20 mai 2026

Cannes 2026 : Ella Rumpf, héroïne magnétique du thriller halluciné L’Espèce explosive

L’actrice Ella Rumpf défend le thriller rural halluciné de Sarah Arnold L’Espèce explosive au Festival de Cannes 2026. L’occasion de rencontrer l’une des nouvelles stars du cinéma français.

  • propos recueillis par Flora di Carlo.

  • Révélée dans Grave en 2016 puis récompensée par un César pour Le Théorème de Marguerite (2023), l’actrice franco-suisse Ella Rumpf poursuit un parcours singulier. Cette année, elle défend au Festival de Cannes 2026 L’Espèce explosive, premier long-métrage de Sarah Arnold. Un polar rural étrange, drôle et politique, où des sangliers envahissent les Ardennes tandis que policiers, agriculteurs et chasseurs sombrent peu à peu dans le chaos. Face à Alexis Manenti et Vincent Dedienne, Ella Rumpf incarne Stéphane, une psychologue aussi fragile que combattive, propulsée dans un univers profondément masculin.  

    Ella Rumpf, héroïne du thriller rural halluciné L’Espèce explosive

    Présenté à la Quinzaine des CinéastesL’Espèce explosive suit Fulda, un gendarme corse instable, et Stéphane, une psy en crise, enquêtant sur la disparition d’un agriculteur dans une campagne française ravagée par les conflits entre chasseurs et agriculteurs. Le pitch ? Dans le nord-est de la France, agriculteurs et chasseurs se font la guerre. Les sangliers, trop gros et trop nombreux, dévastent les cultures. Brun, céréalier au bord du gouffre, craque et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme explosif et Stéphane, une psy en crise, enquêtent.

    Ce qu’ils découvrent les dépasse. Ce qui naît entre eux aussi. Dans ce thriller psychologique teinté d’absurde et de burlesque, Ella Rumpf impressionne dans le rôle d’une psychologue peu conventionnelle, naviguant entre fragilité, ironie et tension permanente. Rencontre au Festival de Cannes.

    L’interview d’Ella Rumpf au Festival de Cannes 2026

    Numero : Vous êtes cette année à Cannes pour présenter L’Espèce explosive à la Quinzaine des Cinéastes. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre ce projet ?

    Ella Rumpf : J’ai lu le scénario et je l’ai trouvé vraiment très particulier et décalé dans ce qu’il proposait. Je n’avais pas vraiment l’impression de reconnaître le genre du film, et je pense que c’est vraiment ça qui m’a intriguée. Et quand je sens qu’un projet propose un parti pris et un certain regard sur un angle mort d’une région ou d’une histoire, ça attise ma curiosité.

    Comment décririez-vous votre personnage ?

    Stéphane est une jeune femme qui a une grande assurance et en même temps, qui porte en elle beaucoup de fragilité, ce qui la conduit à agir d’une certaine manière envers ceux qu’elle a en face d’elle. Dans ce film, elle est confrontée à un monde vraiment très masculin de policiers qu’on lui demande d’interroger en tant que psy. C’est quand même un contexte assez particulier pour une jeune femme. On la découvre au fur et à mesure dans ce contexte-là. Un contexte qui comprend beaucoup d’absurdité. Mais elle a du répondant, de la répartie. Et comme Fulda Orsini, le personnage principal joué par Alexis Manenti, il y a un moment où elle perd le contrôle de sa vie. Et je pense que c’est cette perte de contrôle qui rend ce film intéressant : il nous dirige vers un bordel surprenant.

    Un personnage féminin fort qui évolue dans un monde masculin et tendu

    Votre personnage évolue dans un univers très masculin, tendu, parfois assez violent. Comment avez-vous trouvé votre place dans ce monde-là ?

    Je n’avais pas l’impression, sur le tournage, d’être entourée d’énormément d’hommes, parce que l’équipe était quand même composée de beaucoup de femmes. Donc devant la caméra, il y avait pas mal d’hommes, mais derrière, il y avait beaucoup de femmes. Et ça change une dynamique quand même.

    Jai vu que votre père était psychologue. Est-ce quil vous a aidée à construire ou nourrir ce personnage de psychologue ?

