29 juin 2026

Au défilé Doublet, le second degré poussé à son paroxysme

Chez Doublet, Masayuki Ino cultive un art du second degré aussi ludique que mordant. Pour le printemps-été 2027, le créateur japonais orchestre un défilé foisonnant où trompe-l’œil, accessoires détournés et silhouettes du quotidien composent une satire de la mode et du luxe.

  • Par Camille Bois-Martin.

  • L’humour signature de Doublet

    Chaque Fashion Week homme, le défilé Doublet livre une collection nourrie de surprises et de motifs ironiques. Roi du second degré, le directeur artistique Masayuki Ino conçoit en effet des pièces teintées d’humour, qui transforment chaque présentation de la marque en une parenthèse mode singulière, que l’on déguste comme un petit bonbon délicieusement acidulé.

    Pour la saison printemps-été 2027, Doublet conçoit une panoplie de looks retraçant l’évolution de notre garde-robe du matin au soir (ou plutôt du soir au matin pour certains). Des silhouettes armées d’un tapis de yoga ou d’un large thermos de café, à celles plus guindées, habillées de costumes et de vêtements cintrés, en passant par des mini-jupes et des pantalons recouverts de traces de rouge à lèvres : la party girl et l’office core se croisent ainsi sur le podium.

    Des accessoires qui tournent la mode et le luxe en dérision

    Sourire aux lèvres, on repère, au fil de ce défilé, les nombreuses facéties du créateur japonais. Des mannequins arborent fièrement une pièce en plastique couleur peau, sur laquelle se dessine un faux string, associée à un pantacourt et à un crop-top. Ailleurs, une étiquette de pressing est restée accrochée au dos d’un tailleur, tandis qu’une paire de lunettes de soleil semble avoir fondu sur le col d’un tee-shirt.

    On découvre plus tard, sur la manche de certaines vestes des fausses montres, brodées autour du poignet en trompe-l’œil, à l’instar également de minaudières noires et de chaînes dorées, imprimées sur des hauts et des blazers.

    Autant de motifs illusoires, qui ne sont pas sans rappeler les détournements du précédent défilé Doublet autour du sac Smile de Celine ou des bijoux Balenciaga et Chanel. Un geste plutôt représentatif du secteur du luxe actuel : car qui peut, aujourd’hui, s’offrir les sacs à main viraux des maisons de mode, qui avoisinent trop souvent la dizaine de milliers d’euros ? Certainement pas les journalistes qui peuplent notamment les rangs des défilés et qui, pourtant, participent en partie à leur popularité.

    Alors que l’on formule cette pensée, une silhouette s’avance devant nous, arborant une veste à capuche beige ornée sur les côtés du visage de poignées en bambou – une référence quasi littérale au célèbre sac Bamboo de Gucci, dont un exemplaire atteignait en 2023 les 138 600 € lors d’une vente aux enchères Christie’s.

    L’ironie sur-mesure du défilé Doublet

    C’est en effet dans les accessoires que Doublet redouble notamment d’ingéniosité. Au fil de cette collection apparaît en effet un sac en forme de soutien-gorge, porté au poignet par une mannequin qui semble rentrer d’une soirée bien mouvementée. Se croisent également un autre imitant une appétissante brioche dorée, une pochette reprenant l’aspect d’un croissant ou encore une minaudière inspirée par une canette de bière aux couleurs de la marque Heineken.

    Des billets brodés de strass dépassent des poches de certaines silhouettes, assortis à des sacs à main façonnés comme des liasses de dollars. On remarque également une sacoche et un ensemble noir rythmés de poches et de sangles, et floqués du nom Doublet en blanc et vert : une référence quasi fidèle au logo d’Uber Eats. Une touche d’humour toutefois mal-venue compte tenu de la plainte pénale visant la plateforme de livraison et déposée par des associations d’aide aux livreurs de repas pour traite d’êtres humains.

    La liste pourrait encore longuement continuer, alors arrêtons ici l’énumération des farces et des pièces nourries de second degré aperçues lors de ce défilé Doublet printemps-été 2027. Concluons plutôt sur un tee-shirt imprimé de la phrase “I Love PFW”, qui est parvenu à arracher quelques rires à une assemblée éreintée par une canicule inédite et par des dizaines d’aller-retour opérés chaque jour dans la capitale pour répondre présent à cette Fashion Week homme… Ironique, on vous l’avait dit.