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Cannes 2026 : La claque Butterfly Jam racontée par Riley Keough et Harry Melling
Quelques années après avoir marqué la Croisette avec War Pony (Prix de la Caméra d’or en 2022), Riley Keough signe son retour en tant qu’actrice au Festival de Cannes dans le superbe Butterfly Jam, drame familial fiévreux du cinéaste russe Kantemir Balagov (Tesnota. Une vie à l’étroit, Une grande fille). Présenté en ouverture de la Quinzaine des Cinéastes, ce conte noir dans lequel elle donne la réplique à Harry Melling et Barry Keoghan, explore des thèmes comme l’identité, la violence et la masculinité exacerbée à travers le destin d’une famille tcherkesse installée dans le New Jersey. Dans l’effervescence du Festival de Cannes 2026, Riley Keough et Harry Melling se sont confiés à Numéro sur leur rencontre avec l’univers fascinant de Kantemir Balagov ainsi que sur leur approche de personnages à vif.
propos receuillis par Nathan Merchadier.

Riley Keough et Harry Melling, stars du film Butterfly Jam, présenté au Festival de Cannes 2026
Numéro : Cette année, vous êtes réunis au Festival de Cannes pour un long-métrage présenté en ouverture de la Quinzaine des cinéastes. Pourquoi avoir accepté de vous embarquer dans l’aventure du film Butterfly Jam avec le réalisateur, Kantemir Balagov ?
Harry Melling : J’avais découvert son univers au moment de son deuxième long-métrage, Une grande fille, qui m’avait profondément bouleversé. Je le trouvais d’une maîtrise et d’une intensité assez rares. Dès que j’ai appris qu’il préparait son premier long-métrage en langue anglaise, j’ai eu envie d’en faire partie. Puis j’ai lu le scénario de Butterfly Jam et je suis tombé amoureux de son écriture. Puis, avoir que Riley Keough et Barry Keoghan étaient déjà attachés au projet a renforcé mon envie de rejoindre l’aventure. Ensuite, j’ai échangé avec Kantemir Balagov sur le rôle et sur ce qu’il cherchait à raconter. Et nous étions totalement alignés sur nos intentions. C’est un cinéaste doté d’une vision artistique tellement forte qu’on a immédiatement envie de lui faire confiance.
Riley Keough : Harry et moi nous étions déjà croisés il y a une dizaine d’années sur un film d’Antonio Campos, Le Diable, tout le temps, même si nous ne partagions qu’une seule scène ensemble. Quant à Kantemir, comme Harry, je suis très vite devenue une immense admiratrice de son travail. Et j’avais donc très envie de travailler avec lui.
Butterfly Jam est un drame familial poignant. Riley, vous y incarnez une femme enceinte qui travaille dans un restaurant avec votre frère (Barry Keoghan), entre amour et tension. Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette dynamique familiale ?
Riley Keough : Le scénario était déjà magnifiquement écrit, ce qui constituait une base de travail très précieuse pour préparer le rôle. Ensuite, Kantemir nous a énormément nourris visuellement. Il nous envoyait des vidéos, des liens YouTube autour des danses circassiennes, de la culture, des visages et des gestes propres à son univers. Cela nous a beaucoup aidés à nous imprégner de son imaginaire. Mais au fond, la préparation reposait surtout sur de longues conversations avec lui.

“Rien dans ce film ne ressemble à un conte destiné aux enfants.” Riley Keough
Au début du film, le personnage de Barry déclare : “Je suis un conte de fées.” Une phrase trompeuse tant la suite est sombre…
Riley Keough : Kantemir parle souvent du film comme d’un conte de fées, même si rien ici ne ressemble à un conte destiné aux enfants. Je crois que cela tient au fait que l’histoire évolue dans un monde qui semble légèrement décalé par rapport au réel, presque suspendu.
Harry Melling : Toute l’esthétique du film participe à cette sensation. La manière dont Kantemir travaille les couleurs, les décors, les atmosphères… On comprend immédiatement que l’on n’est pas tout à fait dans la réalité. Les personnages, eux, restent très ancrés émotionnellement. Mais le monde qui les entoure appartient à autre chose, à une forme de rêverie étrange. D’une certaine manière, chacun vit dans son propre conte intérieur. C’est un univers très personnel est presque un territoire imaginaire façonné par le réalisateur lui-même.

“ Ce qui est frappant, c’est qu’il existe très peu de films sur les violences sexuelles qui abordent ce sujet du point de vue masculin.” Riley Keough
Comment était-ce de tourner ce film avec Barry Keoghan ?
Riley Keough : J’adore travailler avec Barry Keoghan parce que nous avons une approche assez similaire du jeu. Il possède une grande liberté dans sa manière d’habiter une scène, et c’est quelque chose qui me parle énormément. On s’adapte toujours à l’acteur ou à l’actrice que l’on a en face de soi. Mais lorsqu’on partage une même façon de travailler, tout devient beaucoup plus fluide et instinctif.
Harry Melling : Ce qui était passionnant, c’est que nous avions évidemment le scénario comme point d’ancrage, mais une fois sur le plateau, beaucoup de choses restaient ouvertes. Avec Barry et Riley, qui sont des acteurs très libres, il pouvait toujours surgir quelque chose d’inattendu dans une scène. Cette spontanéité crée une énergie très vivante sur le tournage, et c’est extrêmement stimulant en tant qu’acteur.
L’un des aspects les plus émouvants du film est la façon dont il aborde les violences sexuelles faites aux hommes, un sujet encore rarement traité avec autant de finesse à l’écran. Selon-vous, est-ce un sujet encore trop peu exploré au cinéma ?
Riley Keough : Ce qui est frappant, c’est qu’il existe effectivement très peu de films qui abordent ce sujet du point de vue masculin. Voir cette expérience racontée à travers un homme provoque un choc, précisément parce que le cinéma l’a très peu explorée jusqu’ici.

