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7 livres de photographie pour s’évader pendant les fêtes
Des clichés inédits de Jean Gaumy à l’histoire d’amour entre Yves Saint Laurent et la photographie, en passant par les plus célèbres portraits d’Annie Leibovitz, Numéro dévoile sa sélection des beaux livres photos pour s’évader pendant les fêtes.
Par Camille Bois-Martin,
et Matthieu Jacquet.
Publié le 1 août 2025. Modifié le 22 décembre 2025.

Cammie Toloui : quand une strip-teaseuse renverse le male gaze
San Francisco, 1990. Étudiante en photojournaliste à l’université, mais aussi membre d’un groupe de punk féministe, Cammie Toloui est de cette nouvelle génération d’Américains post-hippie qui a grandi imprégnée par les sous-cultures et la libération des mœurs, notamment sexuelles. Pour financer ses études, elle postule au Lusty Lady Theatre, club de striptease de la ville. Depuis l’enceinte des cabines de peep shows où elle se dénude pour satisfaire les fantasmes de ses clients, la jeune femme voit se succéder de nombreux types de profils qui lui offrent un aperçu très varié de la société de l’époque.
Un jour, elle décide de renverser la focale en photographiant, à son tour, ceux qui viennent l’observer. Le marché est clair : 10 dollars de réduction pour chaque anonyme qui acceptera d’être immortalisé par la jeune étudiante de l’autre côté de la vitre. Publié aujourd’hui aux éditions Void, ce projet particulièrement précurseur, renversant le fameux male gaze, permet aussi de constater les différentes attitudes des voyeurs. Dans un texte retraçant les origines du projet, la photographe offre même une description de quelques habitués et de leurs comportements, comme les personnages d’une pièce d’un théâtre ultra confidentielle sur laquelle elle choisit de lever le rideau.
“Cammie Toloui : 5 Dollars for 3 Minutes”, éd. Void.

Yves Saint Laurent et la photographie : un amour indéfectible
Si Yves Saint Laurent (1936-2008) est entré dans la légende, c’est bien sûr grâce à ses talents de couturier exceptionnels, mais aussi grâce à son image, abondamment relayée dans le monde entier. S’imposant comme l’un des créateurs stars de la seconde moitié du 20e siècle, le Français a notamment fait appel à de nombreux photographes, d’Irving Penn à Patrick Demarchelier en passant par Jeanloup Sieff, pour tirer son propre portrait à travers des clichés devenus emblématiques, qui ont rendu son apparence aussi célèbre que ses créations.
L’été dernier, on découvrait ces photos et bien d’autres lors du festival Les Rencontres d’Arles, à la Mécanique générale, dans une exposition retraçant l’histoire de sa maison (créée en 1961) à travers ses images phares, entre campagnes publicitaires signées Peter Knapp et Jean-Paul Goude, clichés de défilés et autres archives personnelles. Une riche proposition doublée d’une publication aux éditions Phaidon, où des textes signés Elsa Janssen, Simon Baker ou encore Alice Morin éclairent et analysent la relation indéfectible du créateur et de sa maison avec l’art de la prise de vue, mais aussi avec ses plus grands virtuoses du domaine, de Richard Avedon à Sarah Moon.
“Yves Saint Laurent et la photographie”, éd. Phaidon.


Séoul à travers l’œil impressionniste de Jonathan Bertin
De la Normandie à New York en passant par le Maroc, Jonathan Bertin parcourt le monde avec son appareil photo en quête de saisir le mouvement, la lumière et les couleurs des régions qu’il visite. Plus récemment, cette curiosité l’a amené vers la ville de Séoul, dont il a passé des jours à capturer l’intensité autant que les contrastes. Dévoilé dans une exposition du photographe français la Galerie Porte B en janvier prochain, à Paris, ce nouveau corpus d’images fait aussi l’objet d’une publication dédiée.
Baptisée Seoul Impressionism, la série cherche, dans l’esprit du mouvement pictural français, à capturer “l’impression” et la sensation de la ville plutôt qu’en proposer une représentation réaliste. L’artiste utilise volontiers le flou et la déformation de l’image pour dépeindre ses sujets, jouant de la rencontre entre la lumière naturelle, la végétation et les montagnes, très présentes dans la capitale sud-coréenne, avec l’ultra modernité de son architecture, de ses enseignes, de ses véhicules colorés, dans laquelle se fondent les passants.
En résultent des images parfois aux portes de l’abstraction qui évoquent également l’histoire de la street photography – on pense à Saul Leiter ou Joel Meyerowitz. L’un des clichés fait même directement référence aux fameux Nymphéas de Monet, nous rappelant que la singularité d’un paysage est avant tout histoire de perception.
Jonathan Bertin, “Seoul Impressionism”. Série présentée dans l’exposition “Impressionism Résonance”, du 7 au 17 janvier 2026 à la Galerie Porte B, Paris 10e.

