10 juin 2026

Pourquoi les looks d’Olivia Rodrigo créent la polémique

Alors que son nouvel album, You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love, sortira le 12 juin 2026, l’icône de la Gen Z Olivia Rodrigo fait beaucoup parler d’elle pour ses robes babydoll jugées à la fois trop enfantines et trop sexy. Décryptage d’un style qui divise autant qu’il pointe du doigt la sexualisation des jeunes femmes.

  • par Violaine Schütz.

  • Est-ce qu’un jour, on laissera les femmes tranquilles ? Le 12 juin 2026, l’auteure-compositrice-interprète américaine Olivia Rodrigo sortira son nouvel album, You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love. Mais, alors que sur ce troisième opus studio, figurera un duo avec le légendaire Robert Smith de The Cure, la chanteuse de 23 ans fait parler d’elle pour un tout autre sujet que sa musique. Ce sont en effet ses tenues qui attirent l’attention.

    Sur les réseaux sociaux, certains internautes lui reprochent les silhouettes, jugées trop sexy, arborées sur ses pochettes du CD et du vinyle de son nouveau disque. La star de la pop porte à la fois une mini robe rose babydoll et blanche et une autre robe rose fleurie. Elle a aussi arboré un bloomer récemment.

    La pochette du nouvel album d’Olivia Rodrigo au cœur d’une polémique

    Olivia Rodrigo a expliqué, fin mai, au micro de Popcast, le podcast du New York Times, être atterrée par la réaction des gens. Elle estime que celle-ci est liée à la façon dont la société voit les jeunes femmes. “Ce qui est vraiment dérangeant, c’est que j’ai l’impression d’avoir porté des tenues peut-être un peu osées sur scène”, a-t-elle déclaré. “Je suis montée sur scène en soutien-gorge pailleté et petit short, ce qui est mon droit. C’est amusant. Je me sentais cool et à l’aise dedans. Et ce n’était pas “inapproprié“, mais si je suis couverte dans une robe que les gens jugent enfantine, c’est ”inapproprié”. Et ça montre juste à quel point on normalise vraiment la pédophilie dans notre culture.

    Des looks jugés trop sexy

    La star avoue se trouver cool et à l’aise dans ce genre de tenues, en dépit du regard des autres. Elle poursuit : “C’est juste cette rhétorique qu’on nous martèle dès notre plus jeune âge, à savoir : “Ne porte pas ça, sinon un homme va sexualiser ton corps et ce sera ta faute”. Je ne trouvais pas du tout que j’avais l’air sexy là-dedans. Je me disais : ”C’est tellement cool. J’ai l’impression de ressembler à Kathleen Hanna ou à Courtney Love”. Toutes ces personnes qui sont mes héroïnes.

    La jeune artiste ajoute : “Je pense juste que si on commence à s’habiller en se disant : “Oh, je ne veux pas qu’un foutu taré pense que je suis sexy comme une enfant”, ou une connerie du genre… On perd un peu le nord. Je suis juste très protectrice envers les jeunes femmes et les filles, et je ne veux tout simplement pas qu’on leur serve ce genre de discours.

    Avant Olivia Rodrigo, Courtney Love érigeait la robe babydoll en symbole de rébellion

    Au début des années 1990, Courtney Love, chanteuse du groupe de rock Hole, actrice, épouse de Kurt Cobain, le leader de Nirvana, et icône du mouvement grunge, transforme cette pièce a priori innocente – la robe babydoll – en un symbole de rébellion féminine. Aujourd’hui encore, son influence demeure visible dans les tendances du moment, ressuscitées par les podiums (Saint Laurent) et les réseaux sociaux.

    La robe babydoll, à la fois courte et ample, existait bien avant Courtney Love. Initialement inspirée de la lingerie des années 40, elle est inspirée de l’héroïne du film Baby Doll (La Poupée de chair en français) d’Elia Kazan, datant de 1956, dans lequel l’actrice Carroll Baker est vêtue d’une nuisette. La pièce est ensuite popularisée, dans les années 50, par Balenciaga, puis, dans les années 60, par les stars. Jane Birkin et Brigitte Bardot l’adoraient. Elle évoquait traditionnellement la douceur, la jeunesse et une féminité romantique. Pourtant, portée par Courtney Love, ce vêtement va prendre une signification radicalement différente.

    Une féminité tout sauf douce

    Sur scène, la chanteuse, tout comme le groupe Babes in Toyland, associait ses robes babydoll à des collants déchirés, des talons hauts, du rouge à lèvres rouge qui bave et une chevelure décolorée et décoiffée. Cette esthétique, rapidement baptisée “Kinderwhore”, reposait sur un contraste fort entre l’apparence enfantine de la robe et l’agressivité du grunge.

    Loin d’être un simple effet de style, cette image constituait une critique des attentes contradictoires imposées aux femmes. En portant des vêtements associés à l’innocence tout en affichant une attitude rageuse, Courtney Love remettait en question les stéréotypes de genre et les normes traditionnelles de la féminité.

    Le style grunge critiqué

    Cette esthétique revendiquait une forme de subversion, où la douceur apparente cachait une contestation profonde des rôles féminins conventionnels. Mais elle évoquait aussi l’enfance brisée et l’adolescence douloureuse de Courtney Love, entre un père (dealer) et une mère hippies absents et un détour dans un centre correctionnel pour mineurs. Et dans les années 90, déjà, on critiquait déjà son style en le taxant de vulgaire… Bref, quoi. qu’elles portent, on trouve toujours à redire sur la façon dont les femmes s’habillent.

    You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love d’Olivia Rodrigo, disponible le 12 juin 2026.