16 mai 2026

Cannes 2026 : pourquoi Virginie Efira a bouleversé le festival avec Soudain

Le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi, réalisateur de Drive My Car (2022) offre à Virginie Efira un rôle délicat. Sûrement l’un des plus beaux de la carrière de l’actrice belge.

  • par Olivier Joyard.

  • Publié le 16 mai 2026. Modifié le 19 mai 2026.

    Regarder Virginie Efira dans le rôle d’une directrice d’EPHAD durant 3h15 ? Dans l’absolu, on peut rêver d’une accroche plus sexy. Pourtant, Soudain, le nouveau film du Japonais Ryusuke Hamaguchi est l’un des plus beaux de la compétition cannoise. Il pourrait bien se retrouver au palmarès, ce samedi 23 mai 2026, tant il accomplit un tour de force : créer un monde vivable, même quand tout se délite.

    Un premier film en France pour Ryusuke Hamaguchi

    Le réalisateur de Drive My Car (Oscar du Meilleur Film Étranger en 2022) et Le Mal n’existe pas (Grand Prix à la Mostra de Venise en 2023) pose pour la première fois sa caméra en France, dans une ville de banlieue parisienne. Patronne d’une résidence qui accueille des personnes âgées atteintes de démence, Marie-Lou Fontaine (Virginie Efira) lutte pour imposer un concept nommé “Humanitude”. Une approche qui permet aux patients de rester en charge de leur destin et de leur mobilité le plus longtemps possible. Par hasard, elle rencontre une metteuse en scène de théâtre japonaise, Mari Morisaki (Tao Okamoto), et se rapproche d’elle. Cette dernière est atteinte d’un cancer incurable. Ensemble, elles tentent de vivre le plus intensément possible, en plaçant le soin au centre de leurs existences.

    De ce sujet à la fois politique, social et poétique, Hamaguchi fait une ode pleine de douceur à la chair et à ses infinies possibilités. Tant que le sang coule dans les corps de ses personnages, il est présent pour les filmer. Tant que le monde reste debout, il se tient debout lui aussi. Cela donne un récit souvent très émouvant, où les comédiennes, et notamment Virginie Efira, trouvent un écrin pour briller.

    Virignie Efira, au sommet de son art

    Autant la star belge nous a semblé un peu engoncée dans les clichés psychologiques de la femme vénéneuse dans le film Histoires Parallèles d’Ashgar Farhadi – également en Compétition au Festival de Cannes cette année –, autant elle semble s’épanouir dans Soudain. Portée par le regard d’un calme absolu de Ryosuke Hamaguchi. L’actrice de Victoria (2016), Les Enfants des autres (2022) ou Revoir Paris (2022), s’était faite plus discrète en termes de premiers rôles au cinéma ces dernières années. Elle retrouve ici la lumière, d’une manière assez nouvelle et très convaincante. 

    Son personnage est bien une héroïne, présente dans presque toutes les scènes. Mais cette femme sans attaches – ni enfant, ni partenaires – écoute beaucoup et défend ses idées sans prendre toute la place. Elle apprend peu à peu à fureter et accepter la réalité telle qu’elle est. Elle absorbe le monde. Virginie Efira lui donne une profondeur sans effusions, une manière d’accueillir les événements plutôt que de les provoquer. Si le concept de star effacée a le moindre sens, elle l’incarne dans Soudain

    Une récompense cannoise pour Soudain ?

    Loin de profiter de l’aura d’une actrice bankable de manière cynique, Ryosuke Hamagucho offre à Virgine Efira l’un de ses rôles les plus surprenants. On ne doute pas que le jury présidé par Park Chan-wook récompensera Soudain comme il se doit, à travers la Palme d’or, le Prix d’Interprétation féminine. Une distinction que Virginie Efira pourrait partager avec sa partenaire Tao Okamoto, également saisissante. Un film qui prend autant soin de ses personnages, de ses actrices et de ses spectateurs, ne court pas les rues.

    Soudain de Ryusuke Hamaguchi, au cinéma le 12 août 2026. En compétition au Festival de Cannes 2026.