Le plus grand recueil de portraits de femmes par Annie Leibovitz
Son nom résonne parmi les plus illustres talents de la photographie : Annie Leibovitz (née en 1949) fascine autant le monde de la mode que celui de l’art au gré de ses portraits émouvants, capturant le visage des plus grandes célébrités, comme des morceaux de vie plus intimes. Cet hiver, les éditions Phaidon publient un recueil volumineux, réunissant pour l’occasion plus de 250 portraits de femmes réalisés sur trois décennies par la photographe américaine.
Au sein de ce coffret, deux ouvrages : un premier réédité pour la première fois depuis sa parution en 1999, et un second volume inédit de photos prises entre 1993 et aujourd’hui. Au fil des pages, on croise ainsi un essai de Susan Sontag, mais aussi des textes de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, d’Annie Leibovitz et de la journaliste Gloria Steinem, qui livre notamment une réflexion personnelle sur l’évolution des droits des femmes ces 25 dernières années.
Parmi ces écrits, on croise également les visages de stars comme Billie Eilish, Lady Gaga, Taylor Swift, tout comme celui des activistes Jody Williams et Jane Goodall. Sans oublier les incontournables portraits de la reine Elizabeth II, ou encore des artistes Mickalene Thomas, Georgia O’Keeffe et Patti Smith.
“Annie Leibovitz : Women”, ed. Phaidon.

Mark Cohen, Trespass
Les photographies de Mark Cohen possèdent un grain singulier : sans mise au point ni mise en scène préalables, l’Américain capture les silhouettes qui croisent son regard dans les rues – principalement de Philadelphie, où il vit et travaille – depuis la fin des années 1960.
Derrière les couleurs vives et pop de ses clichés se déploient des détails bruts et fragmentés de la vie urbaine et de son évolution. Un demi-siècle d’une pratique unique, réuni aujourd’hui dans un large volume par les éditions Prestel, édité et commenté par l’historien de l’art Phillip Prodger.
Imprimées en pleine page, les clichés de Mark Cohen se dévoilent dans tous leurs contrastes et leurs teintes vives, vectrices d’émotions et de bouts de vie aléatoires. D’un saut à la corde à un chien en laisse, en passant par une pause cigarette ou une famille entassée dans une voiture…
“Mark Cohen. Trespass”, éd. Prestel.


Giverny par Jean Gaumy à l’iPhone, comme vous ne l’avez jamais vu
Bien loin des images de carte postale ou des clichés impressionnistes mille fois revisités, Jean Gaumy offre une relecture saisissante du jardin de Claude Monet dans l’ouvrage Une certaine nature, d’après Giverny. Membre de l’Académie des Beaux-Arts et photographe de l’agence Magnum, il a bénéficié d’un accès privilégié au lieu emblématique. De 2016 à 2024, armé de son iPhone, il a arpenté ce terrain de mémoire et de nature, exclusivement à travers des clichés en noir et blanc, en quête d’un langage photographique singulier.
Entre naturalisme et pulsions abstraites, ses images en noir et blanc explorent en effet la texture du végétal, les accidents de lumière, les formes organiques qui frôlent parfois l’irréel. Ce n’est plus seulement le jardin de Monet que l’on contemple. Mais une matière vivante, mouvante, fragile, qui se donne à voir autrement. Le regard de Jean Gaumy, entre rigueur quasi scientifique et poésie sensorielle, réinvente le mythe de Giverny en territoire d’expérimentation.
Loin d’un hommage figé, le livre dialogue avec un texte de l’écrivain Jean-Christophe Bailly, qui interroge les “décisions photographiques” de l’auteur face à un lieu saturé d’histoire et d’images.
“Une certaine nature, d’après Giverny”, de Jean Gaumy, éditions Atelier EXB.


Joel Meyerowitz voit New York en couleurs et en noir et blanc
Au début des années 60, le jeune Joel Meyerowitz décide d’arpenter les rues de New York et de capturer avec sa caméra ce (et ceux) qu’il y croise. Mais une question le travaille. Celle, toute simple, qu’un vendeur de pellicules photos vient de lui poser : “couleur ou noir et blanc ?” Plutôt que trancher la question, l’Américain (né en 1938) s’équipe alors de deux boitiers et photographie avec les deux pellicules, avant de s’attarder sur les couleurs, qui lui permettent de traduire plus d’émotion et de réalisme.
Une période d’apprentissage et de découverte pour l’artiste, réunie aujourd’hui dans un ouvrage sobrement intitulé Question de couleur (publié aux éditions Textuel). Ici ses clichés colorés croisent leurs équivalents monochromes et témoignent donc de l’évolution de la pratique de Joel Meyerowitz. Ainsi, il délaisse progressivement le noir et blanc au profit de palettes vibrantes, pour s’établir comme l’un des pionniers de la photographie en couleur.
« Question de couleur » de Joel Meyerowitz, éditions Textuel.