Harry, votre personnage adopte constamment différentes facettes de la masculinité tout au long du film, comme s’il cherchait à faire ses preuves à tout prix. Pensez-vous que nos conceptions de la masculinité ont évolué ces derniers temps ?
Harry Melling : Je ne sais pas si les modèles de masculinité évoluent réellement. J’ai parfois l’impression que nous restons encore prisonniers d’une vision très figée de ce que signifie “être un homme”. Dans le film, mon personnage essaie désespérément de correspondre à cette image-là. Mais il échoue constamment à trouver sa place ou à comprendre qui il est vraiment. Et c’est précisément cette incapacité qui le pousse vers des actes irréparables. J’aimerais croire que les choses changent, mais si transformation il y a, elle reste extrêmement lente.
“J’ai l’impression que nous restons encore prisonniers d’une vision très figée de ce que signifie “être un homme.” Harry Melling
Comme dans le superbe film Pillion (2026), vous incarnez un personnage qui semble constamment en décalage avec le monde qui l’entoure. Comment vous étiez-vous préparé pour un tel rôle ?
Harry Melling : Pour Pillion, comme pour Butterfly Jam, tout commence par le scénario. On part du texte pour comprendre où doit se situer le travail, ce qu’il faut explorer pour entrer dans le personnage. Dans le cas de Pillion, cela passait par une immersion dans la culture BDSM et les dynamiques de domination et de soumission. Pour Butterfly Jam, il s’agissait plutôt de découvrir la communauté tcherkesse installée dans le New Jersey, son histoire, ses codes, sa manière d’exister. Ensuite, le processus reste toujours le même. J’essaie d’avancer scène après scène, de construire l’identité de mon personnage progressivement, presque pas à pas.

“Cannes est l’un de mes festivals préférés.” Riley Keough
Butterfly Jam a fait l’ouverture de la Quinzaine des Cinéastes cette année. Que représente pour vous la première d’un tel projet au Festival de Cannes ?
Riley Keough : J’adore Cannes. C’est sincèrement l’un de mes festivals préférés. Y être invitée une fois représente déjà un immense honneur, mais revenir plusieurs années de suite reste quelque chose de très spécial. Cette année marque aussi ma première participation à la Quinzaine des cinéastes avec un film, ce qui rend l’expérience encore plus excitante. Et puis ouvrir la sélection… c’était vraiment un moment très fort.
Avez-vous des souvenirs marquants vécus sur la Croisette à nous raconter ?
Riley Keough : Mon tout premier film en tant que réalisatrice, War Pony (2022), a été présenté ici, à Cannes, et nous avions remporté la Caméra d’or. C’était complètement irréel. J’ai évidemment beaucoup de souvenirs heureux liés au festival, mais celui-ci reste sans doute le plus marquant de tous.
Harry Melling : L’an dernier était déjà très spécial, parce que c’était ma première fois à Cannes. Mais cette année possède un goût encore différent. Hier soir, par exemple, voir la réalisatrice Claire Denis célébrée pour l’ensemble de son œuvre avant que notre film ouvre la Quinzaine des cinéastes… c’était assez vertigineux. Et puis il y a aussi le fait que ce soit le premier film en langue anglaise de Kantemir Balagov. Tous ces éléments s’additionnent et rendent l’expérience particulièrement forte.

En tant qu’acteurs, comment repoussez-vous sans cesse vos limites d’un rôle à l’autre ?
Harry Melling : Ce que je cherche avant tout, c’est un grand scénario. C’est vraiment le critère essentiel. Peu importe l’ampleur du rôle ou sa place dans le récit. Ce qui compte pour moi, c’est la qualité de l’écriture et la possibilité de travailler avec un cinéaste qui possède une véritable vision. Ensuite, bien sûr, il y a les partenaires de jeu, l’énergie du casting… mais tout commence toujours par le texte.
Riley Keough : J’ai l’impression que j’ai surtout envie d’aller vers des choses que je n’ai jamais faites auparavant. Ce qui m’intéresse dans ce métier, c’est précisément de ne pas avoir l’impression de reproduire sans cesse les mêmes outils ou les mêmes émotions.
“Ce qui m’intéresse dans ce métier, c’est de ne pas avoir l’impression de reproduire sans cesse les mêmes outils ou les mêmes émotions.” Riley Keough
Harry, vous serez bientôt à l’affiche de Twisted aux côtés de Jodie Comer, et Riley, vous jouerez prochainement dans Rosebush Pruning avec Callum Turner et Elle Fanning…
Harry Melling : Il s’agit d’une comédie musicale, donc je chante dans le film, ce qui représente une aventure assez inédite pour moi (rires). Disons que je suis capable de tenir une mélodie devant une caméra… Et parfois, c’est déjà beaucoup. Heureusement, la technologie moderne peut aussi rendre quelques services. Le projet raconte l’histoire d’un taxidermiste obsédé par l’idée d’empailler un être humain. Rien que ce point de départ donne une idée de la folie du projet…
Riley Keough : Le film Rosebush Pruning suit une famille complètement dysfonctionnelle, presque dévorée par ses propres obsessions. Les personnages entretiennent des liens très intenses, parfois même étouffants, et cela crée quelque chose d’assez chaotique. C’est un projet totalement fou, mais justement très excitant à regarder.
Le film Buttlerfly Jam de Kantemir Balagov n’a pas encore de date de sortie. Il est présenté au Festival de Cannes 2026.