi, les vêtements ne sont jamais neutres ; ils sont porteurs d’histoire et façonnent inévitablement la personne qui les porte.

    Les vêtements ne sont jamais neutres. Ils sont porteurs d’histoire et façonnent inévitablement la personne qui les porte.” Mona Fastvold

    Le projet Miu Miu Women’s Tales met les réalisatrices en lumière. Qu’est-ce que le female gaze signifie pour vous ? 

    J’écris tous mes films avec mon partenaire, le réalisateur Brady Corbet, ce qui crée toujours une double perspective à l’œuvre : féminine et masculine. Parallèlement, les femmes restent largement sous-représentées dans notre industrie, ce qui complique la définition d’un “regard féminin” unique. Pour moi, il s’agit moins d’inverser les rapports de pouvoir que de porter une attention particulière. Cela signifie regarder précisément où se pose la caméra, combien de temps, elle s’attarde, quels états intérieurs sont autorisés à exister sans explication. Le female gaze consiste aussi à se soucier que l’intimité et l’accès au corps féminin soient abordés sans aucune objectification.

    Pourquoi avoir choisi d’appeler votre film pour Miu Miu Discipline?

    Car la discipline peut revêtir de multiples significations. Elle peut être imposée, héritée ou auto-générée. Elle peut être bienveillante ou punitive, libératrice ou restrictive. Je m’intéresse à la manière dont la discipline est enseignée aux filles bien avant que leur identité ne soit pleinement formée — par les gestes, les vêtements, la posture et la routine. Le titre reflète cette tension entre contrôle et bienveillance. 

    Les femmes restent largement sous-représentées dans notre industrie, ce qui complique la définition d’un “regard féminin” unique.” Mona Fastvold

    Vos films explorent souvent des sujets comme la discipline, la croyance et le désir. Qu’est-ce qui vous attire dans ces thèmes ?

    Je suis attirée par les systèmes — émotionnels, sociaux, spirituels — auxquels les gens se soumettent pour appartenir à quelque chose ou survivre. La discipline, la croyance et le désir sont autant de forces qui façonnent les comportements, souvent de manière invisible. Ils structurent nos journées et nos corps, parfois avant même que nous en soyons conscients. Je m’intéresse aux moments où ces structures commencent à se fissurer, ou lorsque la dévotion se transforme discrètement en résistance.

    D’où est venue l’idée des marionnettes de taille humaine présentes dans votre film ?

    Les marionnettes sont apparues comme un moyen d’extérioriser la dualité entre le moi privé et le moi performé. Elles permettent aux personnages d’être à la fois présents et absents, animés et contrôlés. J’étais intéressée par l’idée du corps comme organe qu’il faut apprendre à bouger. Il faut répéter avant de pleinement l’habiter. Les marionnettes ont rendu ce processus visible et presque architectural.

    Amanda Seyfried était prête à se laisser aller à l’étrangeté du rôle.” Mona Fastvold

    Vous avez réalisé le film Le Testament d’Ann Lee avec Amanda Seyfried, qui sortira au cinéma le 11 mars 2026. Comment est né ce projet ? 

    J’étais fascinée par la combinaison, chez les Shakers (les membres d’une branche du protestantisme, issue des quakers, née au début du XVIIIᵉ, ndlr), de croyances radicales, de vie communautaire et d’expression physique extatique. Leur culte était profondément incarné, ce qui imposait la musique comme un langage naturel pour le film. Ann Lee (la leadeuse des Shakers incarnée par Amanda Seyfried) était une figure faite d’immenses contradictions. Elle était à la fois retenue et explosive. Amanda a apporté une vulnérabilité physique et une ouverture qui m’ont surprise. Elle était prête à se laisser aller à l’étrangeté du rôle, ce qui a permis au charisme et à la fragilité du personnage de coexister.

    Le court métrage Discipline (2026) de Mona Fastvold est disponible sur YouTube. Le Testament d’Ann Lee de Mona Fastvold, au cinéma le 11 mars 2026.