    Non, je n’ai pas du tout discuté avec lui de ça, mais j’ai parlé avec Sarah Arnold, la réalisatrice, d’une psychologue qui est son amie et qu’elle voulait que je rencontre, qui l’a inspirée en fait pour ce rôle, entre autres. J’ai discuté avec elle et après, j’ai fait ma propre sauce.

    Un film qui parle d’être humains profondément imparfaits

    L’Espèce explosive parle aussi de fatigue mentale, d’isolement et d’un certain épuisement social…

    Ce qui m’a touché le plus dans le scénario, c’est qu’on parle d’humains profondément imparfaits qui ont des failles et qui n’arrivent pas à s’adapter à la société, mais ils parviennent quand même à reconnaître de l’humanité entre eux. C’est un message que je trouve intéressant dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, où on se juge très rapidement en tant qu’êtres humains et puis on prend ses distances très rapidement avec des gens qui n’ont pas le même avis que nous. Mais finalement, il y a peut-être moins de choses qui nous divisent qu’on le croit… Il est important de le réaliser.

    On sent une vraie colère dans le film. Selon vous, qu’est-ce qu’il raconte de la France aujourd’hui ?

    Je pense que, souvent, les films réagissent aussi à un discours ambiant qui règne. Sarah Arnold répond ici à quelque chose qu’elle observe en France et qu’elle a envie de titiller. Et je pense que c’est un film qui, d’une certaine manière, remet en question à quel point il faut obéir ou ne pas obéir. Finalement, on a des fonctions différentes dans la société, mais a-t-on besoin de remplir ces fonctions et qu’est-ce qui se passerait si on les remettait en question ?

    Une comédienne césarisée

    Quel est votre plus beau souvenir de tournage ?

    Sur L’Espèce explosive, ce qui était chouette, c’est qu’on a tourné dans la forêt beaucoup et on a passé une semaine ou deux semaines, la nuit, dans la forêt. C’est assez particulier de passer des nuits dans la forêt. C’est rare. Et je veux dire, ça ne faisait pas peur parce qu’il y avait des lumières partout, toute une équipe. C’est assez beau quand on est comme ça, un peu perdu avec toute une équipe, en train de créer.

    Quel est votre rapport au Festival de Cannes ?

    La projection du long-métrage Grave, il y a dix ans, était un très beau souvenir. Et il y a trois ans, quand j’ai montré Le Théorème de Marguerite, c’était la première fois depuis longtemps que je défendais un film dans lequel je jouais le rôle principal. C’était un moment hyper émouvant pour moi durant lequel j’ai redécouvert Cannes d’une autre manière, avec plus de conscience des choses. Et c’était un moment important pour moi de montrer ce film ici à Cannes. Donc j’en garde un très bon souvenir. Et puis, on a présenté Des preuves d’amour (2025), l’année dernière à la Semaine de la Critique. C’était aussi un très beau moment de projeter ce film ici. À chaque fois, c’est très chouette.

    J’essaie de trouver des personnages de femmes qui m’inspirent ou qui me remettent en question.” Ella Rumpf

    Récemment, vous avez remporté un César. Qu’est-ce que ça a changé dans votre vie ?

    Je sais pas si ma vie a changé, en tout cas j’ai eu plus de travail et j’ai eu un peu plus de reconnaissance qui m’a fait encore découvrir plus de monde, plus de gens dans le cinéma et donc de belles rencontres. Mais sinon je n’ai pas l’impression que ma vie a changé du jour au lendemain, et non. Souvent, je crois qu’on surestime beaucoup ce que le César peut faire finalement, parce qu’il y a beaucoup de gens qui après le César aussi, ne travaillent pas.

    Vous alternez entre films d’auteur projets plus internationaux comme Coutures avec Angelina Jolie. Qu’est-ce qui guide aujourd’hui vos choix de rôles ?

    J’essaie juste de trouver des personnages de femmes qui m’inspirent ou qui me remettent en question et qui m’obligent à réfléchir. J’ai l’impression que les films que je fais, les rôles que j’accepte, correspondent à l’envie de m’intéresser à un sujet en particulier, de me confronter à certaines questions ou de travailler avec des personnes qui abordent des sujets qui me passionnent.

    L’Espèce explosive de Sarah Arnold, au cinéma le 7 octobre 2026. Le film est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2026.