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Vudu (3318) Blixen : une fresque radicale de la trahison amoureuse
Dans ce premier volet de sa trilogie des funérailles, l’artiste catalane Angélica Liddell nous convie à une longue et puissante cérémonie théâtrale à l’Odéon jusqu’au 12 avril 2026, à l’occasion de son spectacle Vudu (3318) Blixen.
Par Samuel François.

Vudu (3318) Blixen, une histoire de trahison
C’est sous les auspices de Karen Blixen, à qui l’on prête un pacte avec le diable — en échange d’une vie romanesque et du don de l’écriture pour la raconter — qu’elle invoque les ténèbres afin d’ourdir sa vengeance de femme trahie par l’homme qu’elle aimait.
De la première scène, “No me abandones”, initiée par une reprise incantatoire de la chanson de Jacques Brel, Ne me quitte pas, à la dernière, “A la muerte yo llamo”, où résonnent 101 coups de canon (tandis qu’un corbeau plane), nous suivons les étapes de son affliction jusqu’à la mise en scène finale de sa mort.

Un spectacle à la poésie sadienne
Dans une langue puissante, rocailleuse, noire comme les peintures de Francisco de Goya, et en espagnol surtitré en français et en anglais, la metteuse en scène et performeuse assène une parole hypnotique. Qu’elle accompagne notamment de gestes rituels (épandage de fleurs, éventrage de sacs de riz, démembrement de carcasses de poulet). Sa poésie est sadienne. Défilent en effet cortèges de suicidés, crimes vicieux, paroles obscènes, atrocités et litanies macabres…
Entre ces listes d’horreurs, portées par le rythme de la langue espagnole, s’intercalent des réquisitoires contre les bassesses de l’homme traître et des tableaux vivants sidérants, pour lesquels Angelica Liddell s’est d’ailleurs entourée d’une troupe pléthorique de performeurs de tous âges.
Les références liturgiques et cinématographiques abondent. Andrzej Żuławski, Ingmar Bergman, Alejandro Jodorowsky… Dans un cortège où vaudou et réalisme magique s’accordent. Hermann Nitsch, figure majeure de l’actionnisme viennois, est lui aussi convoqué. À travers des réminiscences de ses performances sanglantes ainsi qu’un long extrait de l’une de ses compositions musicales…

Une longue catharsis expansive et sauvage
Dans une scénographie aux couleurs violentes, dont la symbolique est inversée (le bleu céleste devient celui de la pureté du mal, le noir celui de la purification, et le rouge de la scène finale celui de la mort), les corps sont souvent nus. Les vestales deviennent ainsi chiennes ou bacchantes dévoreuses. Le bel amant christique se mue en pendu de tarot. Le mariage se termine en étranglements, et le suicide final est suivi du vol d’un corbeau dans la salle du théâtre.
Un soin particulier semble avoir été apporté à la sonorisation par Antonio Navarro qui, par effet de réverbération, transforme en effet la salle du théâtre de l’Odéon en nef de cathédrale. Il assourdit ainsi le public avec les 101 coups de canon évoqués. À ces effets sonores s’ajoute une bande-son poignante mêlant gospel, chants gitans, messes baroques, appel à la prière musulmane et berceuse turque. Après cette longue catharsis expansive et sauvage, Angelica Liddell, épuisée mais radieuse, clôt la pièce par une déclaration d’amour à son public…
“Vudu (3318) Blixen”, mise scène par Angelica Liddell. Durée : 5h30 avec entractes. Jusqu’au 12 avril 2026 à l’Odéon – Théâtre de l’Europe. Billets disponibles ici.